Kcllermaun le constate dans sa Relation. (Arcli. Guerre
sont 120 000; il n'a, lui, à cause du retard de Bûlow, que 80 000 soldats. Mais fidèle à ses engagements de protéger la gauche anglaise, impatient de combattre et confiant d'ailleurs en l'appui éventuel de Wellington, il ofTre témérairement, dans la position de Ligny, la bataille à Napoléon. Quand l'empereur voit le déploiement de l'armée prussienne, il se félicite qu'elle se mette à la portée de son épée. Cette bataille, qu'il ne prévoyait nullement, c'est l'occasion pour lui de clore en un seul jour, par un coup de tonnerre, la campagne commencée la veille. Il va exterminer la principale armée ennemie. Il arrête aussitôt son plan, dispose ses troupes, envoie des ordres à Ney. Tandis qu'il attaquera, le maréchal se portera sur les derrières des Prussiens, et à la fin de la journée, quand il donnera l'assaut final, l'armée de Blûcher, enfoncée au centre, débordée à la droite, assaillie à revers, sera presque entièrement prise dans un réseau de fer et de feu. Mûffling, Rogniat, d'autres encore prétendent que Napoléon aurait dû se borner à des démonstrations vers Ligny et porter tout son etîort contre Saint-Amand oiî la droite prussienne, très en l'air, n'aurait pu faire qu'une faible résistance . C'est méconnaître une des plus belles inspirations tactiques de Napoléon. Assurément l'attaque par Saint- Amand eût amené en moins de temps et avec moins de pertes la retraite des Prussiens. Mais, le 16 juin, l'empereur avait un objectif plus décisif que de séparer Bliicher de Wellington en rejetant celui-là vers la Meuse : il voulait la destruction de l'armée prussienne. Pour cela, il fallait en percer le centre et en envelopper l'aile droite. Seule l'aile gauche eût échappé au désastre.
On a vu par quel enchaînement de fautes et de méprises échoua ce plan si hien conçu % et comment chacun contribua à le faire échouer. Flahaut, porteur des premiers ordres de l'empereur, met deux heures à faire quatre lieues. Reille surseoit un mouvement commandé, sous prétexte qu' « un peu de temps perdu » sera de nulle importance ; il juge, selon l'étrange explication de Jomini, qu'il vaut mieux « obéir aux lois de la grande tactique » qu'aux instructions formelles du chef de l'armée. Le porteur de Vordre au crayon n'en donne aucune explication au général d'Erlon. Celui-ci lit mal ou comprend mal cette dépêche si importante. Il s'engage dans une fausse direction ; il n'a point l'inspiration, d'en changer; il se détermine, aux trois quarts du chemin, à revenir sur ses pas pour obéir à l'injonction deNey, qui le rappelle nonobstant Tordre formel de Napoléon ; il ne pense pas que, par cette contre-marche, il privera l'empereur d'un appui très efficace, et n'arrivera point près de Ney à temps pour combattre. En résumé, dans tout cet après-midi, d'Erlon neutralise ses troupes, les promenant l'arme au bras de l'aile gauche à l'aile droite et de l'aile droite à l'aile gauche, sans seconder ni l'une ni
1. Hasards de la guerre ! Malgré tout, il ne tint pcut-ôtre qu'à un obscur cuirassier français que la bataille de Ligny n'amenât la séparation définitive des deur armées alliées. Imaginez Bliicher fait prisonnier au moment où il venait d'être culbuté sous son clieval par une charge d'une brigade de Milliaud. Sans doute, la retraite sur Wavre ne s'en fût pas moins opérée, puisque ce fut Gneisenau et non Blucher qui en donna l'ordre. Mais on a vu que, à Wavre, il fallut les instances de l'ardent Bliiclier pour décider son tout-puissant chef d'étal-raajor à marcher sur Mout-Saint-Jean. Gneisenau se fùt-il de lui-même déterminé à ce mouvement de flanc? Sans accorder plus de valeur qu'il ne convient à cette hypothèse, .jo veux cependant rappeler les paroles de Damitz : <> Qu'on se (igure Blucher prisonnier de Napoléon, quelle impression cela n'eùt-il pas fait sur le moral de l'armée française, de l'armée prussienne et des peuples alliés ! » et la conclusion de Charles Malo : « Qui oserait prétendre que la captivité de l'indomptable Bliicher n'aurait ea rien influé sur le résultat des journées suivantes ? »
l'autre. Vandamme qui aperçoit, le premier, le corps de d'Erlon, le fait imparfaitement reconnaître et le signale à l'empereur comme ennemi. Napoléon, troublé par l'avis de Vandamme et par la direction de cette colonne, perd sa présence d'esprit. Il ne pense pas ou n'admet pas que la troupe qui menace son flanc puisse être le 1^"^ corps, cependant appelé pajr lui-même sur le champ de bataille ; il néglige de prescrire éventuellement à l'officier qu'il envoie pour reconnaître de nouveau la colonne prétendue ennemie de la diriger vers Brye si, à rencontre de ses prévisions, c'est le corps du comte d'Erlon.
