DISPOSITIONS POUR L ATTAQUE
Cet ordre ne laisse aucun doute sur la pensée le l'empereur. Il veut purement et simplement )ercer le centre de l'armée anglaise et le rejeter tu delà de Mont-Saint-Jean ^ Une fois maître de •elle position, qui commande le plateau, il agira , elon les circontances contre l'ennemi rompu : déjà 1 aura virtuellement la victoire. Ainsi Napoléon )ublie ou méprise l'avis de Reille que, en raison ie la précision du tir et de la solidité de l'infanterie anglaise, on ne la peut vaincre que par des manœuvres. Il dédaigne de manœuvrer. Sans doute ane attaque contre la droite de Wellington, fort Qombreuse, couverte parle village de Braine-L'AIlcud et la ferme de Hougoumont et ayant comme réduit le village de Merbe-Braine, exigerait beaucoup de temps et de grands efforts ; mais l'extrémité de l'aile gauche ennemie est très faible, tout à fait en l'air, mal protégée, facile à déborder. C'est par Papelotte et La Haye que l'on pourrait opérer d'abord'. Il semble que l'empereur en eut un ins-
1. C'est bien d'ailleurs ce que dit Napoléon dans sa première relation dictée à Gourgaud. {Campagne de ISIJ, 88.) A la vérité, il est moins précis dans sa seconde relation (Mém. pour servir à i Histoire) : il parle d'abord de cette unique attaque sur le cen;tre (133), puis il prétend (134-135) qu'il voulait en même temps tourner la gauche ennemie par La Haye et Papelotte. On doit s'en tenir à la première relation que confirme pleinement l'ordre de onze heures du matin.
2. Sans doute, de ce cùté, on n'aurait pas eu la grande route pour faire défiler les batteries ; mais l'artillerie, en position à l'est de la Belle-Alliance, n'en aurait pas moins foudroyé les masses ennemies ; et l'infanterie et même la cavalerie auraient gravi les pentes sans plus de difficulté que sur les autres points. On en a la preuve dans la marche de la division Durutte, à deux heures et demie, et dans ce fait rapporté par Wagner (07) et par Siborne (I. 387), qu'un peu après midi un parti de cavalerie française (sans doute de la division Jacquinot) poussa une reconnaissance jusque sur le bord du plateau où il surgit devant la brigade lianovrienne de Best qui dut rapidement se former en carrés. — J'ai parcouru cette partie du terrain. Les fonds n'y sont pas moins praticables et les rampes plus abruptes qu'aux abords de la grande route. Face à La Haye, le sol du vallon est résistant. El, plus loin, le ruisseau d'Oliain n'a encore que 30 ou 40 centimètres de large.
Sans doute, aussi, si l'on avait attaqué d'abord par Papelollc. ^Yellinglon eut ordonné un changement de front partiel et dégarni son centre et sa droite pour
tant l'idée*. Mais le beau résultat, pour Napoléon, que d'infliger une demi-défaite aux Anglais et de les rejeter sur Hal ou Bruxelles ! Il veut la bataille décisive, Y Entscheidungschlacht. Comme à Ligny, il cherche à percer l'armée ennemie au centre pour la disloquer et l'exterminer. Il emploiera, ainsi qu'il l'a fait souvent, l'ordre parallèle, l'attaque directe, l'assaut par masses au milieu du front ennemi, sans autre préparation qu'une trombe de boulets.
L'empereur, il est vrai, ne pouvait bien juger du nombre des Anglais ni de la force de leur position. Plus de la moitié de l'armée alliée était masquée par les ondulations du terrain, et le général du génie Haxo, chargé de s'assurer s'il n'existait pas de l'etranchements devant le front ennemi, avait rendu compte, paraît-il, qu'il n'avait aperçu aucune trace de fortifications -. Si cela est exact, Haxo avait mal vu ou mal apprécié, car le chemin creux d'Ohain, la sablonnière, la barricade de la route de Bruxelles, les abalis de la route de Nivelles, les fermes de Hougoumont, de la Haye-Sainte, de Papelotte pouvaient compter pour des retranchements redoutables.
renforcer sa gauche menacée. Mais Napoléon devait précisément souhaiter tm pareil mouvement, puisque son intérêt tactique était de contraindre les Anglais à manœuvrer.
1. Voir mes notes 2 de la page 332 cl 1 de la page précédente.