LA NOUVELLE DU DÉSASTRE
tant l'ordre de Grouchy de venir le rejoindre à Limale avec le 3^ corps, Vandamme était resté toute la matinée devant Wavre. Il avait seulement envoyé j(, au maréchal les dragons d'Exelmans et la division Hiilot qu'il avait fait relever en face de Bierges, sur la rive droite de la Dyle, parla division Berthezène^ Maître du champ de bataille, où les Prussiens abandonnaient cinq pièces de canon et de nombreux blessés, Grouchy avait sa droite à La Bavette, sa gauche au delà de Rosieren. Il prenait ses dispositions pour marcher sur Bruxelles, quand, vers dix heures et demie', un officier du major-général arriva près de lui. Le visage abattu, les yeux grands d'effroi, le corps affaissé, paraissant, comme son cheval, brisé de fatigue, il semblait l'image vivante de la défaite. Pouvant à peine rassembler ses idées et trouver ses mots, il conta d'une façon si incohérente le désastre de Mont-Saint-Jean, que le maréchal crut d'abord avoir affaire à un fou ou à un homme ivre. Aux questions que Grouchy lui posait, s'il était porteur d'un ordre, sur quel point devait s'opérer la retraite, si l'armée avait repassé la Sambre, l'officier, au lieu de répondre, recommençait le récit troublé de la bataille. Des détails très précis, saisis au milieu de divagations, finirent par convaincre Grouchy \ Ce n'était pas le moment de s'abîmer
1. Lettre de Grouchy à Vandamme, Limale, 18 juin. 11 heures et demie du soir. Rapports de Grouchy à l'empereur, Rosieren. 19 juin et 20 juin. (Arch. Guerre.) Rapport de Hulot a Gérard, prccilé. Général Berton. Précis, 08.
La division Hulot et les dragons d'Exelmans rejoignirent d'assez bon matin le i' corps sur le plateau de Limale. mais, contrairement à beaucoup de récits, ils ne furent point engagés et restèrent en réserve.
2. Déclaration de Grouchy sur la conduite du général Teste. (Arch. Guerre, à la date du 20 juin, i Rapport de Hulot â Gérard.
3. Rapport de Grouchy à l'empereur, Rosieren, 19 juin, et Dinant, 20 juin. (Arch. Guerre.) Rapport de Hulot à Gérard. Grouchy, Observations, 22. Fvagm. his-
dans la douleur, il fallait sauver ce qui restait de l'armée.
Grouchy réunit ses officiers généraux pour tenir une façon de conseil de guerre. Il leur annonça la terrible nouvelle. En parlant, il avait, dit-on, 1-es larmes aux yeux^ On connaissait dans les étatsmajors et même parmi les troupes la discussion qu'il avait eue la veille avec Gérard, à Walhain. Le maréchal crut que les circonstances l'obligeaient à se justifier de n'avoir pas écouté les conseils de son lieutenant. « — Mon honneur, dit-il, me fait un devoir de m'expliquer sur mes dispositions d'hier. Les instructions que j'avais reçues de l'empereur ne me laissaient pas la liberté de manœuvrer sur un autre, point que sur Wavre. J'ai dû repousser les conseils que le comte Gérard se crut en droit de me donner. Je rends justice aux talents et à la brillante valeur du général Gérard ; mais vous dûtes être étonnés comme moi qu'un officier général, ignorant quels étaient les ordres de l'empereur et quelles données faisaient agir le maréchal de France sous lequel il était placé, se permît de lui tracer publiquement sa conduite. L'heure avancée de la journée, l'éloignement où Ton était du point où le canon se
/or., li.jRelat. sacc, 44. Pajol, III, 239-240. Déclarations de Legouest et de Bella. [Hélât, suce. App. IV. 27, 57.) Cf. 1815, 11, 440.
Pajol, d'après les notes du commandant Biot, aide de camp de Pajol, dit que cet oflicier (^■tait le capitaine Dumonceau, aide de camp du général Gressot, sous-chef de l'état-major général.
1. Lettre de Vandamme à Simon Lorière, 10 mai 1830. (Arch. Guerre.) Pajol, III, 230, d'après le témoignage de l'aide de camp Biot.