Le maréchal Ney, enfin, doit porter la principale responsabilité des résultats incomplets de la journée. En rappelant le 1" corps malgré les ordres formels de l'empereur, il commit un acte de désobéissance que peut seul expliquer l'esprit d'indiscipline qui régnait alors dans l'armée à tous les échelons de la hiérarchie, et il fit échouer complètement la manœuvre décisive conçue et ordonnée par Napoléon, manœuvre que le comte d'Erlon, d'ailleurs, avait déjà compromise en prenant une fausse direction. Mais ce n'est pas seulement de ce coup de tête qu'il faut accuser le maréchal Ney. C'est d'une faute initiale qui entraîna tous les retards, toutes les méprises, tous les faux mouvements, tous les contretemps de cette double action. S'il eût agi le matin comme le lui imposaient et les principes de la guerre, et les circonstances, dès huit ou neuf heures il aurait eu le 2^ corps massé à Frasnes et le l^"" corps concentré à Gosselies. Ainsi, à onze heures, à la réception de l'ordre porté par Flahaut, il eût attaqué les Quatre-Bras avec quatre divisions de Reille et la cavalerie de Lefebvre-Desnoëttes, et il eût
appelé à Frasnes les cinq divisions de d'Erlon el les quatre brigades de cuirassiers de Kellermannl Bien avant deux heures, il eût enlevé la position aux 8 000 Hollandais qui l'occupaient seuls encore. A trois heures, avec ses 45 000 hommes, il eût refoulé sans peine sur la route de Bruxelles, en admettant que Wellington eût osé prendre l'ofîen- i sive, les 7 000 Anglais de Picton et les 6 000 Brunswickois du duc Frédéric-Guillaume. x\ quatre heures, — moment où lui parvint le premier ordre du major-général de se rabattre sur Brye — il aurait ; pu détacher, par la Voie romaine, plus de la moitié de ses forces sur les derrières de l'armée prussienne pour changer en désastre la défaite de Blûcher.
Jomini convient que la bataille de Ligny aurait eu des suites décisives si Ney avait porté à Brye une partie de ses troupes. Mais il objecte que le maréchal n'aurait pu opérer ce mouvement, même s'il avait eu dans la main le corps de Reille et le corps de d'Erlon, car il se serait trouvé aux prises avec les 40 000 Anglo-Alliés de Wellington. Ce raisonnement repose sur une erreur de chitTres. A quatre heures, Wellington n'avait encore que la division Perponcher, la cavalerie de van Merlen, le corps de Brunswick et la division Picton, soit 22 500 hommes. (Et même dans l'hypothèse de la prise des Quatre-Bras par Ney, entre midi et deux heures, les 8 000 soldats de Perponcher, qui auraient été très abîmés dans ce combat, se seraient trouvés à peu près hors de cause à l'arrivée des renforts anglais.) La division Alten ne déboucha qu'à cinq heures et demie, et les troupes de Cooke et de Kruse, vers sept heures seulement. Or, ou Wel-
lington aurait attaqué dès trois heures avec les débris de la division Perponcher, l'infanterie de Picton et la cavalerie de van Merlen, auquel cas ces 16000 hommes luttant contre 45 000 auraient été exterminés en un tournemain ; ou plutôt, ne voulant pas faire détruire ses divisions une à une, le général en chef anglais eût attendu, pour prendre l'ofTensive, non seulement Brunswick mais Alten, et conséquemment il n'aurait engagé le combat que vers six heures, A cette heure-là, la moitié des troupes de Ney aurait été déjà au dos des Prussiens, et il serait resté 20 000 hommes au maréchal pour résister jusqu'à la nuit, dans une bonne position, à 2S 000, puis, après l'arrivée de Cooke et de Kruse, à 35 000 assaillants. Ney eût-il même dû se replier à Frasnes, que cette retraite, aux approches de la nuit, aurait été sans importance stratégique. Il est très probable, d'ailleurs, que si Wellington, à son retour du moulin de Bussy, vers trois heures, avait trouvé les Quatre-Bras occupés en forces par les Français, il se serait retiré à Genappe où il aurait prudemment concentré ses troupes en attendant l'issue de la bataille engagée devant Ligny. C'est du moins ce que l'on peut inférer de sa coutumière circonspection et de son égoïsme britannique.
