Macdonald à Clarke, 13 mars. (Arch. Guerre
un témoin oculaire, « passer sur la foule1 ». Après avoir accompagné l'empereur à l'archevêché, le peuple se répandit dans la ville, portant des torches et chantant la Marseillaise. Les canuts s'arrêtaient devant les maisons des royalistes pour lancer des pierres aux fenêtres. Place Bellecour, on saccagea le Café Bourbon signalé comme lieu de réunion des émigrés. Toute la nuit, les rues retentirent de vivats enthousiastes et d'imprécations menaçantes. Aux: Vive l'empereur ! se mêlaient les cris : A bas les prêtres ! Mort aux royalistes ! A l'échafaud les Bourbons ! On se serait cru à la veille d'un second 93 2.
i. Colonel Mathieu, chef d'état-major de la 19° division militaire, au général Rey, Lyon, il mars (Arch. Guerre).
2. Laboràe, 109, Fabry, 80-82. Guerre, Lyon en i8f4-18i5, 194-195. Fleury de Chaboulon, I, 204, 212-213, 226. — Napoléon (Notes sur l'ouvrage de Fleury de Chaboulon) a nié que ses braves Lyonnais aient poussé d'autres cris que ceux de : Vive l'empereur ! Il voulait n'avoir été applaudi à Lyon que par des mains gantées.
I. L'opinion à Paris et dans les départements. — Les hommes politiques. — La bourgeoisie. — Le peuple. L'armée.- — Les troubles et les séditions.
III. La démission du maréchal Soult (il mars). — Rentrée de Clarke au ministère de la guerre. — La Déclaration des puissances (13 mars).
Le retour de Napoléon commençait à agiter toute la France. Pendant deux jours, le gouvernement avait tenu la nouvelle secrète, et c'était seulement le 7 mars que la publication dans le Moniteur des ordonnances du roi l'avait annoncée officiellement1. Mais dès le 6 mars, on connaissait l'événement dans les cercles politiques et dans le monde des affaires2. Ce jour-là, la rente tomba de 78,75 à 75,50 ; le lendemain, il y eut une baisse de quatre francs 3.
M. de Blacas n'en écrivit pas moins le 8 mars au comte d'Artois : « Je me félicite d'avoir à vous ins-
1. Proclamation du roi convoquant les Chambres. Ordonnance royale sur les mesures de sûreté générale. Moniteur, 7 mars.
2. Sesmaisons à Barante, 6 mars (Barante, Souv. II, 99. Lavallette, Mém ., Il, 143. Rapport de police, 7 mars) (Arch. nat., F. 7. 3200 *).
3. Cours du samedi 4 mars: 78,75; du lundi 6 mars: 75,50 ; du mardi 7 mars : 71,25. — « Panique à la Bourse, dit un rapport de police; personne ne veut acheter. » (Arch. nat., F. 7, 3168.)
truirc des excellentes dispositions de Paris et de la sensation favorable qu'y a produite la nouvelle du débarquement de Buonaparte. Tous les cœurs sont au roi et tous les bras se lèveront pour le défendre l. » Cette lettre, qui semble paradoxale, contenait pourtant une grande part de vérité. Le débarquement au golfe Jouan qui trouva peu d'incrédules, tant on était persuadé que Napoléon ne terminerait pas sa vie dans l'île de Sancho Pança % provoqua la stupeur et la colère parmi les classes moyennes et eut pour effet immédiat une réaction en faveur du roi. Depuis six mois, la bourgeoisie, libérale et frondeuse, ne cessait de censurer tous les actes des ministres, de crier à l'arbitraire et aux idées gothiques, de railler le comte d'Artois sur son confesseur, le duc de Berry sur ses maîtresses, le roi sur son gros ventre et son grand appétit, et elle attendait avec impatience la réunion des Chambres « dans l'espoir que la session serait chaude3 ». Mais aux nouvelles du Midi, elle vit apparaître derrière Napoléon le spectre de la guerre et se reprit soudain d'une amour passionnée pour les Bourbons dont « le gouvernement saûs gloire et sans honneur lui assurait du moins le repos4». La garde nationale, oubliant l'otîense que lui avaient faite les gardes du corps, cria d'une seule voix et d'un seul cœur : Vive le roi ! à la revue du 9 mars5. Un individu . ayant risqué un Vive l'empe-
i. Blacas au comte d'Artois, 8 mars. (Arch. Aff. étr., 646.)
2. Sur la croyance au retour de Napoléon pendant toute la première res tauration, voir 1815, I, 46-47, 5S-57, 113 et passim.