MOUVEMENTS DE PAJOL ET D EXELMANS
rière-garde de Thielmann avait évacué Sombreffe. Mais au lieu d'entrer dans ce village et de prendre la route de Gembloux, Berton s'engagea à la suite de Pajol, sur la route de Namur. D'ailleurs, il ne dépassa pas le ruisseau de l'Orneau, des paysans lui ayant dit que Farmée prussienne battait en retraite par Gembloux et qu'il y avait encore là beaucoup de troupes. Berton s'empressa de transmettre cet avis au général Exelmans et attendit de nouvelles instructions. 11 aurait dû communiquer le même avis à Pajol qui se trouvait à moins d'une lieue en avant de lui. L'ordre de se porter sur Gembloux parvint assez vite à Berton. Il reprit sa marché et arriva devant le village à neuf heures. Des vedettes prussiennes se tenaient sur la rive gauche de l'Orneau ; au delà de Gembloux, on apercevait des masses ennemies au repos*.
Bientôt Exelmans, amenant ses trois autres brigades de cavalerie, rejoignit Berton. 11 estima assez judicieusement à 20 000 hommes les Prussiens bivouaques derrière Gembloux. Il avait plus de 3 000 dragons et deux batteries à cheval ; et Pajol se trouvait à deux lieues sur la droite avec 1 400 hussards, 3 000 fantassins et deux batteries. Exelmans ne pensa point à l'avertir que les Prussiens occupaient Gembloux, avis qui eût épargné à son cama-
1. Berton, Précis, 47. — Berton dit que s'il suivit Pajol sur la route de Namur ce fut d'après les ordres d'Exelmans ou du général de division Strols, et non suivant sa propre inspiration. Il ajoute que les paysans lui dirent que les Prussiens se repliaient par Gembloux sw Wavre, et qu'il avertit Exelmans de cette direction de retraite. Ce sont là de ces choses que l'on écrit après les événements. Si Exelmans avait su par Berton dés huit heures du malin, que la direction de retraite était Wavre, peut-on admettre qu'il n'en eût pas prévenu Grouch y dans la première lettre qu'il lui envoya à cette heure-là, ni dans la seconde écrite l'après-midi, ni enfin au cours de sa conversation avec Bella, aide de camp du maréchal? (Lettre d'Exelmans à Grouchy, 17 juin, Arch. Guerre, et Grouchy, Relat. suce, App. III, 22.)
rade une marche excentrique de vingt kilomètres (aller et retour) dans la direction de Leez ^ Il ne fit aucune démonstration pour contraindre les Prussiens à démasquer leurs projets. 11 ne tira pas un coup de canon sur ces masses, pas même un coup de fusil contre les vedettes. 11 se borna à observer l'ennemi^ — très distraitement, comme on verra plus loin. Enfin, négligence en vérité impardonnable, il omit de prévenir tout de suite Grouchy, ou Tempereur, qu'il était en présence d'un des corps de Bliicher^
Malgré ces fautes, les choses n'étaient point gravement compromises. A midi, au moment oii Tempereur réitérait par écrit à Grouchy l'ordre de poursuivre les Prussiens, leur armée se trouvait divisée. Les corps de Zieten et de Pirch étaient concentrés à Wavre, le corps de Biilow, en marche de Baudeset, n'avait pas encore dépassé Walhain*, le corps de Tliielmann taisait halte près de Gembloiix, à portée du canon d'Exelmans. L'inattention des vedettes
1. Si Pajol avait roçu cet avis, vraisemblablement il se serait porté â la droite d'Exelmans, sur la rive di-oite de TOrneau, menaçant le flanc de Tliielmann.
2. Eieimans à Grouchy, 17 juin. (Devant Gerabloux, de midi kdeiur heures.) Journal du général Bonnemains. (Arch. Guerre, Armée du Nord.) Berlon, Précis, 48.
3. Selon la lettre précitée d'Exelmans, laquelle ne porte point d'indication horaire, il avait averti Grouchy, vers huil heures, qu'il se portait à Gembloux pour y sui>rc l'ennemi. Mais après avoir donné cet avis il n'envoya plus aucune nouvelle, sinon dans celte lettre même qui fut écrite entre midi et deux heures, et que Grouciiy dit avoir reçue seulement vers quatre heures. {Relat. suce.. Appendice 111, 22.)
Or les renseij;ncments de huit heures étaient insuffisants pour déterminer l'empereur, car ils le laissaient dans le doule si l'ennemi serait encore à Gembloux quand Exelraans y arriverait. Si, au contraire, à neuf heures et demie, Exelmanseùt envoyé une seconde dépêche portant qu'il avait devant lui, à Gembloux, un corps prussien de 20 000 hommes au bivouac, cet avis eût très vraisemblablement engagé Napoléon à prendre des dispositions une heure plus tùt.
4. Les renseignements recueillis par Grouchy à Walhain (Arch. Guerre, Armée du Nord, 18 juin) portent que le passage à Walhain du corps de Biilow a fini le 17, à trois heures après-midi. Ces renseignements concordent avec les documrnts allemands, d'après lesquels la tête de colonne de Biilow n'atteignit pas Uion-le-Mont avant huil heures du soir.
françaises, l'insouciance des officiers commandant les grand'gardes, le temps perdu dans la matinée, les fausses indications sur la ligne de retraite des Prussiens, tout pouvait être réparc si Exelmans était vigilant et actif et si Grouchy hâtait sa marche et comprenait bien sa mission.
En quittant l'empereur, vers onze heures et demie ^ près du moulin de Bussy, Grouchy envoya par le colonel de Blocqueville l'ordre au général Vandamme, à Saint-Amand, de porter promptement le 3^ corps au Point-dii-Jour où se croisent les routes de Namur et de Gembloux. En même temps, il dépêcha à Exelmans vers Gembloux un autre aide de camp, le capitaine Bella, pour avoir des nouvelles". Il se rendit ensuite àLigny, voulant donner lui-même SOS instructions à Gérard. Chemin faisant, il rencontra le maréchal Soult qui allait rejoindre l'état-major impérial. Il eut avec lui un court entretien qui porta seulement sur les divisions de cavalerie que, d'après le premier ordre de Bertrand, qu'il venait de recevoir, il devait détacher de son armée et diriger sur Marbais*. Quand il se fut éloigné, Soult dit à l'un do ses aides de camp : « — C'est une faute de distraire une force aussi considérable de l'armée qui va marcher contre les Anglais. Dans l'état où leur défaite