PASSAGE DE L ARMÉE A CHARLEROI
e commandant de place malade, disent les uns, vre-mort disent les autres, incapable, en tout cas, e lui être d'aucune aide. Force fut au commisaire des guerres de chercher un à un les difféents chefs de service. Tous s'employèrent avec le ilus grand zèle, mais on avait perdu bien du temps. )éjà les premiers convois de blessés débouchaient de Fi roule de Bruxelles, et des bandes de fuyards traersaient la ville, jetant l'alarme, disant que l'enemi était à leurs trousses \ L'unique pont de Gharleroi avait trente-huit mères de long sur huit de large. II formait dos d'âne ; 3s parapets étaient de bois. Des cuirassiers descenant à fond de train la rue escarpée qui aboutit à ce ont vinrent donner si rudement contre l'un des arapets qu'il se disloqua et s'effondra. Plusieurs avaliers se noyèrent dans la Sambre. La guérite de 1 tète du pont fut renversée, un fourgon culbuta ; îs voilures qui suivaient immédiatement, lancées u grand trot sur la pente de la rue de la Montagne, e purent s'arrêter à temps et versèrent sur le pre~ lier obstacle. Des soldats furent écrasés. Des sacs e farine et de riz, des barriques de vin, d'eau-de-vie, es centaines de pains roulèrent sur le pavé. Le pont insi obstrué, tout le convoi s'arrêta, tandis que les Liyards escaladaient cette barricade de chariots renersés et de chevaux abattus. En passant, chacun iquait un pain au bout de sa baïonnette. Le con- 3nu des futailles était encore plus tentant; des oldats les percèrent à coups de fusils et burent, à
1. Traditions locales. Mauduit, Derniers Jours de la Grande Armée, II, 484-483.. oies de l'abbc Piérard (commuiiiquées par M. Clément Lyon, de Cliarleroi). Rap- )rt du colonel de Bclliua à Davout, 2.{ juin. (Arcli. Guerre.) — C'est le capitaine î Mauduit (|ui rapporte que le commandant de place de Cliarleroi était ivre.
même les trous, le Tin et Feau-de-vie. Quand ces tonneaujt furent à moitié vidés, on perça de la même façon ceux qui étaient chargés sur les chariots. Tout le long de la rue^ des ruisseaux rouges
^ coulaient vers la Sambre \
f Le fourgon du Trésor que le grand-prévôt Radet avait fait partir du Caillou, la veille, à sept heures du soir, se trouva pris dans l'encombrement, avec ses six chevaux, à quelque cent mètres avant le pont. Désespérant de se frayer passage, le payeur sous la responsabilité duquel était ce précieux chargement s'avisa d'ouvrir le fourgon et de confier à ses employés et aux soldats de l'escorte le plus de sacs d'or que chacun pourrait porter. Tous ces hommes avaient rendez-vous à un point déterminé sur l'autre rive de la Sambre. L'agent marquait sur un calepin le nom des dépositaires et le nombre de sacs de 20 000 francs qui leur étaient confiés. Mais, précisément dans l'instant oii il procédait à cette opération, retentirent les coups de feu tirés au bas de la rue sur les barriques de vin. Une alerte s'ensuivit qui dégénéra en panique aux cris : « Les Prussiens ! Nous sommes tournés ! Sauve qui peut ! » poussés à dessein par des habitants et même des soldats. Ces misérables se ruèrent sur le fourgon. On s'arracha les sacs d'or à coups de sabre et de baïonnette. Tout fut pillé ^ L'arrêt de la tête du
1. Tradilions locales. Souvenirs d'un ex-officier (du 43"^), 302. Mauduit. II, 4S7- 489. Noies de l'abbé Piérard, précitées.
2. Peyrusse, Mémorial et Archives, 312. Mauduit, II, 488-489 Souveyîii's d'un exofficier, 302. Traditions locales. Notes de l'abbé Piérard. — Fleury de Chaboulou (II, 184) dit que les sacs d'or furent rapportés par ceux à qui on les avait confiés; mais Peyrusse confirme les traditions locales, que le trésor fut entièrement pillé.
