LA GARDE REPOUSSÉE
jui reste des deux autres marche par sa gauche ontre la brigade Adam. Le colonel Colbornc, que es soldats appelaient, en Espagne, « le mangeur de en » [fire Eater), entraîne le 52^ Toute la brigade le ;uit, baïonnettes menaçantes. Déjà très ébranlés par a formidable fusillade qu'ils ont subie, chasseurs et grenadiers fléchissent sous le nombre et se retirent "n désarroi ^
Le cri : « La garde recule ! » retentit comme le ^las de la Grande Armée. Chacun sent que tout est fmi. L'infanterie de Reille, les cuirassiers, les débris ie la garde à cheval, qui marchent enfin pour seconder la dernière attaque, s'arrêtent paralysés. Les soldats de Donzelot et d'Allix, aux prises sur les crêtes, au-dessus de la Haye-Sainte, avec les brigades Kruse, Lambert, Kempt, Pack, voient la garde plier. Ils cèdent aussi le terrain conquis et redescendent au pied du coteau, entraînant dans leur retraite la division Marcognet qui a abordé sur le prolongement de leur droite les positions ennemies. Le
1. Lettres d'officiers des brigades Maitland, Adam, Mitchel, Dôrnbcrg, Vivian, et du Royal Artillery. [Waterloo Letlers, 91, 100, 162, 237, 242, 245, 248, 254, 276-278. 280, 284, 280, 294, 298, 308, 309, 319.) Cf. Lettre de Hugel au roi de Wurtemberg. 19 juin.
11 ressort de ces diverses péripéties de l'attaque que chacun des cinq bataillons de la garde, sauf celui qui fut opposé à Maitland, commença par repousser l'ennemi, mais que les uns et les autres cédèrent à des forces supérieures : 3 ÛÛO à peine contre 8 000 ou 10 OOÛ et une artillerie formidable. Il parait donc vraisemblable comme un officier de grenadiers prisonnier l'a fait remarquer à l'auteur de la. The Sth Brigade at Waterloo, que si l'assaut avait été donné sur un seul point par CCS cinq bataillons réunis, la ligne anglaise eût été enfoncée. Voir à ce sujet la remarque du colouci Kennedy, que j'ai citée à la page 404, note 1.
mouvement de recul gagne toute la ligne de bataille, de la gauche à la droite K
En même temps, les fantassins de Durutte sont attaqués dans Papelotte et dans La Haye par les têtes de colonnes prussiennes débouchant du chemin dOhain. On crie : « Sauve qui peut ! Nous sommes trahis ! » Panique trop explicable, si l'on songe à Fétat d'esprit des soldats, troublés, possédés depuis trois mois par des craintes de trahison. Tout paraît justifier leurs soupçons. Ils ont vu passer à l'ennemi un général, un colonel, des officiers de tout grade. Parmi leurs cartouches, il s'en trouve qui sont bourrées de son en place de poudre. Ils s'étonnent de tant de mouvements décousus, ils sont rebutés par tant d'assauts sans résultat. Enfin ils attendent le corps de Grouchy dont on leur a annoncé l'approche, et c'est le corps de Zieten qui survient pour les écraser. La débandade commence, s'accroît. Les Prussiens se ruent à l'assaut, débusquent des fermes les quelques poignées de braves qui tiennent encore malgré la panique, et les rejettent dans les ravins. Les débris des quatre divisions de d'Erlon refluent les uns sur les autres, se heurtent, se bousculent, se rompent mutuellement. A l'est de la grande route, dans le creux du vallon où se croisent les paquets de mitraille anglaise et les boulets prussiens, c'est la plus lamentable confusion %
1. Discours de Drouot à la Cliarabre des Pairs. {Moniteur, 24 juin.) Bullolin de l'Arméo. [Monilnir. 21 juin.) Noies journalières de Foy. Rapport du général espagnol Alava. Kennedy, 147. CoUon, 154. Leltres d'olficiers des brigades Vivian, Mailland et Lambert. (Waterloo Letters, 149, 245, 273, 391, 400.)
