‹ 1815Chapitre 218 sur 260 · Mauduit. II, 48Û · texte numérisé non relu

Mauduit. II, 48Û

A HALTK DE l'eMPEREUR AUX QUATRE-BRAS. 439

nuaient la poursuite. Gneisenau avait égrené en )ute la moitié de son monde. Seuls marchaient vec lui quelques escadrons et un petit détachement a 15^ d'infanterie, dont Tunique tambour battait la large, hissé sur un cheval pris à Tune des voiires impériales ^ On dépassa Frasnes. Gneisenau igea que la fatigue des hommes et des chevaux ne îrmettait pas de mener plus loin la chasse. Il Dnna l'ordre de faire halte devant une auberge qui, iprôme ironie, portait pour enseigne : A lEmpe- 'ur

De Genappe, Napoléon avait gagné à cheval les uatre-Bras, avec Soult, Drouot, Bertrand, quelques ïiciers et une petite escorte de chasseurs de la irde et de gendarmes d'élite. Il y arriva vers une îure du matin ^ Il croyait trouver là la division irard, laissée, le 17 juin, à Fleurus pour protéger s lignes de communications et à qui, dans l'après- [idi du 18, avait été dépêché l'ordre de se porter IX Quatre-Bras et d'y prendre position*. Ces instruc-

l. D.imitz. II, 20S. Von Ollccli, Jo4. Cf. Mauduit, II, 483, qui dit avoir entendu loin cet unique tambour battre la caisse. — Damitz croit que le cheval avait i ilOIcli" de la berline même de l'empereur prise à Genappe. Cela parait peu proble, car il est diflicilo d'admettre que, dès Geuappc, les deux bataillons d infan- ■ie n'eussent plus qu'un seul tambour. Plus vraisemblablement, ce cheval était de ceux de la voilure impériale que des habitants des (Jualre-Bras firent verser, ur la piller, à cette croisée de roules. i,Traditions locales.)

l. Von Ollech. 254. Damit/, 11, 298-299. — Cette auberge était située en horre de la grande route de Charleroi à Bruxelles, entre la Voie romaine et le lage de Frasnes.

î. Napoléon, ilém., 108, Cf. Note du général de Brack au général Pelet, 11 mai 35 [Carnet de la Sabretache, juin 1901).

4. « Ordre au maréchal de camp Réraond de prendre le commandement de la risiou (jirard et de se porter aux Oualre-Bras pour y prendre position. ■> Ordre

tions n'avaient pas été exécutées. Le colonel Matis, qui commandait par intérim les débris de cette division, reçut bien l'ordre de Soult ; mais soit qu'il jugeât, vu l'heure trop tardive, ne pouvoir opérer en temps utile le mouvement prescrit, soit pour tout autre cause, il leva ses bivouacs nuitamment et s'en alla passer la Sambre à Charleroi ^

Pendant ce temps, l'empereur attendait ces troupes aux Quatre-Bras. Il mit pied à terre dans une clairière du bois de Bossu, près d'un feu de bivouaq qu'attisaient quelques grenadiers de la garde. Un officier blessé, qui fuyait le long de la route, reconnut l'empereur à la lueur du foyer. Il se tenail , debout, les bras croisés sur la poitrine, immobile comme une statue, les yeux fixes, tournés vers Waterloo ^ j

On n'avait aucune nouvelle de Groucliy, on pen sait qu'il devait être très menacé. L'empereui ordonna à Soult de lui envoyer une dépêche poui l'informer de la retraite de l'armée et lui prescrira de se replier sur la basse Sambre ^ Des soldats di

de Soult, i8 juin, en avant du Caillou. (Registre du major-général.) — Cet ordn n'a pas d'indication horaire ; mais il y a présomption qu'il fut écrit assez tard dan Taprès-raidi.

1 . « Dans la soirée de celle fatale journée, je reçus l'ordre de soutenir la retrait» J'ai passé la Sambre à Charleroi. » (Mémoires manuscrils du général Malis, cité par Edgar Quinet. Waterloo, 437-438.) — C'est un peu bref comme explications D'autre part, on a vu que l'ordre de Soult est adressé non au colonel Malis, conr mandant la division par intérim, mais au général Rémond. il y avait plusieui officiers généraux, nommément Curély, qui se trouvaient à l'armée sans commai dément. Rémond, sans doute, était de ceux-là. Rejoignil-il Malis ? Ce derni( éluda-t-il ses ordres ou le persuada-t-il qu il était trop tard pour les exécuter Soult avait-il envoyé directement une dépêche à Malis? Tout cela reste obscui Mais ce qui est clair cependant, c'est que Matis reçut l'ordre de se porter au Quatre-Bras, et qu'il n'y obéit point.