Glausewitz, après avoir longuement et confuséinent argumenté, conclut que « 10 000 hommes sur les derrières de l'armée prussienne n'auraient fait que rendre la bataille plus douteuse en obligeant Blucher à, se replier plus tôt », C'est prouver la faiblesse de sa cause que de citer sciemment des chitîres faux, Glausewitz savait très bien que c'eût été non point 10 000, mais 20000 cavaliers et
fantassins qui auraient pris les Prussiens à revers. Dans ces conditions, Bliicher, comme le dit Clausewitz, aurait dû se replier au plus vite. Mais Tauraitil pu? Là est la question. A entendre Glausewitz, on croirait en vérité qu'une armée est libre de quitter un champ de bataille comme un champ de manœuvres, et qu'une retraite soudaine, en pleine action, quand on est attaqué de front, de flanc et à revers, peut s'opérer sans désordre et sans péril. Gharras, lui, a une façon toute personnelle de voir les choses : « Les généraux, s'écrie-t-il, furent admirables. Ils ne manquèrent pas au chef, le chef leur manqua. » Il magnifie Ney, « qui dépassa les limites du possible en arrêtant Wellington avec 20 000 hommes ». Gharras semble ignorer que Wellington, jusqu'à l'arrivée de la division Gooke et de la brigade Kruse (à six heures et demie du soir), eut seulement 28 500 hommes^ à opposer aux Français qui étaient 23 500". Et il se garde de dire que si Ney n'eut qu'un seul corps d'armée pour attaquer les Anglais, c'est parce qu'il avait négligé, le matin, de concentrer le 2® et le l^"" corps entre Gosselies et Frasnes. G'est là, on ne saurait trop le répéter, la faute initiale d'où dérivèrent toutes les autres : celles de Ney, celles de Reille, celles de d'Erlon, celles de l'empereur.
Les faits, les ordres écrits, les heures, les chiffres contredisent les conclusions de Glausewitz et de Gharras. Il y a aussi les témoignages de Kellermann :
1. Division Perponcher : 7 900. — Division Picton : 7 158. — Cavalerie de van Merlen : 1 200. — Division Allen (moins la brigade Onipteda) : 6 025. — Corps de Brunswick : 6 300 = Total : 28 583.
2. Corps de Reille (moins la division Girard) : 21 074. — Division Lefebvre- DesnoL'Ues (moins les doux escadrons do service restés près de l'empereur) : 1 700 — Brigade de cuirassiers de Guiton : 777 = Total : 23 551.
« Napoléon n'atteignit pas son but par la faute du maréchal Ney ; » — de Reille : « On eût pu obtenir un succès bien plus considérable en prenant à revers la droite de l'armée prussienne ; » — du général Delort : « Ney pouvait, avec ses 45 000 hommes, contenir les Anglais et tourner l'armée de Blucher. » Il y a le jugement de Ropes : « Si Ney avait exécuté les ordres de l'empereur, lissue de la campagne aurait été modifiée. » Il y a le jugement du maréchal Wolseley : « Si tout s'était passé comme Napoléon l'avait ^projeté, on peut dire que les corps de Zieten et de Pirch auraient été anéantis et que, selon toutes les probabilités, Blucher et Gneisenau auraient été faits prisonniers ^ » Il y a enfin, ce qui prime tout, l'aveu de Gneisenau, chef d'état-major de l'armée prussienne, qiii écrivit, le 12 juin 1817, au roi de Prusse : « Si le général Perponcher n'avait pas fait une aussi bonne résistance, le maréchal Ney arrivant aux Quatre-Bras aurait pu tourner à droite et tomber sur les derrières de l'armée qui combattait à Ligny et en causer ainsi la destruction totale. »
La bataille à gagner — à gagner jusqu'à l'écrasement et la dissolution de l'ennemi — était la bataille de Ligny. Une victoire complète remportée Je 16 juin sur l'armée prussienne pouvait clore
Le général von Lettow-Vorbeck dit aussi {Napoléons Untergang, 331 . n Si d'Erlon répondait aux instructions de rcmpercur, les l" et 2° corps prussiens étaient perdus. Malgré ce qu'en dit Clausowilz. il est douteux qu'ils aient pu échapper à un enveloppement... C'était lopiniou du maréchal de Moltkc. »
d'un seul coup la campagne des Pays-Bas. Par 1 faute de Ney, la bataille ne fut pas décisive. Le len demain, se présenta une autre occasion de terminer la campagne en détruisant l'armée anglaise. Cette occasion, Napoléon la laissa échapper pa'r sa faute.
L'empereur avait éloigné Blûcher de Wellington, et, malgré l'arrêt dans l'action et le commencement de panique causés par l'approche du corps de d'Erlon, il avait battu en six heures 86000 Prussiens avec 65 000 Français, démontrant ainsi, comme il le lit si souvent, l'inanité de son axiome, que la victoire est toujours du côté des gros bataillons. Restait l'armée anglaise en position aux Quatre-Bras, oii elle avait résisté avec avantage au maréchal Ney. Le 17 juin, l'empereur était maître de l'exterminer. Malheureusement cette bataille décisive et gagnée d'avance, dont il eut Tintuilion en temps utile \ il ne se prépara à la livrer qu'après avoir perdu quatre grandes heures dans l'attente et les hésitations. C'était laisser trop de répit à l'ennemi. Wellington décampa.