1, Bulletin de l'Armée. (Moniteur, 21 juin.) Rapport du colonel de Bellina à Davout, 23 juin. (Arcli. Guerre.) Relalioa du général Delort. (Arcli. d'Arbois.) Peliet, Souvenirs, 221. 2-22. Kennedy, l.ïO. Wagner, IV, 80. Daniitz, II, 248. Muffling, Aus meincm Lcben. 21.5. Von Ollech, 244-243. — Sur les fausses cartouches" Soult à Napoléon et à Davout, Laon, 21 juin. (Registre du major-général.)
Dans sa Lettre au duc d'Otrantc (Journal des Débats, 29 juin) Ncy dit qu'on ne
MARCHE EN AVANT DE TOUTE l'aRMÉE ANGLAISE. 4i3
Wellington veut achever cette armée blessée à nort. Il pousse son cheval jusque sur le bord du ilatcau, devant le front de bataille, se découvre et igite son chapeau en l'air. On comprend ce signal. routes les troupes se mettent instantanément en narche dans l'ordre où elles se trouvent. Sans )rendre le temps de se rassembler, les bataillons, es batteries, les escadrons des ditïerentes divisions /élancent côte à côte \ passant sur les morts, écralant les blessés sous les pieds des chevaux et les •oues des canons. Seules restent sur les positions les )rigades Pack, Ompteda et Kielmansegge, et deux )u trois batteries qu'empêchent littéralement de lémarrer les carcasses de chevaux et les cadavres imoncelés sur leur front. De la droite à la gauche, anglais, Hanovriens, Belges, Brunswickois, cavaiers, fantassins, artilleurs, quarante mille hommes ! levaient en torrents, au son des tambours, des )ugles et des pibrochs, dans les premières ombres lu crépuscule ^
A cette vue, effrayante même pour des braves, les
ria pas : « Sauve qui peut! » A la gauche où il était, soit; mais à rextrême droite, B fait parait certaia. D'après le rapport de Mouton-Duveruet à Davout, du 28 juin Arch. nat. AF. IV, 1938), les lettres de Soull et bien d'autres documents précités, ■n ne peut douter que l'opinion générale de l'armée fut qu'on avait été trahi à Vaterloo.
1. Lettres de Hervey, aide de camp de Wellington, 3 juillet 1815. (Nineteenlh ^eniury, mars 1893,) Rapport du général Alava. Cotton, 146. Colonel Tomkinson, ')iary of a cavalry Officier, 314.
2. • Il était alors huit heures un quart, » dit Cotton. Le colonel Gawler Waterloo Lettera, 293) dit que le soleil élail couche (le soleil se couche le 18 juin, . huit heures trois minutes] quand eut lieu l'attaque générale, et que le crépusule commençait sensiblement quand son régiment traversa la route de Bruxelles, lela indique à peu près liuil heures et demie.
Le général Byng [Waterloo Letters, 261) donne cet autre renseignement : « Le , nouvemcnt général en avant ne commença que dix ou douze minutes après que l'on ut repoussé la garde impénilc. » Comme ce mouvement commença après le couher du soleil, la garde était donc restée sur les positions anglaises jusque vers luit heures.
derniers échelons d'infanterie font demi-tour et remontent précipitamment avec presque toute la cavalerie, les coteaux à l'ouest de la Belle-Alliance; les bataillons de tête, plus immédiatement menacés d'être broyés par l'avalanche humaine, se débandent et s'enfuient. On abandonne La Haye-Sainte, on abandonne le verger de Hougoumont, on abandonne le bois. Les hussards de Vivian et les dragons de Yandeleur. qui font trouée devant les masses anglaises, sabrent les fuyards au cri féroce : No quarter ! No quarte?' ^ !
Tandis que la moyenne garde abordait les positions anglaises, le 2"" bataillon du 1^'" chasseurs, le 2^ bataillon du 2^ chasseurs et le 1" bataillon du
1. Rapport de Wellington. Waterloo, 9 ^uin, et note du môme, octobre i836 (Letters and Dispatches, XII, 4T8, et Supplcmentary, X, 513.) Mûfflin^', Aui vteinem Leben, 210. Kennedy. 148. Lellrcs d ofliciers des brigades Somerset, Ponsonbv, Dôrnberg, Vandelour, Granl. Vivian, Koyal Artillery, Mailland, Adam, G. ei W. HalkeU, Kempt et Lambert. {Waterloo Lel fers, 42, 59, 91. 100-101, 116, 122, i:4 149, 153, 185, 187, ;:01, 202, 238, 245, 257, 261, 267, 277, 306, 340, 356, 393. Belation anglaise, 32. Mercer, I, 232. Mauduit, II, 462. Notes journalières de Foy Relation de Reille (Arcli. Guerre.)