2. Souvenirs d'un ex-officier {du 43»), 299-300. Cf. Napoléon, J/ém., 168, ctNotl manuscrites du colonel Baudus (comm. par M. de Montenon, son pelit-fils).

3. Napoléon, Mém., 1C8. Cf. la lettre de Soult à Grouchy, Philippevillc, 19 ju: (Registre du major-général) :«... Je vous ai écrit hier soir de repasser la Sambre*

LA HALTE DE l'eMPEREUR AUX QUATRE-BRAS. 441

toute arme passaient en courant sur la route et à travers champs. Le commandant Baudus, qui cheminait à cheval au milieu des fuyards, aperçut le petit groupe de l'état-major impérial. Il s'approcha. L'empereur lui demanda s'il n'avait pas rencontré quelque corps qui ne fût point entièrement désorganisé. Près des Qualre-Bras, Baudus avait dépassé le 5" lanciers, du colonel Jacqucminot, qui marchait encore en ordre. Il en instruisit l'empereur : « — Allez vite lui dire de s'arrêter aux Quatre-Bras. Il est déjà tard, et l'ennemi trouvant ce point occupé s'arrêtera probablement. » Baudus partit au galop, mais, accueilli par des coups de feu aux premières maisons du carrefour, il rejoignit l'empereur et le supplia de se retirer, « puisqu'il n'était plus couvert par personne ». En disant ces mots, il le regardait. Napoléon pleurait silencieusement son armée perdue. Sur son visage morne, aux pâleurs de cire, il n'y avait plus rien de la vie que les larmes \

Dans cet accablement, l'empereur avait conservé sa présence d'esprit. Ne voyant pas venir la division Girard, il en conclut qu'elle n'avait point reçu l'ordre du major-général. Faute de connaître la

et la lettre de Soult à Napoléon, Laon, 22 juin (Arch. Guerre) : » L'officier qui m'annonce le retour du maréchal Grouchy est celui que j'envoyai des Ouatre- Bras. X — Comme on verra plus loin, l'oflicier envoyé des Quatre-Bras par Soult entre une heure et deux heures du matin rejoiffuit Grouchy vers dix heures et demie. Mais il ne lui remit pas la dépêche, l'ayant sans doute perdue dans son trouble ; il se borna à lui apprendre la déroute de l'armée.

Napoléon dit [Mém., KiS) qu'il trouva aux (Juatre-Bras le général Neigre avec les parcs de réserve. Cela semble inexact. Aucun document allemand ni français ne mentionne la présence des parcs aux Quatre-Bras, et nous savons, d'autre part, qu'au moins la plus importante fraction des voitures était restée à Charleroi.

1. Notes manuscrites du colonel Baudus précitées. — Dans une Note pour le général Pelet {Carnet de la Sabretache, juin 1901) le général de Brack dit aussi qn il i;encontra l'empereur près des Quatre-Bras et que jamais, môme dans la retraite de Moscou, il n'avait vu « sur cet auguste visage une expression plus troublée et plus malheureuse ».

défaite, elle risquait de se trouver surprise dans ses bivouacs et enveloppée par l'ennemi. Il commanda à Baudus de courir à Fleurus, d'y faire prendre les armes et de ramener les troupes sur la rive droite de la Sambre. Puis, cédant à la nécessité, il remonta à cheval et se mit en route pour Charleroi par Gosselies et Lodelinsart^

A Charleroi où l'empereur arriva vers cinq heures du matin ^, c'était la même cohue et le même désordre que la nuit à Genappe. Depuis le 15 juin, les voitures de munitions, les équipages de pont, les chariots de vivres et de bagages encombraient les places et les avenues. Le 17, on avait évacué sur Charleroi les blessés de Ligny, les prisonniers, les pièces de canon et les équipages pris aux Prussiens. Sans doute, dans la soirée du 18, au moment où toutes les troupes lâchaient pied, un commissaire des guerres avait été envoyé de Rossomme, avec l'ordre de faire repasser sur-le-champ la Sambre à toutes les voitures. Mais arrivé à Charleroi entre une heure et deux heures après minuit, il trouva

Page 1