Sans doute, au point du jour, l'empereur ignorait la ligne de retraite des Prussiens et ne connaissait qu'imparfaitement, par le rapport sommaire et obscur du maréchal Ney, l'issue de la bataille des Quatre-Bras. Mais, vers sept heures, il était informé par une dépêche de Pajol que l'armée de Blûcher se repliait vers la Meuse, et, par le rapport verbal de Flahaut, que les Anglais étaient encore aux Quatre-Bras. S'il eût pris dès alors le parlii
1. « ... Si cela était (si l'armée anglaise était restée aux Quatre-Bras) Temperour marciicrail directement sur elle par la route des Quatre-Bras, tandis que vous l'attaqueriez de front avec vos divisions qui, à présent, doivent être réunies, et celle armée serait dans un instant détruite. » Soult à Ney, Fleurus, 17 juin [entre sept e' huit heures du matiiij. (Kcgislre du major-général).
auquel il se résolut seulement entre onze heures et midi, c'est-à-dire s'il eût marché vers les Quatre- Bras avec le corps de Lobau, la garde et les cuirassiers de Milhaud, ces troupes eussent débouché Centre dix heures et dix heures et demie sur le flanc de l'armée anglaise, précisément au moment oii elle levait ses bivouacs. Les forces de Wellington, en en retranchant les pertes de la veille et en y ajoutant la cavalerie de lord Uxbridge et quelques batteries de la réserve d'artillerie, venues dans (la nuit et dans la matinée, s'élevaient tout au plus là 41000 fusils et sabres \ Prise en flagrant délit de marche, attaquée à la fois sur sa gauche par les 33 000 soldats de Napoléon, sur son front par les 41 000 soldats de Ney, l'armée anglaise, soit qu'elle eût fait tête, soit qu'elle eût tenté une retraite bien aventureuse sur Genappe ou sur Nivelles, n'aurait pu éviter un désastre.
Au lieu de cela, Napoléon projeta d'abord de laisser son armée au bivouac pendant toute cette ournée. Puis il se ravisa, conçut un nouveau plan, mvoya ses ordres, se mit en marche. Il était trop ;ard. L'empereur arriva aux Quatre-Bras à deux leures seulement. Les divisions anglo-néerlandaises ivaient repassé la Dyle à Genappe. Il ne put que lonner la chasse aux cavaliers de lord Uxbridge. Juand il rejoignit, à petite portée de canon, l'armée mglaise en position à Mont-Saint-Jean, la nuit ipprochait : « Je voudrais, dit-il, avoir le pouvoir le Josué pour retarder la marche du soleil ! »
1. Division Perponcher : 7 900. Cavalerie de van Merlen : 120Ù. Division Pictou : 158. Division Alten (moins la brigade Ompteda) : 6 023. Corps de Brunswick : 300. Brigade Kruse : 2 900. Division Cooke : 3 989. Cavalerie de lord Uxbridge et eux ou trois batteries de la réserve d'artillerie : 10 500. Total : ,43 972. A défaluer 4678 pour les perles du 10 juin. Restait doue à Wellington : 41 294 hommes.
Mais il y avait quatorze heures que le soleil éclaii rait la terre, et Napoléon n'en avait pas profité.
On peut dire que les renseignements reçus paf^ l'empereur à sept heures du matin ne lui semblaient ni assez précis, ni assez sûrs pour le déterminer à agir sur-le-champ. Etait-ce bien vers la Meuse que les Prussiens se repliaient, et pouvait-il s'engager à leur poursuite sans être assuré de la direcrection qu'ils avaient prise ? D'autre part, était-il possible que Wellington, instruit de la défaite des Prussiens, n'eût point déjà évacué sa position des Quatre-Bras ? En ce qui regardait la retraite des Prussiens, les hésitations de l'empereur étaient parfaitement explicables. Mais il n'avait pas d'aussi bonnes raisons pour différer le mouvement contre Wellington. Ce mouvement pouvait avoir de si grands résultats qu'il fallait l'entreprendre au plus tôt avec le corps de Lobau et la garde, même au risque d'une marche inutile. Ou Wellington se serait encore trouvé aux Quatre-Bras, et Napoléon l'aurait attaqué, de concert avec Ney, dans les conditions les plus favorables; ou les Anglais auraient déjà décampé, auquel cas la garde et le 6® corps auraient effectué leur jonction avec les corps de d'Erlon et de Reille. La marche sur les Quatre-Bras, qui aurait pu aboutir à l'extermination de l'armée anglaise, ne pouvait en tout cas rien compromettre, car Grouchy, laissé temporairement entre Brye et Ligny avec Vandamme et Gérard, suffisait à parer à un retour offensif de Blùcher, et, vu la courte distance des Quatre-Bras à Brye, il n'y avait pas plus d'inconvénient pour l'empereur à concentrer sa réserve sur son aile gauche qu'à la laisser avec son aile droite.