Miifniiig et les historiens allemands prétendent que c'est l'intervention de Zielei qui provoi|ua la déroute. Le capitaine Pringlc et les historiens anglais proclament au contraire, que c'est l'attaque générale de Wellington. Comme ces deux manœu vres furent à peu prés simultanées, on pourra discuter longtemps. Cependant il ; eut dans la retraite de l'armée française trois mouvements bien distincts, dont h premier et le troisième sont dus aux Anglais seuls. D'abord l'échec de la moyenni garde entraîna le fléchissement de plus des deux tiers de la ligne française Ensuite l'irruption des Prussiens provoqua la panique et le désordre à la droit( (corps de d'Erlon). Enfin la marche en avant de Wellington précipita la déroute i la gauche (corps de Reille et débris de la cavalerie).
11 est donc faux de dire avec Miiffling : « Wellington ne lança ses troupes conln les Français que pour avoir l'air de gagner la bataille sans le secours des Prus siens. » Si Wellington, à huit heures, fût resté sur ses positions, les Prussiens di Ziclen auraient été vraisemblablement contenus. De même, si Zielen n'avait pai attaqué, l'cmpcieur aurait pu résister aux Anglais tant à la Haye-Sainte et sur li route de Bruxelles que sur les rampes de la Belle-Alliance.
V grenadiers, avec les généraux Roguet, Morand, ^ambronne el Christiani étaient arrivés près de 'empereur, au pied de la Haye-Sainte. Napoléon l'occupait à les former en colonne d'attaque, un )ataillon déployé et deux sur les flancs en colonnes ;errées, pour les mener lui-même sur le plateau oii : tout allait bien », au dire de Priant qui en révélait blessé. Soudain il vit l'écroulement de sa ligne le bataille. Il sentit qu'il était irrémédiablement raincu ; mais il conserva l'espoir d'organiser la •etraite. Sans rien perdre de son sang-froid, il fit lompre la colonne de la vieille garde et établit les rois bataillons, en autant de carrés, à cent mètres inviron au-dessous de la Haye-Sainte, le carré de iroite sur la route de Bruxelles. H comptait qu'à l'abri de cette digue l'armée pourrait se rallier et 'écouler ^
Les hussards de Vivian, impuissants à mordre sur es carrés, les tournent et continuent leurs rouges ilions dans la cohue des fuyards. Ivres de sang, ils 'acharnent au carnage. Un sous-officier du 18^ dit à Ivian : « — Nous vous suivrons jusqu'en enfer, si ous voulez nous y conduire. » A la suite des busards accourent d'autres cavaliers ennemis. L'emereur lance ses quatre escadrons de service contre e nouveau Ilot de cavalerie qui les submergea
Non loin de la rou-te, Ney. à pied, tète nue, léconnaissable, la face noire de poudre, l'uni- )rme en lambeaux, une épaulette coupée d'un
1. Relation du général Petit. (Collection Mornson, de Londres i. Gourgaud, 102- 3. Napoléon, Mém., 162, ItîO. (Il y a quelque confusion et des inexactitudes dans s récits de Sainte-Hélène.) Kennedy, 145. Waterloo Letters, 149, 274, 298. Cf. illeliii de l'Armée. [Moniteur, 21 juin.)
