‹ 1815Chapitre 145 sur 260 · Von Ollech · texte numérisé non relu

Von Ollech

décider son tout-puissant chef d'élat-major : « — Gneisenau a cédé ! dit-il d'un air triomphant au colonel Hardinge\ l'attaché militaire anglais. Nous allons rejoindre le duc. » Il écrivit à Mûflling : « Le corps de Bûlow se mettra en marche demain à la pointe du jour dans votre direction. Il sera immédiatement suivi par le corps de Pirch. Les I" et IIP corps se tiendront prêts aussi à se porter vers vous. L'épuisement des troupes, dont une partie n'est pas encore arrivée, ne me permet pas de commencer mon mouvement plus tôt". »

Cette lettre parvint vers deux heures du matin^ au quartier-général de Waterloo, village situé à une lieue en arrière des premières lignes anglaises. Mûflling la communiqua à Wellington qui, désormais assuré du concours des Prussiens, résolut d'accepter la bataille*. La fortune lui continuait sa faveur ; mais il n'en était pas moins resté trop longtemps dans l'expectative. Le manque de nouvelles de Blûcher devait lui faire penser que les Prussiens ne pourraient seconder son armée, et, bien qu'il ne voulût combattre qu'avec leur appui, il n'avait pris encore, à

1. Témoignage de Hardinge, cité par Staniiope, Notes of conversations loith the duc of Wellington, 110. Cf. l'article du colonel Maurice dans VUnited Service Mayazine, de juillet 1890. — Hardinge, blessé à Liguy aux côtés de Bliicher {on dut l'amputer du poignet gauche), avait été transporté à Wavre.

2. Bliicher à Miiflling, Wavre. 17 juin [entre onze heures et minuit] (cité par von OUech, 187). Ordres à Biilow et à Pirch, "Wavre, 17 juin, minuit (cités par le môme, 188). Cf. C. de W. (Muffling), 20.

3. De Wavre à Waterloo il y a 15 kilomètres à vol d'oiseau, et 20, 22, 24 kilomètres par les chemins, suivant l'itinéraire. Miilfling (C. de W., 20) dit que cette lettre arriva à neuf heures du matin. C'est un lapsus, car les lettres de Wellington, datées de trois heures après minuit, pronvenl qu'il avait reçu la dépêche de Bliicher.

4. Wellington à sir Charles Stuart, au duc de Berry, à lady Webster, Waterloo, 18 juin, a heures du matin. Dispalches, XII, 476, et Suppletnentary, X, 501.)

Dans ces lettres, Wellington semble certain de la victoire à Monl-Saint-Jean ; mais il admet la possibilité d'être tourné par Hal, auquel cas il abandonnerait sa position et découvrirait Bruxelles. « Tenez-vous prête à quitter Bruxelles pour Anvers, écrit-il à lady Webster, au cas oii ceia deviendrait nécessaire. »

une heure du matin, aucune disposition de retraite ^ Dans le moment même oii ^Yellington arrêtait ses résolutions, Napoléon les pénétrait. 11 s'était couché assez tard au Caillou. Auparavant, dans l'hypothèse d'une grande action pour le lendemain, il avait dicté un ordre de bataille-, il s'était aussi fait lire le courrier arrivé de Paris et avait dicté plusieurs lettres, « nécessitées, dit Davout, par les ennuis et les embarras que lui causaient les intrigues de la Chambre des représentants^ ». Réveillé après avoir à peine dormi, l'empereur s'était levé vers une heure

1. Le maréchal Wolseley [Déclin et Chute de Napoléon, 196) juge inconcevable la coniuite de Wellington. Pour l'expliquer, il est assez disposé à admettre, sans cependant se prononcer absolument, que, comme l'ont dit ou répété Lockhart, Young, le colonel Maurice et Ropes, le duc serait allé à Wavre dans la soirée, aurait conféré avec Bliicher et serait revenu à Waterloo avant minuit, avec l'assurance formelle de la coopération des Prussiens.

Or cette excursion de Wellington au quartier-général prussien est inQrmée, implicitement mais péremptoirement, par la lettre de Bliicher citée plus haut. En cuire, si Wellington avait été à Wavre, comment Miiffling n'en eût-il rien su ni rien dit, et comment la chose ne se fût-elle pas ébruitée et n'eût-elle pas été contée ensuite jiar les historiens allemands et anglais '?

(Depuis que j'ai écrit cette note, M. Archibald Forbes a publié {Centwy, 1*^' janvier 1898) un article où il nie absolument, pour beaucoup de bonnes raisons, la prétendue visite de Wellington au maréchal Bliicher, à Wavre. 11 reproduit, en outre, un entrelien de Wellington au cours duquel le duc a dit : « 11 n'est pas vrai que je sois allé à Wavre. Je n'ai pas vu Bliicher la veille de Waterloo. »)

2. Napoléon, Mém., 118. — Dans l'ordre de Soult du 18 juin (Arch. Guerre) que je citerai plus loin, il est en effet parlé d'un ordre de bataille dicté la veille au soir par l'empereur.