On a allégué encore la nécessité de donner du repos aux troupes et de les ravitailler en muniitions. Le repos? Les cavaliers d'Exelmans et de IPajol, qui avaient combattu la veille jusqu'à la nuit close, ne se mirent pas moins en marche au k'vcr du soleil. A plus forte raison, auraient pu partir, à sept heures du matin, la garde, qui avait é'tc engagée peu de temps, et le C corps, qui avait tiré à peine quelques coups de fusil. Les munitions ? Seuls les corps de Gérard et de Vandamme avaient besoin d'être ravitaillés, et cette opération fut certainement achevée avant midi. Quant aux 33 000 hommes du 6*= corps et de la garde qui eussent marché sur les Quatre-Bras, leurs gibernes et leurs coffrets étaient encore bien garnis.
Il y a donc d'autres causes à l'inaction de l'empereur dans la matinée du 17 juin. Charras, le gt'iiéral Berthaut, Ropes, plus encore le maréchal Wolseley, l'attribuent à son état de santé. (Wolseley ni Ropes ne précisent le mal dont il souffrait ; Charras assure qu'il avait toutes les maladies \) Peut-être que, en effet, dans la nuit qui suivit la bataille de Ligny, Napoléon eut une toux spasmodique épuisante, des contractions d'estomac ou quelque crise d'un mal plus douloureux encore ^ Grouchy rapporte incidemment que l'empereur paraissait très fatigué en quittant, le 17 au matin, le château de Fleurus. Selon le général Le Sénécal et le colonel de Blocqueville, l'un, chef d'étatmajor, l'autre, premier aide de camp de Grouchy,
1. Cette énumération pathologique, supprimée dans l'édition de Paris, se trouve aux pages 512-514 de l'édition en un volume, publiée à Bruxelles en 1863. Charras s'exprime là sans nulle réticence.
2. Cf. 1815, I. 618-619, et les notes (41° édition et suivantes).
Napoléon avait été très souffrant dans la nuit^ 11 e?t donc possible que brisé par les étreintes du mal, l'empereur soit resté abattu et somnolent dans les premières heures de la matinée. Mais c'est là une simple hypothèse; et si on la tient pour plausible, il n'en faut pas moins reconnaître que, sauf ce matin-là, Napoléon eut dans sa dernière campagne l'activité d'un général de trente ans.
Repassons ces journées mémorables oîi, à en croire le maréchal Wolseley, Napoléon était « sous un voile de léthargie ». Le 15 juin, l'empereur se lève à trois heures, va à Jamignon, y monte à cheval, pousse jusqu'à la Sambre, donne ses ordres pour l'assaut de Gharleroi ; puis, la ville prise, prescrit le mouvement de l'aile gauche, dirige à l'aile droite le combat de Gilly et rentre à Gharleroi à dix heures du soir. Le 16, il dépêche des aides de camp et écrit des ordres dès quatre heures du matin. A neuf heures, il se rend à cheval au moulin de Fleurus, livre la bataille de Ligny et, à l'assaut final, au crépuscule, il se porte de sa personne avec la garde au delà des premières lignes prussiennes. Il se couche passé dix heures. S'il est malade pendant la nuit, il se trouve cependant le lendemain, à neuf heures du matin, à Brye, passant son armée en revue et faisant donner des soins aux blessés. Puis il marche sur les Quatre-Bras à la tête des troupes qu'il devance dans son impatience. Il attaque la cavalerie anglaise et la poursuit à lavant-garde, trois lieues durant, à une allure de steeple-chasse et sous une pluie
1. Grouchy, Relation succincte, 18, et Appendice IV, 5, (déclaration de Le S6né cal.) Déclaraliou de Blocqueville. (Areh. Guerre, Armée du Nord, à la date du 18 juin.)
orrentielle. Tout ruisselant d'eau, « mouillé comme
>'il sortait d'un bain », il prend gîte au Caillou
riprès le coucher du soleil, y dicte des ordres pour
i l'armée et s'absorbe dans la lecture des lettres de l^aris. Il se jette quelques instants sur son lit; puis, i une heure du matin, il se relève et fait à pied, îOus la pluie qui tombe encore, la tournée entière le ses avant-postes. Rentré vers trois heures, il écoute les rapports des reconnaissances et des espions. Il dicte de nouveaux ordres. A partir de tteuf heures, il est sur le champ de bataille. Il ne le quitte qu'en pleine nuit, avec les derniers carrés de la garde; et, toujours à cheval, il va traverser la Sambre à Gharleroi, à huit lieues de la Belle- Alliance. Sur quatre-vingt-seize heures, cet homme, que l'on représente comme abattu et déprimé par la maladie, sans énergie, sans résistance au sommeil et incapable de se tenir à cheval, prit à peine vingt heures de repos; et, en supposant qu'il ait mis pied à terre pendant les trois quarts du temps des deux grandes batailles, il resta en selle plus de trente-sept heures.