2. Gourgaud, 104. Napoléon. Mém., 162. Lettres d'officiers de la brigade Vivian, Vatertoo Letlers, 181, 182, 183.)
coup de sabre, un tronçon d'épée dans la main, crie avec rage au comte d'Erlon qu'entraîne ur remous de la déroule : « — D'Erlon ! si nous er réchappons, toi et moi nous serons pendus ! » Le maréchal « ressemble moins à un homme qu'à um bête furieuse ». Ses efforts durant tout ce jour on excédé l'énergie et les forces humaines. Jamais ei aucune bataille, aucun chef, aucun soldat ne s'es tant prodigué. Ney a surpassé Ney! Il a conduit deuj fois à lattaque l'infanterie de d'Erlon, il a charge quatre fois sur le plateau avec les cuirassiers, il { mené l'assaut désespéré des grenadiers de la garde Il court maintenant à la brigade Brué (divisior Durutte), seule troupe de ligne qui se replie en bor ordre et qui est d'ailleurs réduite à l'effectif de deuj bataillons. Il arrête les soldats et les jette encore une fois contre l'ennemi en leur criant : « — Veneî voir mourir un maréchal de France ! » La brigade vite rompue et dispersée, Ney se cramponne à ce fatal champ de bataille où il veut trouver la mort Il entre dans un carré de la garde avec le chef de bataillon RuUière, qui a pris des mains mourantes du lieutenant Puthod l'aigle du 95°. Durutte, le poi gnet droit; coupé, le front ouvert, tout sanglant est emporté par son cheval dans une charge de cavalerie ennemie; il galope au milieu des Anglais jusqu'à la Belle-Alliance*.
Les trois bataillons de la garde repoussent sans peine la cavalerie. Mais leur formation en carrés,
1. Relalion de Durulte. {Sentinelle de l'Aiinée, 8 mars 1838.) Mauduit, II, 440-442 Souvenirs du liculenanl Fraiiçois-Viclor B... (Arch. de Mczières.) — L'apostrophe de Ney à d Eilou, rapport(^'e ailleurs en termes plus nobles, m'a été contée plusieurs fois par le général Seliniitz, qui tenait ces paroles de Leblanc de Prébois, ancief aide de camp de d'Erlon à l'armée d'Afrique. — Le mot sublime : « Venez voi; mourir un maréclial de France ! » fut cité par Rulliére à Durutte, au retour à Paris,
[u'ils sont cependant tenus de conserver pour exister à de nouvelles charges, les met dans un tat d'infériorité tactique vis-à-vis de l'infanterie mglaise, en ligne sur quatre rangs. Son feu plus 'tendu et plus dense bat les carrés de front et l'écharpe. A la mousqueterie se mêle la mitraille Us batteries Rogers, Whinyates et Gardiner, qui iient à soixante mètres. Les masses ennemies oisonnent autour des grenadiers : les brigades \dam et William Halkett, qui s'acharnent surent contre eux, et les brigades Kempt, Lambert, Kruse, Wincke, Colin Halkett. L'empereur donne l'ordre de quitter cette position intenable. Lui-même réfléchissant, trop tard peut-être, que pour arrêter une déroute il faut non point rester sur le front rompu des troupes qui lâchent pied, imais se porter en arrière afin de les rallier sur iune nouvelle position, gagne au galop, avec quelques chasseurs d'escorte, les hauteurs de la Belle- Alliance \
Les trois bataillons de la vieille garde, — ainsi que le 2" bataillon du 3® grenadiers, posté à leur gauche et assailli tour à tour par les dragons ançrlais, les lanciers noirs de Brunswick, l'infanterie de Maitland et de Mitchell, — rétrogradèrent pas à pas. Réduits à trop peu d'hommes pour rester en carrés sur trois rangs, ils se formèrent sur deux rangs, en triangles, et, baïonnettes croisées, percèrent lentement à travers la foule des fuyards et des Anglais. A chaque pas, des hommes trébu-
1. Relation du gniiéral Petit. Courtaud. IOï-106. Mauduit, n,4J7, 438. 444. Lettres d'olTicicrs du Royal Arlillery et des brigades Vivian, Adam, Kempt, Lambert. CWa-' terloo Leticrs, 14?, 185, 187, 201, 239," 273, 274, 277. 279, 297, 303, 307, 308, 356, 401.) Cf. Noie de Wellington, octobre I83G. [Svppl. Dispatclies, X, 513.)
