Lavallette, Mém., II
3. Voir le Nain jaune, du 25 mars — L'article du 10 mars avait été imposé par la police.
4. Carnot, Exposé de ma conduite politique, ift-ïi. Cf. Mém. sur Carnot, II, 401-404. — Dans ces Mémoires rédigés parle fils de Carnot, qui avait quatorze ans en 1&15 et qui traduit bien la pensée de l'ex-conventionnel, il est dit : « Je ne saurais mieux comparer l'attente anxieuse qui dominait les esprits qu'en la comparant au sentiment qu'on éprouve quand on suit de l'œil un chasseur sur un sentier bordé de précipices. » Or, on ne suit pas de l'œil le chasseur avec l'espoir de le voir tomber.
5. Mémoires manuscrits de Barras (communiqués par M. Georges Duruy)
gissant contre le pessimisme de La Fayette, de Benjamin C nstant, de Lemercier, de Lameth, de Maine deBiran, et proclamant que « le despotisme militaire avec l'indépendance de la patrie est encore préférable au protectorat étranger • ».
La province s'était émue plus que Paris des prétendus projets de restitution des biens nationaux, et elle subissait depuis dix mois la morgue des royalistes et l'ingérence des prêtres s, dont on se moquait rue Saint-Denis. Aussi n'y eut-il pas dans les départements le revirement d'opinion pour la royauté qui se manifesta avec tant de force chez la majorité de la population parisienne. La moitié de la France était pour l'empereur. On connaît l'élan du Dauphiné et du Lyonnais, où les royalistes sentant leur faiblesse n'osèrent pas bouger. Le Bourbonnais, le Limousin, la Saintonge, l'Aunis, la Franche-Comté orientale, le Nivernais, la Bourgogne, l'Orléanais, la Champagne, l'Ile-de-France, la Lorraine, le quart de la Normandie, la moitié de la Bretagne et les deux tiers de l'Alsace auraient fait le même accueil au glorieux Ivadé de l'île d'Elbe3. Presque partout, sans doute,
Villemain, Souvenirs, II, 2, 8, 10, 16, 13, 16.
S. « Le roi serait entouré de tous les Français sans l'acharnement du peu-
î contre une classe privilégiée. » Général Fabre à Clarke, Saint-Brieuc, mars (Arch. Guerre). « —Ce qui fait le plus grand tort au gouverne-
;nt, c'est la prétention de certains nobles de rentrer dans leurs biens et inonce du retour des idées proscrites par la Révolution. » Commissaire police de Brest. 13 mars. (Arch. nat. F., 7, 3147.) * — L'esprit n'est pas pour le roi. Les prêtres ont fait le plus grand mal en voulant rétablir la dlme et en prêchant la restitution des biens nationaux. » Rapport au général Hulot, Metz, s. d. (18 mars) (Arch. Guerre). «— Le mauvais esprit tient à l'imprudence des anciens nobles qui ont fait craindre au peuple le rétablissement des droits féodaux. » Préfet du Puy-de-Dôme, 20 mars (Arch. nat. F. 7, 3774). — Cf. Lettres du préfet de la Vendée (28 janv.), du maire de Nîmes (il fév.), du préfet de Nantes (17 fév.), du préfet de la Nièvre (22 fév.), du commissaire de police de Besançon (18 fév.)» du préfet de l'Hérault (19 fév.), etc., etc. (Arch. nat. F. 7, 3147), qui toutes sont remplies des mêmes plaintes contre l'attitude imprudente de la noblesse ex du clergé.
3. Corresp. des préfets du 7 au 20 mars. (Arch. nat. F. 7, 3147, et F. 7, 3774). — Nous parlons, cela s'entend, d'une façon générale. Deux départements limitrophes étaient parfois d'opinion eontraire. Par exemple, le Jura
les gens riches réprouvaient son entreprise, car outre qu'il était de bon ton d'être royaliste constitutionnel, le retour de l'empereur semblait devoir provoquer la guerre. Néanmoins, la bourgeoisie provinciale n'eut pas pour les Bourbons le regain d'enthousiasme des Parisiens, car elle gardait au cœur les blessures de sa vanité froissée par le nouvel ordre de choses. Sous l'empire, elle occupait le premier rang ; sous la Restauration, elle se croyait tombée au second '. Pour la grande masse du peuple, — ces travailleurs de la glèbe et des ateliers que le baron de Vitrolles appelait « la lie de la population » parce qu'ils n'étaient pas royalistes, — elle saluait dans le drapeau tricolore le signe d'un second affranchissement. La joie eût été absolue chez les paysans s'il ne s'y fût mêlé la crainte d'une seconde invasion. Ainsi, dans l'Aube, on vendit les bestiaux à vil prix et l'on enfouit l'argent. Mais la haine de l'ancien régime, le contentement de relever la tête, le plaisir envieux de voir les vaines colères et la mine déconfite des seigneurs de village l'emportaient sur toutes les appréhensions2.
était tout bonapartiste et le Doubs tout royaliste. Dans un même département, tel arrondissement tenait pour le roi, tel autre pour l'empereur. Ainsi dans l'Aisne, les arrondissements de Laon et de Château-T hiei ry étaient beaucoup plus exaltés pour Napoléon que ceux de Soissons, de Vervinset surtout que celui de Saint-Quentin.