En 1815, Napoléon était encore d'une santé à supporter les fatigues de la guerre, et son cerveau n'avait rien perdu de sa puissance. Mais, chez lui, la foi dans le succès ne soutenait plus le génie. Tandis que dans les dictées de Sainte-Hélène il s'efforçait de démontrer qu'il n'avait pas commis de fautes au cours de sa dernière campagne, dans ses entretiens familiers il laissait échapper le secret de ces fautes : « Je n'avais plus en moi le sentiment du succès définitif. Ce n'était plus ma confiance première... Je sentais la Fortune m'abandonncr. Je n'avais plus un avantage qui ne fût immédiatement suivi d'un
bOO 1815.
revers... Aucun de ces coups ne me surprit, car j'avais l'instinct d'une issue malheureuse*. » Cet état d'esprit explique les heures perdues par l'empereur pendant la campagne, ses indécisions, ses vues parfois troublées, le répit laissé à l'ennemi. Il ne croit plus au succès ; sa hardiesse fléchit avec sa confiance. 11 n'ose plus saisir, brusquer l'occasion. Il n'a plus la qualité suprême qu'il a définie : « le courage de Timproviste. » Dans sa foi en sa destinée, il a toujours été un joueur audacieux. Maintenant qu'il sent la Fortune contraire, il devient un joueur timide. Il hésite à engager la partie, n'obéit plus à l'inspiration, temporise, pèse les chances, voit le pour et le contre, ne veut rien risquer qu'à coup sûr.
Pour agir librement contre les Anglais, l'empereur devait être protégé contre un retour offensif de Bliicher. Où étaient les Prussiens? en retraite vers la Meuse ou en marche pour se réunir à Wellington au sud de Bruxelles? L'empereur chargea Grouchy de retrouver leurs traces et de les poursuivre. On a dit que, dans le doute où il se trouvait sur la direction de retraite des Prussiens, Napoléon aurait dû, à tout hasard, dès le 17 juin à dix ou onze heures, ordonner à Grouchy de marcher latéralement par la rive gauche de la Dyle. L'empereur ne pouvait commander à Grouchy de
1. Las-Cases, VII, 179-183. Cf. Mollien. Mém., IV, 198. Lavallette, Mém., H, 170-176. Fragments des Mémoires de Mole. {Bévue de la Révolution, XI, 96.) Noies de Lucien (Arch. Affaires élrangères, 1815.)
GHOUCHY 501
s'avancer par la rive gauche de la Dyle avant de savoir si les Prussiens eux-mêmes se portaient vers Wavre par la rive droite. C'eût été risquer de livrer ses lignes de communications à l'armée prussienne ralliée entre Gembloux et Temploux, et s'exposer à un retour offensif sur ses derrières ^ C'était à Grouchy lui-même de prendre telle ou telle direction selon qu'il apprendrait que les Prussiens battaient en retraite sur Liège ou sur Wavre.
On a dit aussi qu'en détachant sur la droite deux corps de cavalerie, du canon et une seule division d'infanterie, forces suffisantes pour observer les Prussiens, l'empereur aurait conservé avec lui 20 000 hommes de plus qui lui auraient été très utiles à Waterloo. Sans doute, en 1814, après Arcissur-Aube, Winzingerode, avec 10 000 chevaux, avait i imposé pendant deux jours à toute l'armée française. Mais, malgré l'absence des corps de Vandamme et de Gérard, et de la cavalerie de Pajol et d'Exelmans, on se trouva à Waterloo en nombre un peu supérieur aux Anglais ; et, si une fraction de l'armée n'avait pas été paralysée par l'approche des Prussiens, on eût vraisemblablement emporté, vers cinq heures, le plateau de Mont-Saint-Jean. Or Napoléon avait détaché 33 000 hommes avec Grouchy précisément pour contenir les Prussiens. Il était d'une tout autre importance d'éloigner Blûcher du champ de bataille que d'y avoir soi-même 20 000 hommes de plus.
Cette division de l'armée en deux masses, tant blâmée par la majorité des historiens militaires, c'est la stratégie coutumière à Napoléon. C'est ainsi
1. « Si elle n'eut pas été suivie, l'armée prussienne pouvait se reporter, de Gembloux auï Quatre-Bras, sur les derrières de l'armée française. « Napoléon, Notes aw l'Art de la Guerre, du général Rogniat. (Corresp. XXXI, 4ùO.)
qu'il manœuvra à Marengo \ à léna, à Friedland et dans toute la campagne de France, si admirée à juste titre. Quand on a à lutter contre deux armées, il faut bien cependant tenter de contenir Tune tandis que l'on porte tout son effort contre l'autre.