chaient sur les cadavres ou tombaient sous les balles. Tous les cinquante mètres, il fallait fain halte pour reformer les rangs et repousser une nou velle charge de cavalerie ou une nouvelle attaque d'infanterie ^ Dans cette héroïque retraite, la gard( marchait littéralement entourée d'ennemis, comme à l'hallali courant le sanglier parmi la meute. Il ^ avait contact si étroit que malgré les bruits mul tiples du combat, on se trouvait à portée de la voix Au milieu des coups de feu, des officiers anglaii criaient de se rendre à ces vieux soldats'. Canv bronnc était à cheval dans le carré du 2^ batailloi du 1" chasseurs. Le désespoir au cœur, étouffan de colère, exaspéré par les incessantes sommation! de l'ennemi, il dit rageusement : « — M.... M » Pei d'instants après, comme il allait atteindre avec soi bataillon les sommets de la Belle -Alliance, um
1. Relation du général Petit. Maiiduit, II, 444-450. Cf. Lettres d'officiers des bri gades Dornbcrg-, Vandeleur, Grant, Maillaud et Mitclicll. {Waterloo Letters, 91 122. 140, 245, 2.'i4, 274, 313.)
2. Lettre du colonel William Ilalkelt. ( Waterloo Letters, 308.) Sibornc, Histor of the War, II, 219.
3. J'ai réuni et confronté tous les témoignages relatifs à la réponse de Canibronne Je les ai donnés en 1K87 dans ma lirochure : La r/arde meurt et ne se rend pas, Mis toire d'un mot historique. J'en donne sommairement ici les conclusions : 1° Di rcnseniblede ces témoignages, il parait (lôs probable que le général dit ou la phraS' ou le 7not, ou encore ceci : » Des gens comme nous ne so icndont point. » — 2" Cam bronnc a toujours nié énergiquement avoir prononcé la phrase, qui semble avoi été inventée à Paris, quelques jours aprôs la bataille do Waterloo, par un rédac leur du Journal général. — 3° Cambroniie a nié aussi, bien qu'avec plus d'embarras il est vrai, avoir dit le mot. Mais alors qu'on ne s'expli(|ue pas pourf|uoi il a nié b p/irase, si vraiment il l'a prononcée, on comprend plus facilement (|u'il ail nié le ?»o môme s'il l'a dit. Canibronne, qui était devenu le vicomte Canibronne par uni faveur de Louis XVHI et qui avait épousé une Anglaise, tenait à passer pour « ui homme bien élevé ». — 4° A Nantes, où est mort Canibronne en 1843, il était di notoriété publique que, inaltrré ses dénégations, d'ailleurs pleines de réticences, i avait dit le mol. — 5° En so représenlant par la pensée la scène du 18 juin, en son géant à l'état d'esprit où se trouvait Canibronne. à l'exaspération que devaient pro duirc sur lui les sommalions des Anglais, on arrive à juger que le 7nol était absolu ment en situalion. Il est psychologiquement vrai. Or, comme il semble bien qui Canibronne a dit quelque chose, ce quelque chose doit Cire cola.
(aile en plein front le renversa inanimé et le lisage ruisselant de sang^
Pendant le dernier assaut de Mont-Saint-Jean, a moitié du corps de Pirch (divisions Tippelskirch et Crafft et cavalerie de Jûrgass) avait rejoint Bûlow nis en désarroi". Aussitôt, Blûcher ordonna une éprise d'atlaque générale contre tout notre liane roit. Dans Plancenoit même, la jeune garde de )uhesme et les deux bataillons de vieille garde lu général Pelet restèrent inexpugnables. Mais ur le prolongement de ce village, l'infanterie de Lobau et les divisions de cavalerie Domon et Subervie plièrent devant les 15 000 hommes de Hacke, de Losthin et du prince Guillaume ; elles urent culbutées quand la division Steinmelz et la cavalerie de Roder, débouchant de Sniohain en donnant la chasse à Durutte, les abordèrent sur leur
1. « Je fus blessé et laissé pour mort ù la bataille du 18 juin. • Interrogatoire de Cambronne. {Procès de Cambronne, 3.) « Le général Cambronne est blessé, renversé de son clieval, on le croit mort. » (Relation du général Petit.) — Petit précise bien (|ue Cambronne tomba dans la retiaile, entre les fonds de la Have-Sainte et la Belle-.\lliance. — Dans deux portraits do Cambronne un dessin et une miniature) datant de 18 IG et reproduits dans la Vie de Catnbroiine, do Léon Bruiischvicg, la cicatrice de sa blessure apparaît au-dessus du sourcil gaucho qui en est tout-àfait déformé.