• Grouchy, dit méchammant Vandamme, ne savait que pleurer comme une vieille femme. » Vandamme est plus qu'injuste pour Groucliy comme pour d'autres. Ne prélend-il pas, dans la môme lettre et dans la précédente, du 9 février, que le général Le Sénécal, chef d'état-major de Grouchy, passa toute la nuit du 18 au 19 juin à l'état-major prussien, et que ce fut lui qui vint, le matin du 19, « apprendre au maréchal le succès de nos ennemis qui, sans doute, n'étaient pas les siens ». Le • seul témoignage de V'andarame ne saurait faire admettre une pareille accusation.
lisait entendre, l'état des chemins, rendaient imposible d'arriver assez à temps pour prendre part à aflaire qui avait lieu. D'ailleurs, quels que soient es événements survenus, les ordres de l'empereur, ont je viens de vous faire connaître le contenu, ne ne permettaient pas d'agir autrement que je ne l'ai ait \ »
Après avoir prononcé ces paroles, qui tenaient utant de l'amende honorable que de l'apologie, le naréchal exposa son plan de retraite. Il avait d'abord lensé à se porter sur les derrières des Anglo-Prusiens, afin de retarder par cette diversion leur )Oursuite de l'armée impériale ; mais il renonça vite i cette idée dont le seul résultat eiit été la destrucion totale de ses trente mille hommes submergés, icrasés par cent cinquante millet Pour le même notif, il repoussa sagement le hardi projet de v'^andamme, qui consistait à marcher sur Bruxelles m l'on délivrerait de nombreux prisonniers et à •egagner la frontière vers Valenciennes ou Lille par ]]nghien et Ath^ Vandamme supposait que de ce ;ôté en rencontrerait seulement quelques détachenents de l'armée alliée. Grouchy préféra, avec raison, )rendre sa ligne de retraite sur Namur, Dinant et jivet \
11 fallait se hâter, car on pouvait craindre non seulement d'être harcelé par Thielmann qui, sans
1. « Allocution du maréchal Grouchy à quelques-uns des officiers généraux sous ies ordres lorsqu'il eut appris le désastre de Waterloo. » (Relat. suce, App. Ili, tô.) Déclaration de Legouesl. (App. IV, 27.) Rapport de Hulot à Gérard. (Comm. )ar le baron Hulot.) — Iluiol était présent à la réunion des généraux.
2. Rapport de Grouchy à l'empereur, 10 juin. (Arch. Guerre.) Grouchy, Relat. îucc, 44.
3. Lettre de Vandamme à Simon Lorière, Gand, 10 février 1830. (Arch. Guerre.), I 4. Rapports de Grouchy à l'empereur, 19 et 20 juin. fArch. Guerre.) Relat. suce.
doute, allait se reporter en avant au premier mouvement rétrograde des Français, mais encore d'être attaqué de flanc par un autre corps détaché, à cet efîet, de l'armée de Bliicher. Peut-être même ce détachement arriverait-i] à temps pour prendre position vers Gembloux et couper la retraite. C'était en eiïet l'ohjcctif des Prussiens; et, à onze heures, alors que Grouchy avait encore son armée au delà de la Dyle, le front entre Rosieren et La Bavette^ Pirch, détaché de Rossomme dans la nuit avec le IP corps, occupait déjà Mellery^ Il avait plus de deux heures d'avance sur Grouchy, car de Mellery à Gembloux il y a neuf kilomètres à vol d'oiseau et, de La Bavette à Gembloux, il y en a dix-huit et demi.
La retraite commença entre onze heures et midi. Les dragons d'Exelmans, sauf le 20" régiment mis sous les ordres de Vandamme, se portèrent très rapidement sur Namur pour s'assurer des ponts dej la Sambre ; leur avant-garde y arriva dès quatre heures'. Le 4" corps et la cavalerie de Vallin repassèrent la Dyle à Limale et gagnèrent la route directe de Gembloux ; on bivouaqua à la nuit à deux jieues au delà de ce village sur la route de Nivelles à Namur, entre Le Boquet et Temploux. Grouchy, qui cheminait avec cet échelon de l'armée, établit à Temploux son quartier-généraP. De La
1. Wagner. II, 99. Damitz, II, 336. Von Olleoh, 263. — Pircli n'avait pu rtiinii que trois de ses divisions. Krafft, Brause et Laugon, et la cavalerie de Jûrgass, cal la division Tippclskircli avait suivi jusqu'à Gcnappc les fuyards de Mont-Sainl-Jcan.
— Pirch marciia par Maransart et Bousval.
2. Journal de la brigade Bonncmains. (Arcli. Guerre.) Géni'Tal Berlon, Pi'écis. C)9.
— Des environs do Wavre i rive gaucho de la Dylo) à Namur, il y a 37 kilomètres. La marche de l'avanl-garde des dragons fut donc particulièrement rapide. C'était une allure de 9 kilomètres à l'houro, y compris les halles.
3. Grouchy à Vichery, Nil-Pierreux, 19 juin. Rapports de Grouchy à Napoléon, Temploui, 20 juin, et Diuant, 21 juin. (Arch. Guerre.) Jielat. succincte., 45. Cf.