Mais Grouchy pouvait-il s'opposer aux mouvements des Prussiens, et, tout d'abord, les ordres de l'empereur étaient-ils assez précis, assez explicites pour qu'il ne pût se méprendre et qu'il sût bien que son principal objectif était de parer à un retour offensif de Blùcher sur le flanc ou sur les derrières de l'armée? Il est présumable que dans ses instructions verbales Napoléon l'avait expliqué au maréchal ; mais il y a sur les paroles de l'empereur à Grouchy des témoignages si intéressés et si contradictoires, qu'il faut, en bonne critique, s'en rapporter au seul ordre écrit. J'ai cité cet ordre intégralement. J'en rappelle les dispositions essentielles : « Rendez-vous à Gembloux; éclairez-vous dans la direction de Namur et de Maëstricht ; poursuivez l'ennemi. Il est important de pénétrer si Blûcher veut se réunir à Wellington pour livrer bataille en avant de Bruxelles. »
Si, à la vérité, l'empereur dans cette lettre ne
1. « Napoléon méTilait d'être battu à Marengo, et il faut peul-ôlrc chercher dans cette victoire injuste la source des défaites qui ruinèrent plus tard l'édifice uapo- Iconien. » York de Wartenbourg, Napoléon als Feldher, I, 57.
Cette opinion est en tout cas curieuse à citer. 11 y a d'autres opinions plus curieuses encore dans le livre de York de Wartenbourg. 11 n'admire sans réserve que deux campagnes : celle de 1796 et celle de 1814. En 1805, en 1806, en 1S07, en 1808, en Espagne, il signale déjà chez Napoléon des fautes nombreuses, « un relâchement des ressorts », des « symptômes d'affaiblissement ». A Wagram, Napoléon ne sut pas profiter de la victoire ; en Russie, il fut pitoyable. 11 redevient presque lui-môme dans la campagne de 1813, se surpasse dans la campagne de 1814, et n'est plus bon à rien dans celle de 1815. York constate sans expliquer. Il serait, de fait, fort difficile d'expliquer comment, après 1796, le génie niililaire de Napoléonsubit une éclipse de dix-sept années, brilla du plus bel éclat pendant une année et disparut de nouveau.
prescrit pas explicitement à Grouchy de couvrir l'armée, il me paraît bien qu'il le lui prescrit impliicitement. « Pénétrer si Bliicher veut se réunir à Wellington », voilà l'important. Or, comme Grouchy a avec lui non point quelques escadrons pour reconnaître l'ennemi, mais une armée capable d'attaquer et de se défendre, il doit non seulement renseigner l'empereur, mais aussi le protéger contre un retour offensif en manœuvrant de façon à s'interposer entre les Prussiens et l'armée impériale. Un homme qui avait fait plus de vingt ans la guerre ne pouvait se méprendre sur le but de l'opération dont il était chargé. Et, de fait, ces mots de la lettre de Grouchy, du 17 juin au soir : « ... Je suivrai les Prussiens dans la direction de Wavre afin de les séparer de Wellington » prouvent qu'il avait bien compris les instructions implicites de l'empereur.
Par malheur, Grouchy ne sut manœuvrer ni assez rapidement, ni assez intelligemment, ni assez résolument. Le 17 juin, ses troupes marchèrent avec une extrême lenteur. Alors que Napoléon atteignit la Belle-Alliance à sept heures du soir, ayant fait près de six lieues en combattant, Grouchy n'arriva qu'à la même heure à Gembloux, à dix-huit kilomètres de Ligny. Et, bien que dans ces longs jours on pût encore marcher deux heures, il fit bivouaquer son armée. Il pouvait, le lendemain, regagner le temps perdu. Renseigné comme il l'était, il n'y avait aucun doute pour lui : les Prussiens se dirigeaient sur Wavre ahn de rejoindre Wellington. La marche par la rive gauche de la Dyle, que n'avait pu prescrire l'empereur parce qu'il ignorait la direction de retraite de Bliicher, Grouchy, qui savait désormais où se repliaient les colonnes ennemies, ne devait
pas hésiter à Tentreprenclre. Il n'y courait nul risque; car ou les Prussiens seraient encore à Wavrc? et il les tournerait par la. rive gauche, manœuvra plus avantageuse que de les aborder par la rivft droite; ou ils seraient déjà en marche soit sur Bruxelles, soit sur Mont-Saint-Jean, auquel cas il leur ferait une poursuite de flanc ou irait prolonge! la droite de l'empereur.