Le colonel William Halkett {Watf)-loo Letters, 309) prétend qu'un général de la garde, séparé d'un carré, se rendit ù lui, et que ce général était Cambronne. Je ne sais quel général le colonel Halkett lit prisonnier, mais il est évident que ce n'étai pas Cambronne, puisque celui-ci était alors étendu sans connaissance. Selon une tradition, rapportée par Brunschvicg {Cambronne, ioTl, d'après M. Roussin, qui avait épousé en 1830 la fille adoptive de Cambronne, le général fut ramassé sur le champ de bataille, complètement dépouillé de ses vêlements. Les détrousseurs de morts lui avaient enlevé jusqu'à la chemise. Suivant leipression même de Cam' bronne.il était «nu comme un petit Saint-Jean. »
2. Rapport de Gneiscnau sur les opérations de l'armée prussienne (cité par Gourgau.l. Camp, de /5/.^ appendice IX. Wagner, IV, 78. 82. Von Ollecli, 193 — . A tept heures et demie, dit Cucisonau, l'issue de la bataille était encore incertaine. »
flanc. Les masses françaises, espacées, un quart d'heure auparavant, depuis la route de Nivelles jusqu'aux ravins de Papelotte et de Plancenoit, refluèrent en même temps sur le plateau autour de la Belle-Alliance. A leur suite, sabrant, fusillant, poussant des hurralîs ! accouraient d'un côté les Anglais, de l'autre les Prussiens. Les deux mâchoires de Tétau se refermaient sur la foule éperdue qui avait été la Grande Armée \
Dans cette effroyable cohue, chacun pousse et bouscule pour fuir plus vite. Des cuirassiers démontés jettent leurs cuirasses, des conducteurs coupent les traits des attelages, des hommes sont piétines. On trébuche parmi les chevaux morts, les caissons renversés, les canons abandonnés. Les ombres de la nuit qui commencent à épaissir (il est près de neuf heures) ajoutent à l'épouvante et accroissent la confusion. Les 12" et 16'^ dragons anglais sont chargés par le i'"'' hussards de la Légion Germanique. La brigade Adam reçoit le feu d'une batterie prussienne. Les highlanders du 71'' tournent des canons français contre les colonnes en fuite. Les quatre bataillons de la garde, qui viennent de regagner le plateau, sont les seules troupes d'infanterie encore en ordre. Anglais et Prussiens enferment chacun de ces carrés dans un cercle de mitraille, de sabres et de baïonnettes. Chargés simultanément par la cavalerie et par l'infanterie, ils sont rompus, démolis, écrasés. Leurs débris roulent dans la débâcle-.
1. Rapport lie Giicisenau précité. Wafrner, 82. Damilz, li. 29Û-29I. Von Ollecli, 2-i."). Goui'gaud, lOlj. Colonol Jaiiiii, S',). Souvenirs d'un ex-officier (du 45'), 296-297.
2. Relation du capitaine de Sliicrs, des lanciers rouges. (Conim. par M. de Stuers.) Relation du général Petit. Lettres du colonel Frccmanlle, des généraux Viviau et
A sept cents mètres en arrière, entre la maison Decoster et Rossomme, attendent formés en carrés, (les deux côtés de la route, les deux bataillons ilii 1" grenadiers, commandés par le général Petit. Ces hommes sont l'élite de l'élite. Presque tous portent au moins deux chevrons, quatre sur dix sont légionnaires. L'empereur est à cheval dans le carré du 1'' bataillon. Avec ces redoutes vivan- Ics, il espère encore couvrir la retraite. Il ordonne (1 l'tabiir, sur le prolongement des carrés, la battelie de 12 qui a longtemps canonné les Prussiens par-dessus Plancenoit, et il fait battre la grenadière pour rallier tous les détachements de la garde. Le flot des fuyards s'écoule sur la route et à la droite et à la gauche des deux carrés. L'ennemi suit de tout près. La batterie de la garde n'a plus qu'un coup par pièce. Sa dernière décharge, à quart de portée, foudroie une colonne de cavalerie. Les artilleurs, désormais sans munitions, restent stoïquement à leurs pièces pour imposer encore aux assaillants. D'autres escadrons s'approchent au galop. « — Ne tirons pas, crie un grenadier, ce sont des hussards français ! » Ce sont des hussards anglais ; ils fondent sur la batterie et sabrent les canonniers di'sarmés. Mais sur les carrés mômes, ces charges incessantes se brisent et s'éparpillent comme sur ijis blocs de granit les tourbillons de sable. Devant chaque bataillon de grenadiers s'élève un sanglant remblai de cadavres et de chevaux abattus ^
W llalketl et autres officiers. {Waterloo Le llers, 22, 108, 117, 147, 130, 162, 176, 1-', 2ol, 222, 274, 278, 298, 309.)
