L'ordre daté de trois heures un quart. Voir 1815, H
2. De Fleurus au croisement de la route de Bruxelles et de la Voie romaine, il y a 15 kilomètres et demi par Ransart et Gosselies ; par la traverse de Mellet, il n'y a que 8 kilomètres.
L'oflicier porteur de la dépêche de Soult prit évidemment par Gosselies, car Gamol (Réfut-, 16-17) dit que Ney ne reçut cet ordre qu'après avoir été informé du mouvement de d'Erlon. Or le porteur de l'ordre à d'Erlon, bien que parti un quart d'heure au moins après l'oflicier porteur de la lettre de Soult à Ney, mais ayant pris la traverse rejoignit d'Erlon près d'une heur« avant que l'autre officier ne rejoignit Ney.
Une autre preuve, c'est que si le porteur de l'ordre à d'Erlon avait suivi l'itiné raire Ransart-Gosselies, il aurait pu communiquer à d'Erlon l'ordre de l'empereui au plus tôt avant quatre heures trois quarts, auquel cas le i"' corps n'aurait pu être vi verscùîg heures, à une lieueà vol d'oiseau de Saint-Amand, par le général Vandamme
3. Souveiw'S précités du générai De Salle, commandant l'artillerie du l""" corps « Pendant que nous serrions lentement sur le 2' corps, arriva, par un sous-offi
cier de la garde, une lettre de l'empereur ainsi conçue :
« Monsieur le comte d'Erlon, l'ennemi tombe tète baissée dans le piège que ji lui ai tendu. Portez-vous sur-le-champ avec toutes vos forces à la hauteur de Lign; et fondez sur Saint-Amand. Monsieur le comte d'Erlon, vous allez sauver la Franc cl vous couvrir de gloire. »
De Salle ajoute : « N'ayant pas la carte de Belgique sous les yeux, il est pos Bible que je transpose les noms des villages. Je crois même que c'était Saint Arnaud pour tomber sur Ligny.A cela près, je suis certain de ne pas me tromper.
Ces derniers mots indiquent que De Salle a reconstitué cette lettre de mémoire Il est douteux que ce soit le texte exact. En tout cas, il y a confusion dans la phrase « Portez-vous à la hauteur de Ligny pour fondre sur Saint-Amand. » L'empereui dont le plau était de faire attaquer les Prussiens eu arrière de leur droite (voir le lettres précitées de Soult àNey), avait évidemment écrit non point: « Portez-vous dl hauteur àe Ligny», mais : « Portez-vous sur la hauteur de Ligny », ou plutôt il aval écrit, comme l'a rectifié De Salle : « Portez-vous sur la hauteur de Saint-Amand c fondez sur Ligny. » (Voir la lettre de Soult à Ney : <> dirigez-vous sur les hauteur de Saint-Amand et de Bryc. »)
L'assertion du général De Salle, que l'ordre de l'empereur fut adressé directe ment à d'Erlon, est confirmée explicitement ou implicitement par quinze témoi gnages. Je les cite dans l'ordre de date.