C'était non le Trésor de l'Armée mais le Trésor particulier de l'Empereur, qui contenait, au départ de Paris, 1 million en or et 200 000 francs en argent. (Lettre de Napoléon à Peyrusse, 7 juin, citée par Peyrusse, 310.)
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îonvoi avait immobilisé les voitures jusqu'à l'entrée le la ville haute. La berline contenant le Porte- "euille resta engagée sur la route au milieu des Tains d'artillerie. On entendait la fusillade dans le ointain. Le duc de Bassano fit déchirer et jeter au /^ent les papiers les plus importants \
L'évacuation de Gliarleroi o-iirait pu cependant l'opérer sans désordre, car, le 19 juin, les Prussiens ivaient ralenti leur poursuite. Sauf par quelques •econnaissances de cavalerie, ils ne s'approchèrent )as de la ville avant midi ; ce fut assez tard dans la ournée qu'il se saisirent des ponts de Marchienne, le Charleroi et de Chàtelet. Le soir, tandis que ^irch envoyé dans la nuit précédente vers Gem- )loux, avec le IP corps, pour couper la retraite à irouchy, occupait Mellery, les corps de Zieten et le Bûlow bivouaquèrent, le front couvert par la 5ambre. Le lendemain seulement, l'armée prusdenne passa la rivière en trois colonnes et se dirigea >ur Beaumont et Avesnes. Les Anglais, moins ardents )u moins bons marcheurs, étaient encore entre î^ivelles et Binche '\
L'empereur avait tenté en vain d'organiser la résistance dans les fonds de la Haye-Sainte, à Ros-
i. Bassano à Caulaincourt, Paris, 2b juin (cité par Ernouf, Maret duc de Basmno, 657-6ÔS). f leury de Chaboulon, II, 1S3. Cf. Las-Cases, III, 93.
Beaucoup de lettres et de rapports qu'on n'eut pas le temps de déchirer furent pris par un officier hollandais qui, fait prisonnier le 17 juin et interné à Charleroi, s'improvisa commandant de place le 10, après le départ des Français. Ces papiers turent publiés sous le litre : Portefeuille de Buonaparte pris à Charleroi. (ln-8°, LaHaye, 1815.') Voir au sujet de cette brochure, mentionnée à tort comme apocryphe par certains bibhographes, 1815, I, 500, note 5.
2. Ordre deBlucher, Gosselies, 19 juin. (Cité par von Ollech, 238. C. de W. (Muf-
somme, à Genappe, aux Quatre-Bras. Il comprit qu'avec une armée en dissolution et n'obéissant plus qu'à la peur, le mieux était de faire la plus prompte retraite possible ^ Il traversa Gharleroi et s'arrêta dans une prairie sur la rive droite de la Sambre". Il donna quelques ordres, que l'on ne suivit pas, pour rallier les fuyards et rassembler les équipages^. Au bout d'une heure, il reprit son cheval et se dirigea vers Philippeville oii il arriva à neuf heures du matin. Les portes de la place étant fermées, il dut se faire reconnaître par l'officier de garde \ Il avait avec lui Bertrand, Drouot, Dejean, Flahaut, Bussy. Il fut rejoint à Philippeville par le duc de Bassano accompagné de Fleury de Chaboulon, puis par le maréchal Soult". Entre toutes ses préoccupations, la plus pressante était le ralliement de l'armée. Des instructions furent envoyées aux commandants de Givet, d'Avesnes, de Maubeuge, de Beaumont, de Landrecies. Ils devraient ravitailler en vivres et en munitions les détachements et les, isolés qui se présenteraient devant ces places, et lesi diriger ensuite sur les points de rassemblement :
Oing), 41-43. Wagner, IV, 85. Damilz, II. 318-319, 347-330. Traditions locales. Lettre de Lobau,- Bruxelles, 19 juin, précitée. — Lobau rapporte que dans les premières heures de la matinée, il n'y avait pas un seul Prussien au nord de Gharleroi jusqu'à Gosselies, et que, à Gosselies même, il n'y a.\a.il eucore à. sept heures qu'une reconnaissance de cavalerie qui le fit prisonnier.