Rapport de Hulot a Gérard, précité. Cf. Damitz
avec sa dernière réserve, la deuxième brigade de Vl< hery. Bliicher y a fait relever la division Henckel ]»ar la plus grosse fraction de la division KrafFt. On (ombat toujours avec la même rage. Prussiens et Français passant et repassant tour à tour le ruisseau, pour la possession de l'église, du cimetière, de la terme d'En-Bas et du château des comtes de Looz, où malgré l'incendie qui les gagne tiennent intrépidement deux compagnies de tirailleurs silésiens. Des soldats tombent d'épuisement. Krafft n'a plus l'espoir de résister longtemps. Il fait dire à Gneisenau que lui et Jagow vont être rejetés hors de Ligny\ A peu près en même temps, Bliicher" reçoit une dépêche de Mûffling, l'informant que Wellington, aux prises avec des forces considérables, ne pourra pas même lui envoyer un seul escadron '-.
Rien n'abat l'âme intrépide de Bliicher. Si la lettre de Muffting contient « une nouvelle désagréable », selon l'expression modérée de Groleman, elle lui apprend du moins qu'il n'a pas à lutter contre l'armée entière de Napoléon, et lui donne l'assurance de n'être point pris à revers puisque Wellington contient les corps détachés sur la route de Bruxelles. Il reçoit simultanément un avis de Pirch II et un avis de Thielmann, annonçant que l'attaque des Français semble mollir vers La Haye et vers Potriaux. Après s'être porté en avant, la vieille garde a repris sa première position. Cette contre-marche, qui a été vue du moulin de Bussy, semble indiquer au moins de l'hésitation chez l'empereur. C'est le
i. Rapport de Gneisenau. Von Ollech, lSl-132. Gourgaud, 38-59. Damitz, I, 122 129, 13L Cf. 111-112. Wagner. IV, 38-39.
2. Miiffling, Aus meineni Leben, 206. Damitz, I, 126. rflugk-HaiLLung, Vorgeschichte der Schtacht bei Belle-Alliance, 166.
moment d'agir si l'on ne veut laisser échapper la victoire. Bliicher y a encore foi. Il s'obstine en l'idée de gagner la bataille à lui tout seul en rejetant la gauche française sur le centre. Pour cela, il suffit que ses lieutenants conservent Ligny. Lui se chargera du reste. Il fait avancer ses dernières réserves, sauf deux bataillons qu'il poste à Brye et près du moulin. Il envoie à Ligny, pour renforcer Jagow et Krafît, une fraction de la division Langen, et mande à Thielmann d'y porter aussi la division Stiilpnagel. Puis, prenant avec soi les derniers bataillons de Langen et les débris de la division Steinmetz, qui s'est retirée en seconde ligne vers cinq heures du soir, lardent vieillard (il avait soixante-treize ans) les conduit vers Saint- Amand '.
Chemin faisant, il rallie tout ce qu'il rencontre de troupes qui quittent le feu : là une compagnie, ici une section, plus loin un groupe de fuyards. Avec ces sept ou huit bataillons, il rejoint les divisions épuisées de Brause, de Pirch 11 et de Tippelskirch, et ordonne une nouvelle attaque. « — Mes hommes ont brûlé toutes leurs cartouches et vidé les gibernes des morts, lui dit Pirch ; ils n'ont plus un seul coup à tirer. » « — A la baïonnette ! » lui crie Bliicher. Et brandissant son épée, poussant en avant son beau cheval blanc, don du Prince Bégent d'Angleterre, il entraîne ses soldats électrisés. Suprême effort de braves à bout de forces! Ils reprennent le Hameau, mais leur flot se brise contre la digue d'acier des 2% 3* et 4*" chasseurs de la garde, déployés par régiments à la gauche de Saint- Amand".