3. Souvenirs manuscrits de Davout (communiqués par le général duc d'Auerstaedl.) Celte assertion de Davout ne me parait point devoir être mise en doute, d'autant

qu'il y avait eu, le 16 juin, à la Chambre, une séance assez orageuse dont il fut rendu compte à l'empereur. (Note pour l'empereur, 16 juin. Arch. Aff. étr., 1802). Cf. Berlier a Bassano, 17 juin (.\rch nat. AF, IV, 1933) : « Le projet de finances donnera matière à discussion pour les Chambres. Cela vaudra mieux, car, quand on n'a pas de quoi s'occuper, on s'agite et on ne peut le faire que d'une façon fâcheuse... Les succès de l'armée seront bien utiles pour relever le courage des hommes faibles el en imposer aux mécontents. »

L'auteur de Napoléon, sa Famille, ses Amis, etc. (IV, 382, 385) assure, d'après une confidence faite par l'empereur à Regnaud de Saint-Jean-d'Angély, qu'une maiij traîtresse avait glissé dans ce courrier du 17 juin un billet signé : « Duc d'Enghien, Ferdinand Vil, Pie VII, « où la chute prochaine de Napoléon était prophétisée en termes apocalyptiques. Ce même auteur dit encore que, sur le champ de bataille de Ligny, le lendemain de l'action, un blesés français avait prédit à l'empereur une

du matin pour faire la tournée entière de ses avantpostes. Seul l'accompagnait le général Bertrand. La pluie avait repris; elle tombait à torrents. Quand Napoléon eut atteint la crête de la Belle-Alliance, les bivouacs anglais lui apparurent à petite portée de canon. Le silence y régnait, l'armée alliée semblait ensevelie dans le sommeil. A l'horizon, la forêt de Soignes où se reflétaient, à travers un voile de pluie et de fumée , les innombrables feux allumés par les soldats, avait des lueurs d'incendie. L'empereur jugea que les Anglais tiendraient sur leurs positions. S'il avaient dû battre en retraite de nuit ou même au lever du soleil, comme il le craignait, il y aurait eu déjà dans leur camp des mouvements préparatoires à une mise en marche. L'empereur rentra au Caillou comme le jour pointait \

Il y trouva la lettre que Grouchy lui avait écrite de Gembloux, la veille, à dix heures du soir. L'estafette était arrivée au Caillou vers deux heures du matin". Cette dépêche portait que les Prussiens semblaient se replier en deux colonnes, l'une vers Liège et l'autre vers Wavre,et que, si la marche de masses

trahison des généraux en chef, et que, dans le verger du Caillou on trouva cette inscription : « Ici sera le tombeau des Français. » Il me parait que celaient bien des présages pour un seul jour !

1. Napoléon, Mém., 120. — Le récit de Napoléon est confirmé par les notes de Conquébau (Boucqueau, fils du fermier du Caillou), écrites en 1816 {La Belle-Alliance, Ode dédiée à la Princesse d'Orange) et par les traditions locales. L'empereur, dans sa visite auï avant-postes, s'arrêta à la ferme de Cbantelet où le maréchal Ney avait pris gîte. Bassano, Soult, Bertrand et les officiers de l'état-major impérial étaient couchés sur de la paille au Caillou, dans des pièces du second étage et dans la grange. D'Erlou, Milhaud et leurs généraux logèrent à Planceiioit et à Monplaisir.

2. Gourgaud, 82. — Il y a 8 lieues de Gembloux au Caillou par Sombreffe et les Qualre-Bras. 11 n'est donc pas extraordinaire que l'estafette ait mis, en pleine nuit, quatre heures à ce trajet. Marmont, toujours très peu véridique, prétend (Mém., Vil, 124), d'après le témoignage du colonel Bernard, que cette lettre arriva au quartier-impérial à huit heures du soir, c'est-ii-dire deux heures avant d'avoir été écrite! Napoléon (Mém., 116) est également inexact en disant ; 1" que celte lettre était datée de cinq heures ; 2" qu'il la reçut à onze heures.

prussiennes sur Wavre était confirmée par les rapports de la nuit, Grouchy « les suivrait afin de les séparer de Wellington' ». Confiant dans la parole de son lieutenant, l'empereur ne crut pas devoir lui envoyer, pour l'instant, de nouvelles instructions^. Ce n'est pas à dire qu'il ait eu raison.

Peu de temps après, des espions, puis des officiers envoyés en reconnaissance et des déserteurs belges vinrent, par leurs rapports, confirmer les prévisions de l'empereur. Les Anglais ne bougeaient pas. La bataille aurait lieu à Mont-Saint-Jean ^

L'empereur croyait tenir la victoire. Le pâle soleil qui apparaissait à travers les nuées « allait éclairer la perte de l'armée anglaise^ ». Napoléon était cependant troublé par l'inquiétude de ne pouvoir attaquer aussitôt qu'il le voudrait et qu'il le faudrait^ La veille au soir, dans l'espoir douteux que Wellington tiendrait à Mont-Saint-Jean, il avait indiqué la position de bataille des difTérents corps d'armée, de façon à pouvoir engager l'action de bonne heure®. Malheureusement l'orage avait détrempé les terres au point que, de l'avis des généraux d'artillerie, il serait impossible de faire manœuvrer les pièces.

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