1° Soult i Ney, Fleurus, 17 juin 1815 (Registre du major-général) : « Si 1 comte d'Erlon avait exécuté le mouvement sur Saint-Amand que l'empereur a oi donné, l'armée prussienne était entièrement perdue. »
2° Soult à Davout, Fleurus, 17 juin (Arch. Guerre) : « Le comte d'Erlon a eu d fausses directions, car, s'il eût exécuté l'ordre de mouvement (pie l'empereur avai prescrit, l'armée prussienne était totalement détruite. »
3» Cahier de notes journalières du général Foy (comm. par le comte Foy). Not datée de Gcnappc, 18 juin 1815, au matin : « L'empereur a fait des reproches a
LE FAUX MOUVEMENT DE d'eRLON. 207
Le général d'Erlon commanda aussitôt de faire
jomtc d'Erlon, de ce que son corps ne s'est pas porté entier sur iMarbais dans la ournée du 10. »
4° Lettre du maréchal Ney au duc d'Otrante. Paris, 20 juin 1815 [Journal de 'Empire, 29 juin) : « J'allais faire avancer le 1" corps quand j'appris que l'empe- •eur en avait disposé, •
5» Notes du colonel Simon-Lorière, sous-chef d'état-major de Gérard (Arch. îuerre) : « Des ordres furent donnés au 1='' corps de se porter sur Brye. »
6" Général Berton, Précis des batailles de Fleurus et de Waterloo (1818), p. 31 : I Les ordres envoyés à l'aile gauche avaient été communiqués, selon les instructions, au commandant du 1"'' corps (d'Erlon), en réserve derrière Frasnes. » p. 33 : 1 Le lendemain, Napoléon fil de très vifs reproches au comte d'Erlon sur l'énorme 'aute qu'il avait commise la veille, en discontinuant de marcher sur le village de Srye, conformément à ses ordres. »
7° Gamot, beau-frère de Ney, Réfutation en ce qui concerne le maréchal Neij 1819), p. 10 : « Le maréchal savait déjà par le colonel Laurent (porteur de l'ordre m crayon) qu'il ne devait plus compter sur le comte d'Erlon ; » — p. 19 : « Le nouvement du comte d'Erlon a eu lieu par la volonté positive de Napoléon. J'en ai le lémoiguage de celui qui l'a porié, le colonel Laurent. »
8° Fleury de Ghaboulon, présent à Ligny comme attaché au cabinet de l'empereur. Mémoires sur les Cent Jours (1820 , 11, 137 : « L'empereur avait ordonné lirectemeut au comte d'Erlon de venir le rejoindre avec le 1" corps. »
9° Colonel Baudus, de l'état-major de Soult (Notes communiquées par son petitîls, M. de Montenon) ; « ... Au moment où l'affaire était fortement engagée sur .ouïe la ligne, l'empereur me dit : « J'ai envoyé ordre au comte d'Erlon de se diriger, avec tout son corps d'armée, en arrière de la droite de l'armée prussienne, ^^ous allez porter au maréchal Ney le duplicata de cet ordre qui a dû lui être loramuuiqué. Vous lui direz que, quelle que soit la situation où il se trouve, il faut ibsoiumenl que cet ordre soit exécuté.., » J'arrivai près du maréchal. Il était fort îxallé, car, lorsqu'il avait voulu faire avancer d'Erlon, ce général ayant reçu iirectement l'ordre de l'empereur s'élait mis en marche pour s'y conformer. »
10° Relation du général Durulte, divisionnaire de d'Erlon (écrite avant 1827, innée de la mort du général, et publiée dans la Sentinelle de l'Armée, 8 mars 1838) : t L'empereur fit donner l'ordre au comte d'Erlon d'attaquer la gauche (la droite) les Prussiens et de tâcher de s'emparer de Brye. Le 1='' corps passa près de Villers- Perwin pour exécuter ce mouvement. »
11" Colonel Heymès, aide de camp de Ney, Relation de la Camp, de ISI5 (1829), D. 14 : « Le colonel Laurent envoyé du grand quartier-impérial, vint informer le naréchal Ney que le 1" corps, par un ordre de l'empereur qu'il avait transmis au 'énéral d'Erlon, se portait dans la direction de Saint-Arnaud.
