AVIS DU MOUVEMENT DES PRUSSIENS
ilono, Bliicher était en retraite, et la route de Bruxelles était libre. Les mouvements signalés par Giouchy ne pouvaient être que des démonstrations en vue de donner le change. On aurait bon marché de ces quelques régiments prussiens, simple rideau destiné à masquer la retraite du gros de leur armée ^ Il semblait d'ailleurs que ce fût l'opinion de Grouchy lui-même, car dans la lettre où il mentionnait l'apparition de colonnes ennemies vers Saintx\mand, il annonçait qu'il réunissait ses troupes pour marcher sur Sombreffe, selon les ordres de la veille-. Si, dès cinq heures du matin, Grouchy avait présumé que l'armée de Blûcher tout entière se concentrait vers Ligny et Saint-Amand, à l'ouest de Sombreffe, il ne se serait pas préparé à un mouvement sur ce village, au risque de subir une très dangereuse attaque de flanc.
1. Les lettres de l'empereur à Ney et à Grouchy (Corresp. 22 058, 22059) écrites (comme on l'a vu ci-dessus, p. 131', note 1) vers huit heures du matin, c'està-dire environ une heure et demie après la réception du rapport de Grouchy, prouvent que Napoléon n'avait attaché aucune importance aux renseignements transmis par celui-ci. S'il croyait l'armée prussienne concentrée aux débouchés de Fleurus, il n'écrirait pas à Ney : « Je porte le maréchal Grouchy sur Sombreffe. J'y attaquerai l'ennemi si je le rencontre, et j'éclairerai la route jusqu'à Gembloux. Là, d'après ce qui se passera, je prendrai mon parti » ; et il n'écrirait pas à Grouchy : 1' Rendez-vous à Sombreffe... Si l'ennemi est à Sombreffe, je veux l'attaquer. Je veuii-même l'attaquer à Gembloux. »
2. " Je réunis en ce moment mes troupes pour exécuter sur Sombreffe le mouvement que V. M. a prescrit. » (Grouchy à l'empereur, au bivouac près Fleurus, IG juin, 5 heures du malin. (Arch. Guerre.)
Grouchy, comme on sait, avait reçu la veille, au moment de l'attaque de GiUy, l'ordre d'occuper Sombreffe le soir même. Il avait dû s'arrêter devant Fleurus, par suite du refus de Vandamme de le seconder, et aussi à cause de l'heure avancée. (1815, II, 123, 127 et les notes.") Le matin du 16, il se préparait donc à effectuer le mouvement que les circonstances l'avaient empêché d'opérer le soir du 15. Mais voyant grossir les forces de l'ennemi, il hésita et crut devoir attendriî de nouvelles instructions. Quand les ordres conCrmatifs de Soult et de Napoléon lui parvinrent, vers neuf heures ou neuf heures et demie, il était déconcerté par le déploiement des Prussiens, si bien qu'il se contenta d'occuper Fleurus. 11 n'en avait pas moins pris ses mesures de grand malin pour exécuter les ordres de l'empereur, ce que, on le verra plus loin, n'avait pas fait le maréchal Ney.
L'empereur ne modifia donc pas ses ordres ^ Loin d'y rien changer, il écrivit vers huit heures à Ney et à Grouchy pour les réitérer et en hâter l'exécution. Sachant ses aides de camp mieux montés que les officiers du major-général, il confia l'une de ses lettres à Flahaut, l'autre à La Bédoyère ; il espérait que de cette façon ses deux lieutenants recevraient ses instructions itératives avant celles mêmes qui venaient de leur être expédiées par Soult. Dans ces duplicata, l'empereur s'étendait davantage sur quelques détails d'exécution et il révélait, ce dont Soult s'était abstenu, que le but du double mouvement sur Sombreffe et les Quatre-Bras était une marche de nuit vers Bruxelles".
Entre neuf et dix heures du matin ^ comme Napoléon allait partir pour Fleurus, un officier de lanciers arriva de l'aile gauche ; il dit que « l'ennemi présentait des masses du côté des Quatre-Bras* », Dans la crainte que la présence de ces prétendues masses ne fît, comme la veille, hésiter Ney à aller
1 . L'empereur a dit plusieurs fois qu'au lieu de regagner Charleroi le soir du 13 Juin, il aurait dû couchera Fleurus (Gourgaud, Journal de Sainte-Hélène, 1, 94, 502). il oubliait que l'enneau avait occupé Fleurus toute cette nuit-là. Mais il aurait pu couclier à Campinaire et se rendre de bon matin à Fleurus d'où il eût vu, de ses yeux, les mouvements des Pnissiens et envoyé tout de suite des ordres en conséquence.