Grouchy devait donc, le 18 juin, marcher su]i Wavre, non pas à sept heures du matin, en un( seule colonne et par Wallain et Corbais, comme il le lit, mais au lever du jour et en deux colonnes,! Tune passant par Corlil, l'autre par Gentinnes*. Ei route dès quatre heures du matin, les deux colonnes seraient arrivées au bord de la Dyle, aux ponts de Mousty et d'Ottignies {17 et 18 kilomètres de Gembloux) entre neui et dix heures. En comptant une heure et demie pour l'écoulement des troupes par les deux ponts, Grouchy se serait trouvé entre onze heures et onze heures et demie sur la rive gauche de la Dyle, avec toute son armée.
Auparavant, sans doute, vers huit heures, le colonel Ledebur, en observation à Mont-Saint-Guibert avec le 10^ hussards et deux bataillons, aurait aperçu les têtes de colonnes de Grouchy. Son détachement n'étant pas assez fort pour résister, il se serait replié sur Wavre et aurait d'abord envoyé une estafette à Gneisenau pour l'informer de l'approche des Français. La dépèche fût arrivée à Wavre vers neuf heures, alors que le seul corps de Biilow était
1. Vandamme bivouaqué à, Gembloux et au nord de Gerabloux aurait pris par Corlil, Alernc, Hùvillers et Monl-Saint-Guiberl ; Gérard, qui avait passé la nuit au sud de Gemb'oux, aurait pris par Saiul-Géry, Gentinnes, Vilroux et Court-Saiat- Etienne. (Voir la carte II, à la Cn du volume.)
en marche. Selon les présomptions, Blûcher ou plutôt Gneisenau, qui avait de fait toute l'autorité, n'aurait point modifié les ordres prescrivant à Bùlow et à Pirch l" de marcher sur Ghapelle-Saint-Lambert; mais il eût pris des mesures pour défendre les abords de Wavre avec le corps de Zieten et de Thielmann. En attendant le développement de la manœuvre des Français, se fût-il borné à laisser ces deux corps en position à Bierges et à Wavre? ou, informé que Grouchy passait sur la rive gauche de la Dyle, eût-il fait avancer Zieten et Thielaiann à la rencontre de l'armée française par Bierges et Limelette? Dans la première hypothèse, il eût été loisible à Grouchy, entendant le canon de Tempereur, de marcher sur Ayviers ou Maransart, mouvement qui l'eût amené près du champ de bataille à deux heures et demie, soit deux heures avant que Blûcher ne prît l'offensive et qui eut, par conséquent, permis à l'empereur de disposer de Lobau et de la garde contre les Anglais, selon son plan primitif. Dans la seconde hypothèse — la plus vraisemblable, je le reconnais, — Grouchy, en bonne position sur le plateau de Mousty-Géroux, y eût résisté sans peine avec 33 000 hommes aux 40 000 Prussiens de Zieten et de Thielmann. Mais eût-il pu, entre midi et quatre heures, leur infliger une défaite assez décisive pour les mettre hors de cause et pour redevenir libre de marcher sur Maransart? C'est douteux.
Par cette bataille, Grouchy eût en tout cas retenu loin de Mont-Saint-Jean les corps de Zieten et de Thielmann, ce qui n'eût pas été sans importance. Et d'abord, la panique qui se produisit à la fin de la bataille de Waterloo, quand Zieten déboucha sur Papelotte, eût été évitée. Il y a plus. On a vu que
le corps de Zieten déboucha d'Ohain vers six heures et demie, au moment où, de l'aveu du colonel Kennedy, aide de camp d'Alten, « le centre de la ligne anglaise était ouvert ». Or, l'approche des Prussiens permit aux généraux Vandeleur et Vivian de porter de l'extrême gauche au centre leurs 2 600 chevaux frais, et elle raffermit la confiance de Wellington. Si cet appui et ce réconfort lui eussent fait défaut, il est probable qu'il n'aurait pu rasseoir sa position avant l'assaut de la moyenne garde, et que, sous cette suprême poussée, la ligne anglaise eût cédé. Wellington a reconnu qu'il s'était trouvé, le 18 juin, dans le plus grand péril. « Deux fois, a-t-il dit, j'ai sauvé la journée par mon obstination ; mais j'espère n'avoir jamais à livrer une pareille bataille ^ » On peut croire aussi que si Blûcher avait entendu dès midi, à deux lieues sur son flanc gauche, la canonnade dune grande bataille, et que si des estafettes fussent venues, d'heure en heure, lui annoncer les vains efforts et peut-être l'échec de ses lieutenants, il eût lui-même attaqué Plancenoit avec moins de résolution. 11 ne faut pas oublier enfin que si l'empereur avait été prévenu entre huit et neuf heures du matin, par une dépêche de Gembloux, que les Prussiens se retiraient sur Wavre pour marcher vers Bruxelles et y livrer bataille », et que Grouchy allait passer la Dyle à Ottignies, il aurait pu, bien avant midi, faire parvenir de nouveaux ordres au maréchal, et il se serait trouvé à même de rester toute la journée en étroite communication avec lui. Quelles conséquences!
La grave faute stratégique que Grouchy avait com-