1. Sur ce sentiment de la bourgeoisie provinciale, voir le rapport de Lynch, maire de Bordeaux. (Rollac, Exposé fidèle des faits, Appendice, 207.) Berryat Saint-Prix, Napoléon à Grenoble, 10 ; et la correspondance des préfets (Arch. nat. F. 7, 3774, et F. 7, 3147), notamment la lettre du sous-préfet de Brest du 15 mars : « Si le peuple est enchanté, la bourgeoisie est assez contente, » et la lettre du préfet de Tarbes, 10 mars : «... La classe aisée se réjouit. »
2. Corresp. des Préfets du 7 au 20 mars. (Arch. nat. F. 7, 2H7, et F. 7, 31 74.) Lettres des officiers généraux commandant les départements, et des officiers do gendarmerie, du 7 au 20 mars. (Arch. Guerre.) Benjamin Constant, Leli> es, I, 86 : — • Toutes les classes agissantes sont contre les Bourbons. » A. de Maupeou à S. de Girardin, 10 mars:— « On ne peut nier que Bonaparte ait un parti durable en France. » Walterstoff à Schimmelmann, Paris, 13 mars : — « Le peuple se déclare partout pour Bonaparte Fagell à Nagelt, Paris, 16 mars (Arch. Aff. étr., 675).
Même dans les contrées où dominait le royalisme : la Provence, le Languedoc, la Guyenne, l'Anjou, la Touraine, la Normandie, le Maine, la Picardie, les Flandres, il y avait un parti bonapartiste nombreux et ardent. A Boulogne, on criait : Vive l'empereur! sur le port. « Les honnêtes gens frémissent, ceux qui n'ont rien à perdre se réjouissent, » écrivait le préfet du Haut-Rhin, u La basse classe a très mauvais esprit, » écrivait le préfet de Rouen. « Je crains la guerre civile, vu l'exaltation des deux partis, » écrivait le préfet de l'Hérault. A Nîmes, où la question politique se compliquait de la question religieuse, les protestants étaient contre le roi. A Toulouse, on affichait des placards bonapartistes dans les églises et l'on sifflait au théâtre l'air de Vive Henri IV ! Dans le Maine-et-Loire, les jacobins s'agitaient. A Gaen, le duc d'Aumont irrité du cri populaire : « Napoléon abattra la fierté de l'avilissante noblesse ! » s'en prit aux commissaires de police et en révoqua quatre le même jour 1.
Partout dans les départements, les opinions avaient un caractère d'exaltation inconnu à Paris. Les Parisiens se bornaient à exprimer leurs vœux et à discuter. En province, c'étaient des attroupements séditieux, des vociférations, des injures, des menaces, des actes de fanatisme et de rébellion. A Montauban, on brûle solennellement le buste de Napoléon dans un feu de joie 2. A Versailles, on affiche ce placard : « Eglise à vendre, Louis XVIII à pendre et à dégraisser pour en faire des lampions pour l'arrivée de Napoléon. 3 » Tandis que les portefaix de Marseille demandent des
1. Corresp. des Préfets, du 7 au 19 mars. Rapport de Moncey, 18 mars. (Arch. nat. F. 7, 3147, et F. 7, 3737.) Général Ambert à Soult, Montpellier, 6 mars. Clarke à d'André, 17 mars (Arch. Guerre).
2. Préfet de Montauban à Montesquiou, 14 mars. (Arch. nal. F. 7, 3773.) 3 Rapport de police, 9 mars (Arch. nat. F. 7, 3044 a).
armes pour « assommer la bote féroce » , cinq mille ouvriers de Saint-Etienne s'ameutent devant l'hôtel du préfet en vociférant : « Vive l'empereur ! », et la manufacture de Gharleville retentit des mômes clameurs *. Les notables de Blois ouvrent une souscription publique pour l'assassinat de Bonaparte. M. de M. s'inscrit pour 25,000 francs, M. S.-G. pour 40,000, M. G. pour 6,000 2. Mais à Provins, à Brest, à Saint- Brieuc, on lacère les ordonnances royales aux cris de : Vive l'Empereur ! A Metz, ce mot est charbonné sur toutes les murailles 3, et à Nancy, Mme Azaïs, bonapartiste plus exaltée encore que son mari, compose ces stances dont les copies courent dans la ville dès le 11 mars * :
Reviens ! Reviens I C'est le cri de la France, Pour terminer sa honte et sa souffrance.
Dans un banquet royaliste donné à Rennes, le fils du premier président dit à haute voix : « — Je voudrais voir le roi et tous ses chouans f... 5 » A Lille, on insulte les officiers, on crie : « A bas les revenants de Moscou ! » On parle d'appeler dans la ville les troupes anglaises cantonnées sur la frontière6. A Dijon, le 11 mars, jour de l'arrivée du 8e de chasseurs, en marche vers Lyon, six hommes, la cocarde tricolore au chapeau, se postent sur la place Saint-Etienne,
1. Lettres de Masséna, 7 mars ; de Rivière, 11 mars (Arch. Guerre) ; du préfet de la Loire, 15 mars ; du préfet des Ardennes, 19 mars (Arch. nat. P. 7, 3740, et F. 7, 3774).
2. Copie de la pièce originale, s. d. (du 15 au H mars) (Arch. nat.. F. 7,
3. Lettre du sous-préfet de Provins, H mars; du commissaire de police de Brest, 13 mars ; du préfet de Metz, 8 mars. (Arch. nat. F. 7, 3147.) Général Fabreà Clarke, Saint-Brieuc, 14 et 16 mars. (Arch. Guerre.)