12" Général Brue, brigadier de Durulte, lettre au capitaine Chapuis, 3 nov. 1837. Sentinelle de l'Armée, 24 février 1838), : « Le premier ordre [de nous porter vers a droite] fut transmis au 1"'' corps par le colonel Laurent. »
13° Capitaine Chapuis (du 85' de ligne, division Durulte). Lettre à H. de Mauduit, l" février 1838. {Sentinelle de l'Armée, 24 février 1838) : « Le 85" se trouva former ête de colonne dans le changement de direction à droite, qui sur l'ordre de l'emjereur, apporté par le colonel Laurent, fut fait lorsque nous marchions sur les Juatrc-Bras. »
14° Petiet, de l'état-major de Soult {Souvenirs militaires (1844), 199 : « L'empecur envoie en toute hâte chercher le l"' corps, et le maréchal Ney ne l'apprend lue lorsqu'il est en marche. »
tête de colonne à droite \ Malheureusement, il avait mal lu ou mal compris, à ce qu'il semble, cette
15° Colonel Lemoniiier, attaché comme chef d'escadrons, à l'élat-major de Foy Campagnes ou Souvenirs militaires (1S50), p. 360 : « L'empereur ayant donné une destination particulière au corps d'Erlon... » p. 363 : « ... Ce fut cette offensive [de Wellington] qui décida le maréchal Ney à rappeler le corps d'Erlon, dirigé par ordre de l'empereur sur la droite des Prussiens. »
A la vérité, d'Erlon rapporte les choses un peu différemment. Dans sa lettre au duc d'Elchingen {Documents inédits, 64), il dit : « Je pris l'avance sur ma colonne et arrivai à Frasnes. J'y fus rejoint par le général La Bédoyére, qui nie fit voir une note au crayon qu'il portait au maréchal Ney et qui enjoignait à ce maréchal de diriger son corps d'armée sur Ligny. La Bédoyère me prévint qu'il avait déjà donné l'ordre pour ce mouvement en faisant changer de direction à ma colonne et m'indiqua où je pourrais la rejoindre. Je pris aussitôt cette route. »
Et dans sa Vie militaire (95) d'Erlon a écrit : « L'empereur envoya un officier au maréchal Ney pour lui dire de diriger le lor corps sur Ligny, afin de tourner l'aile droite prussienne. Cet officier rencontra la tète du 1"'' corps, et avant d'avoir transmis les ordres à Ney, fil prendre à celte colonne la direction de Ligny. Vers les quatre heures, ra'étanl porté en avant, sans aucune connaissance de la nouvelle direction que venait de prendre mon corps d'armée, et l'ayant ensuite appris indirectement, je m'empressai de le rejoindre. »
On voit qu'entre ces deux récits de d'Erlon il y a contradiction fiagrante dans les détails ; mais ils concordent sur deux points : le premier, que le 1"' corps fut dirigé sur Ligny à l'insu de d'Erlon ; le second, que l'ordre de l'empereur était adressé à Ney et non à d'Erlon, et que c'est par un excès de zèle de l'officier chargé de le transmettre qu'il fut d'abord communiqué au 1" corps.
Tous les témoignages précités démentent ces deux assertions également intéressées. Il est visible que d'Erlon s'efforce de dégager sa responsabilité. Le mouvement qui paralysa si fatalement le 1" corps comprend une marche et une contremarche. D'Erlon veut prouver qu'il n'est pas responsable de la marche, puisque ses généraux se dirigèrent vers la droite sans lui en référer. 11 plaide aussi non coupable pour avoir exécuté la contre-marche prescrite par Ney, puisque l'ordre ayant été adressé non à lui, d'Bi'lon, mais à Ney, l'empereur l'avait par cela même implicitement laissé sous le commandement du maréchal auquel il devait en conséquence continuer d'obéir. Là, il semble, est le double motif des témoignages embarrassés et inexacts du comte d'Erlon.
Reste à savoir pourquoi l'empereur a nié ou plutôt passé sous silence, dans les dictées de Sainte-Hélène, l'envoi de l'ordre à d'Erlon (ordre dont 1 existence, on l'a vu, est prouvée, par quinze témoignages d'officiers présents aux événements). Gourgaud, c'est-à-dire Napoléon, dit (Camp, de 1815, p. 69) : « Napoléon ne put se rendre raison d'un pareil mouvement » ; et (p. 67) : « Les mouvements du !""■ corps sont difficiles à expliquer. »
« Difliciles à expliquer ! » Pour les historiens, ce n'est que trop vrai ; mais pas pour Napoléon. Le lendemain de la bataille, l'empereur ne put pas ne point en demander et en obtenir l'explication. Ney et d'Erlon étaient là pour le renseigner. Sans doute l'empereur n'a pas voulu reconnaître qu'il avait manqué de coup d'œil et de réflexion sur le champ de bataille de Ligny, quand déconcerté jusqu'au trouble par la fausse direction du corps de d'Erlon, que lui-même venait d'appeler, il l'avait pris pour un corps ennemi.