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2. Sur la résolution prise, dès l'après-midi du 15, de diviser l'armée en trois grandes masses et sur la répartition des troupes, voir 1815, 11 (123 et la note 2).
3. Les intentions de l'empereur sont nettement exprimées dans ses lettres à Ney et à Grouchy i^Charleroi, de sept heures et demie à huit heures et demie du matin. Corresp., 22 058, 22 059), et pleinement confirmées, pour les détails d'exécution, par les ordres du major-général à Ney, à Grouchy, à Drouot, à Lobau, à Gérard elà Vandamme. (Cliarleroi, de six heures et demie à huit heures du matin. Registre de Soult, Bibliothèque nationale, .Mss. 4 3G6.) — Dans les relations de Sainte- Hélène, il n'est naturellement pas question de ce plan. Napoléon le jugeait, après coup, trop chimérique pour le mentionner. Il ne voulait pas montrer jusqu'à quoi point il s'était trompé sur les desseins de l'ennemi. Mais entre des relations rédigées plusieurs années après les événements et des ordres de mouvement écrits le jour même, la critique ne saurait hésiter. C'est dans les lettres de Napoléon et non dans ses autres écrits, qu'il faut chercher sa vraie pensée. Or, des lettres précitées, il ressort manifestement que le matin du 16 juin :
1° L'empereur croit les Prussiens en pleine retraite et ne s'attend pas à en trouver sur la ligne Saint-Amand-Ligny : « Rendez-vous à Sombreffe, écrit-il à Grouchy. Gérard a l'ordre de se rendre à Sombreffe sans passer par Fleurus. » — 11 doute môme d'en trouver à Somtjreffe. « J'attaquerai l'ennemi si je le reticoH/re, écrit-iJ à Ney, et j'éclairerai la route jusqu'à Gembloux..» 'Si l'ennemi est à Sombreffe, écrit-il à Grouchy, je veux l'attaquer. »
2° L'empereur n'est pas même certain que les Prussiens occupent encore Gembloux, du moins en forces. Dans cette phrase de sa lettre à Grouchy : « Si l'ennemi est à Sombreffe, je veux l'attaquer, je veux même l'attaquer à Gembloux », le second membre de la phrase (ce qui suit le donne à penser) est conditionnel îonime le premier : o Je veux môme l'attaquer à Gembloux, {si je l'y ti-ouve]. » L'empereur continue ; « mon intention étant, quand j'aurai connu ces deux posi- ,ions, d'aller opérer avec mon aile gauche. »
S'il comptait livrer une bataille sérieuse à Sombreffe ou a Gembloux, il ne pro-
Les ordres pour l'exécution de ce double mouvement furent envoyés par le major-général entre sept et huit heures du matin : ordre à Kellermann de se diriger sur Gosselies pour y être à la disposition du | maréchal Ney ; ordre à Droaot de mettre la garde j en marche vers Fleuras ; ordre à Lobau de faire | avancer le 6^ corps à mi-chemin de Gharleroi et de Fleurus; ordres à Vandamme et à Gérard de marcher sur Sombreffe avec les 3^ et 4^ corps, et de suivre désormais les instructions du maréchal Grouchy, commandant de l'aile droite. Soult écrivit à Ney de prendre position aux Quatre-Bras avec six divi-
jetlerait pas de marcher sur Bruxelles dans la soirée avec les deux corps de Ney.
3» L'empereur présume également .es Anglais en retraite. Tout en sachant que Ney n'a pas occupé les Quatre-Bras la veille, il n'en croit pas moins cette position évacuée par les Anglo-Néerlandais. Autrement il n'écrirait pas à Ney et ne lui ferait pas écrire par le major-général : " Prenez position aux Qualre-Bras, établissez une division à Genappe, et faites une reconnaiss:ince sur Nivelles, où probablement l'ennemi s'est retiré. » Genappe est à 4. SOU mètres au delà des Quatre-Bras, et Nivelles à 10 kilomètres à l'ouest de ce point. 11 est donc bien clair que Ney doit non pas attaquer le carrefour des Quatre-Bras, que Napoléon croit évacué par l'ennemi, mais y prendre une position d'attente.
4" L'empereur compte s'assurer que les Prussiens sont en retraite jusqu'au delà Gembloux et repousser leur arrière-garde s'il la rencontre. Ensuite, il rejoindra les deux corps de .Ney aux Quatre-Bras, avec sa garde et le 6" corps, et marchera celle nuit même sur Bruxelles. Il écrit à Grouchj ; « Mon intention est d'opérer celte nuit avec mon aile gauche... Ne disposez de la division Girard qu'en cas de nécessité absolue, parce qu'elle doit marcher toute la nuit. » Il écrit à Ney : « Mon intention est que vous soyez prêt à marcher sur Bruxelles où je désirerais arriver demain malin... Vous sentez assez l'importance attachée à la prise de Bruxelles... Je désire que vos dispositions soient bien faites pour qu'au premier ordre vos huit divisions puissent marcher rapidement et sans obstacle sur Bruxelles. »
5° Le plan de Napoléon est d'ailleurs subordonné aux circonstances. Il écrit à Grouchy : • Plus vite je prendrai mon parti (c'est-à-dire je pourrai prendre mon parti), et mieux cela vaudra pour la suite des opérations. • 11 écrit à Ney ; « Là (à Gembloux), d'après ce qui se passera, je prendrai mon parti, peut-être à trois heures, peut-être ce soir... Vous vous mettriez en marche ce soir même, si je prenais mon parti d'assez bonne heure pour que vous puissiez en être informé de jour et marcher ce soir sur Bruxelles... Il est possible que je me déciderai à marcher ce soir sur Bruxelles avec la garde. » — Les circonstances qui peuvent traverser le plan de l'empereur, c'est la présence à Sombreffe ou à Gembloux de toute l'armée ou d'une grande partie de l'armée prussienne. S'il n'a eu à combattre qu'un corps isolé, il u'eu marchera pas moins le soir même sur Bruxelles.