1 . Relalion du général Pelit (collection Morrison, de Londres^. Gourgaud, 106-107. M induit, il, 460-462. Lettres d'officiers des brigades Granl, Vivian et Adam. (Wated-,0 Lellers, loi, 148, 149, 183,278.)
.N.ijioIl'ou (J/e'm., 163) dit qu"à cette dernière décharge d'artillerie, le comraan-
Dans Plancenoit où les batteries prussiennes ont allumé l'incendie, on combat à la lueur des flammes. La jeune garde, recrutée presque entièrement parmi les engagés volontaires de Paris et de Lyon, le 1" bataillon du 2'' chasseurs et le 2^ bataillon du 2° grenadiers luttent un contre cinq. Les attaques combinées des divisions Hiller, Ryssel, Tippelskirch échouent. Gneisenau ranime ses soldats ; ils se ruent de nouveau à l'assaut, pénètrent dans le village. On se fusille à bout portant, on s'étreint corps à corps, on se tue à coups de baïonnette, à coups de crosse. Le tambour-major Stubert, du 2" grenadiers, un géanl, assomme les Prussiens avec la pomme di sa canne. Un bataillon de jeune garde se fait exterminer dans le cimetière qui sert de réduit. Les Prussiens enlèvent les maisons une à une. Or s'égorge dans les chambres, dans les greniers ; e pendant ces luttes sans merci, des toits de chaume que le feu a gagnés s'écroulent sur les combattants « Il faut anéantir les Français, dit le major vor Damitz, pour s'emparer de Plancenoit. » A la sortit du village, les débris de ces héroïques bataillon! sont chargés et vivement poursuivis jusqu'ai plateau. Là, c'est la cavalerie anglaise qui les achève. Le général Pelet se trouve un instant seu au milieu de l'ennemi, avec quelques homme! et le porte-aigle des chasseurs de la vieille garde « — A moi, chasseurs ! crie-t-il d'une voix vibrante. Sauvons l'aigle ou mourons près d'elle. ) Tous ceux qui entendent cet appel désespéré revien-
dant en chef de la cavalerie anglaise fut grièvement blessé. C'est inexact. Lon Uxbridge eut la jambe emportée par un boulet sur le plateau de Mont-Saiut-Jean vers huit heures et quart, au moment où il galopait pour se joindre à l'attaque gêné raie. (Lettre du major Lautour, Waterloo Leltcrs, 100.)
LES DERNIKRS CARRÉS. 423
Qent sur leurs pas, accourent, se font jour à trav^ers les chevaux; ils se rallient autour du drapeau Bt lui forment un impénétrable rempart de baïonaettes ^
De Plancenoit, Français et Prussiens débouchent Dêle-mèle sur la route de Bruxelles, près des carrés lu 1" grenadiers. Les fuyards se pressent autour pour y trouver un refuge, mais ils sont impitoyablement repoussés par le fer et par le feu. La sûreté les carrés l'exige. Le général Roguet manque d'être tué à bout portant par un grenadier. « Nous tirions, lit le général Petit, sur tout ce qui se présentait, miis et ennemis, de peur de laisser entrer les uns ivec les autres. C'était un mal pour un bien. » Les carrés sont débordés par la droite et par la gauche; [es masses anglaises et prussiennes deviennent de jliis en plus nombreuses, de plus en plus compactes. Les grenadiers résistent à toutes les charges. Deux bataillons contre deux armées !
Enfin l'empereur ordonna de quitter la position. Les grenadiers se mirent lentement en retraite, le l" bataillon à la gauche de la roule, le 2'' bataillon ;ar la route même. A chaque instant, on faisait balte pour rectifier l'alignement des faces des carrés ît pour ralentir la poursuite de l'ennemi par des feux de file toujours nourris".