2. Napoléon, Corresp., 22 058, 22 059. Cf. Soult à Ney et à Grouchy, Charleroi, 16 juin. ^Registredu major-général.)
3. La lettre de Soult relative à cet officier de lanciers (à Ney, Charleroi, 16 juin), porte : « L'empereur va se rendre à Fleurus. • D'autre part, Grouchy {Relation succincte, 14) témoigne que Napoléon arriva à Fleurus entre dix heures et demie atonie heures. Comme il y a 13 kilomètres de Fleurus au bas de Charleroi, où se trouvait le quartier-impérial (la maison Puissant), lempereur dut certainement quitter celte ville avant dix heures.
i. Soult à Ney, Charleroi, 16 juin. (Registre du major-général.) On a beaucoup discuté pour savoir qui avait envoyé cet officier de lanciers.' C'est évidemment le général de Reille, car il dit dans sa Relation (Arch. Guerre) : « Vers neuf heures, je reçus un rapport du général Girard, m'inforniant qu'il voyait de Wangenies des masses prussiennes au delà de Fleurus. Ce renseignement fut transmis tout do suileà l'empereur. »
DÉPART DE l'empereur POUR FLEURUS. 143
le l'avant, l'empereur crut nécessaire de le rasmrer et de lui renouveler encore une fois ses ordres. [1 lui fit incontinent écrire par le major-général : { Blûcher étant hier à Namur, il n'est pas vraisem- Dlable qu'il ait dirigé des troupes vers les Quatre- Bras. Ainsi vous n'avez affaire qu'à ce qui vient de Bruxelles. Réunissez les corps des comtes Reille et l'Erlon et celui du comte de Valmy ; avec ces forces »^ous devez battre et détruire tous les corps ennemis jui peuvent se présentera » A toute éventualité, cependant, l'empereur prescrivit à Lobau de rester provisoirement à Charleroi de fajon à porter, si besoin était, le 6^ corps au secours de Ney. D'après ses ordres, l'adjudant-commandant Janin, sous-chef Tétat-major de Lobau, fut envoyé à Frasnes pour uger de l'état des choses^'.
L'empereur arriva à Fleurus un peu avant onze leures. Il y trouva Grouchy, non sans quelque mrprise, car il le supposait déjà en marche sur Som- 3reffe\ Le maréchal n'eut point de peine à lui faire îomprendre qu'en présence des masses ennemies jui prenaient position au nord de Fleurus, il avait iû se borner à occuper ce village, évacué au petit our par les Prussiens*. Napoléon parcourut la ligne les avant-postes. A la pointe de Fleurus s'élève un noulin de briques, en forme de tour, qui domine -oute la plaine. Il ordonna à des sapeurs de prati-
1. Soult à Ney. Charleroi, 16 juin. ^Registre du major-général.)
2. Lobau à l'empereur, Charleroi, 16 juin. (Arch. Guerre.) Janin, Campagne de Waterloo, 19.
I II semble que, au lieu de maintenir le 6» corps à Charleroi, l'empereur aurait liu le porter tout de suite à Gosselies. Là, Lobau se fût trouvé à la fois plus près le Napoléon et beaucoup plus près de Ney. ; 3. Voir 1815, M, 138, 140-142 et les noies. 4. Grouchy, Relation succincte, 14. Cf. Damitz, I, 74 et 8i.
quer, au moyen d'une brèche dans le toit tournant, une sorte de loggia où il monta pour observer les positions ennemies *.
Blûcher, accouru de Namur à la première alerte, était arrivé à Sombreffe le 15 juin dès quatre heures de l'après-midi^ Il se flattait d'avoir le 16, de bon malin, ses quatre corps d'armée derrière le ruisseau de Ligny^, position qui lui avait été signalée deux mois auparavant par le major von Grôben, et où il avait dès lors résolu de livrer bataille si les Français passaient la Sambre à Charleroi*. Il était plein d'ardeur, il se croyait invincible. « Avec mes 120 000 Prussiens, avait-il écrit à sa femme, je me chargerais de prendre Tripoli, Tunis et Alger, s'il n'y avait pas à passer Teau ^ ! » Mais à cause de l'extension démesurée de ses cantonnements, le feld-maréchal éprouva des mécomptes. Le 16, à onze heures du matin, il n'avait encore en ligne que le corps de Zieten, réduit à 28 000 hommes par les pertes de la veille. Le corps de Pirch I" (31 000 hommes) arriva à Sombretîe seulement à midi, suivi à quelque distance par le corps de Thiel-
1. Groucliy, Relation succincte, 15. Déclaration du colonel de Blocqueville. (Axch. Guerre, à la date du 18 juin.) Gourgaud, 54. Traditions locales.
2. Damitz, I, 80. Cf. Bliicber à Miilfling, Namur, 15 juin, midi (cité par von OUech, 99).
3. « Demain au point du jour, mon armée sera concentrée ici. » Bliicher à Schwarzenberg, Sombreffe, 15 juin, 10 heures et demie du soir. (Cité par von OUech, 105.) Cf. les ordres de concentration des 14 et 15 juin.