sions d'infanterie et les cuirassiers de Kellermann, et de porter ses deux autres divisions d'infanterie, l'une à Genappe (4 500 mètres au delà des Quatre- Bras) avec la cavalerie de Pire ; l'autre à Marbais, avec la cavalerie de Lefebvre-Desnoëttes, pour appuyer éventuellement les mouvements de l'aile droite. Ney devait enfin pousser des reconnaissances le plus loin possible sur les routes de Nivelles et de Bruxelles. Quant à Grouchy, il reçut l'ordre d'aller s'établir à Sombreffe, et d'envoyer de là une avantarde à Gembloux et des reconnaissances dans toutes les directions*.
On s'occupait au quartier-impérial de l'expédition de ces ordres, lorsque l'empereur reçut un billet de Grouchy, portant que de fortes colonnes ennemies, qui paraissaient déboucher de la route de Namur,
1. Registre de correspondance du major-général. (Bibliothèque nationale, ass. F. Fr. 4 366.)
Ces ordres datés de Charleroi ne portent point d'indication horaire, mais ils urent écrits et expédiés avant huit heures du matin, puisque nous savons que les ettres de Napoléon à Ney et a Grouchy {Corresp., 2i 058, 22 059), qui portent .outes deux ces mots : « Le major-général a dû vous faire connaître mes inten- ,ions », partirent au plus tard entre huit et neuf heures. (Lettre de Flahaut au lue d'Elchingen. Doc. inédits, 63.)
Les lettres à Ney et à Grouchy étant transcrites sur le registre de Soult après es ordres a. Kellermann, Drouot, Vandamme, Gérard, etc., il y a présomption que !es ordres avaient été rédigés et expédiés avant les lettres, soit vers sept heures, jeut-étre même vers six heures du malin. 11 faut remarquer que ces divers ordres ît lettres forment un total de près de trois cents lignes. Une pareille correspondance demande du temps a minuter et à faire copier. Très vraisemblablement, l'empereur avait donc donné ses instructions à Soult vers six heures du matin, inon plus tôt.
En outre, dès quatre heures. Napoléon avait envoyé son officier d'ordonnance Bussy à Frasnes pour avoir des nouvelles (Lettre de Bussy à Napoléon, Frasnes, 16 juin, 6 heures du matin. Papiers de Gourgaud) ; et dès cinq heures, Soult d'après les ordres de l'empereur, avait écrit a Ney pour lui demander la position xacte des corps de Reille et d'Erlon. (Registre du major-gouéral, et lettre de Ney à Soult, Goseelies, 7 heures du malin, Papiers de Gourgaud.)
se dirigeaient vers Brye et Saint- Amand \ Tout en croyant les Prussiens en retraite, Napoléon avait admis l'hypothèse d'une rencontre avec eux à Sombreffe", mais il n'avait nullement pensé qu'ils viendraient prendre position aux débouchés de Fleurus. Ce mouvement indiquait que, loin de replier ses troupes et de s'éloigner de l'armée anglaise, comme la direction de retraite de ses avant-postes l'avait pu faire croire la veille, Blûcher manœuvrait en vue d'une bataille, pour le jour même, en liaison avec Wellington. Au lieu d'une arrière-garde ou d'un corps isolé à débusquer de Sombrefîe ou de Gembloux, on allait avoir à combattre, au nord de Fleurus, l'armée prussienne tout entière; et, Blûcher et Wellington devant apparemment opérer de concert, on rencontrerait les Anglais en forces sur la route de Bruxelles.
C'était le renversement du plan conçu par l'empereur. Il ne pouvait battre dans la journée l'armée de Blûcher à sa droite, culbuter dans la soirée l'armée de Wellington à sa gauche, et marcher dans la nuit sur Bruxelles. Napoléon, cependant, ne fut point déconcerté. Chez lui, les présomptions se changeaient vile en certitudes. Quand il avait supposé une chose, cette chose devait être telle qu'il l'avait supposée. La Fortune avait si souvent donné raison à ses prévisions! Le matin du d6 juin, il croyait Blûcher en retraite et la route de Bruxelles libre ;
1. Grouchy à Napoléon, bivouac près de Fleurus, 16 juin, 5 heures du matin. (Arch. Guerre.) — Pajol, qui, dans ses notes, fait mention de celte lettre, dit qu'elle a dû arriver au quartier-impérial à six heures et demie.
A six heures, Grouchy (''Crivit de nouveau à l'empereur que le général Girard, eu position à Waugeuies, voyait les Prussiens se porter en forces vers les hauteurs environnant le moulin de Brye. (Arch. Guerre, 16 juin.)