1. Rapport du colonel von Hiller(cité par von OUecli, 248-249). Rapport de Gnei- ;enau (cilc |)ar Gourgaiid, Camp, de ISI5. Appendice IX). Wagner, IV, 82, 83. )amilz, 11, 2'J2-29o. Mauduit, 11, 403, 434-430. Reladou du général Pelet (citée ians Victoires et Conquêtes. XXIV, 22'.J-^26). Relalioii du conimaudaut Heuillet. Sentinelle de l'Année, 8 septembre 184a.)
2. Relation du général Petit. (Collection Morrison, de Londres.) Mauduit, H, fc00-4'j3. Lettres du colonel Murray et du colonel W. Halkett. {Waterloo Letters, 183, 309.)
Gourgaud, après avoir dit que Napoléon fit former le carré et commanda le feu, youtc (,tuS, note ; « 11 paraissait ne point vouloir survivre à cette fatale journée.
L'empereur cheminait à quelque distance devani les carrés avec Soult, Drouot, Bertrand, Lobau el cinq ou six chasseurs à cheval de la garde. A la ferme du Caillou, il rejoignit le 1"'' bataillon de chasseurs à pied de la vieille garde. Ce bataillon, préposé à la sûreté du trésor et des équipages d( l'empereur, avait pour chef le commandant Duuring Hollandais d'origine. Vers sept heures du soir, deuj colonnes prussiennes s'étant avancées par le bois du Chantelet dans l'intention manifeste de coupei la retraite à l'armée en occupant la grande route Duuring avait fait filer incontinent les voitures sui Genappe, d'accord avec le général Radet, grandprévôt, qui venait de rallier deux à trois cents cavaliers démontés et fantassins en fuite. Il avait ensuite déployé son bataillon face à l'ennemi. Les Prussiens (25" régiment), reçus par une vive fusillade el bientôt chargés à la baïonnette jusqu'au milieu du bois, s'étaient repliés vers Maransart^ L'empereui s'arrêta quelques instants à questionner Duuring
Il voulait mourir avec ses grenadiers el allait entrer dans le carré, lorsque h maréchal Soult lui dit : n Ah ! Sire, les ennemis sont déjà assez heureux ! » et i poussa le cheval de l'empereur sur la roule. » 11 semble qu'il y ait là contradiction car. si l'empereur commanda le feu, c'est apparemment qu'il était dans le carré, Donc Soult ne l'empêcha pas d'y entrer en lui disant celte phrase sentimentale qu ne me parait guère dans sa nature.
Du récit conforme de Petit el de Mauduit, témoins oculaires, il résulte que Napoléon ne quitta le carré du 1" bataillon du l" grenadiers qu'après avoir donné i PetiU'ordrc de rétrograder, el qu'ensuite il marcha au pas à quelque dislance e[ avant des deux carrés qui étaient sa protection. 11 prit de l'avance, comme on v« le voir, près du Caillou, où il rejoignit le 1" bataillon du l"" chasseurs.
i. Notes du commandant Duuring (communiquées par M. de Stuers). Cf. Damitz. Il, 292-293; el le rapport de Radet au maréchal Soult, Beaumont, 19 juin. (Arch, Guerre. Armée du Nord.)
11 y a dans les papiers de la Secrétairerie d'Etat (Arch. nat. A. F., IV, 1940, cette lettre de Drouot à l'empereur, S.") avril 1815 : « Je demande une lettre de naturalisation pour le chef de bataillon aux chasseurs à pied Duuring, Hollandais, En 1814, il m'avait demandé d'accompagner Votre Majeslé à l'île d Elbe, mais, comme j'avais désigné Mallet, Duuring pleura très longtemps dans ma chambre. C'est un excelleut oi'licier. «
SOUS les derniers boulets des batteries prussiennes de Plancenoit ; il le félicita pour la fermeté et l'esprit d'initiative dont il avait fait preuve et lui ordonna de le suivre. « — Je compte sur vous », dit-il. Le baUiillon ayant serré en masse, l'empereur rendit la main à son cheval et marcha au pas sur le flanc de la colonne \