‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 13 sur 272 · Marmont, Mém. VII · texte numérisé non relu

Marmont, Mém. VII

2. Vitrolles, Mém. II, 181. — D'avril à mai, il y eut 180.000 déserteurs Rapport de Davout à Napoléon, s. d. (du 25 au 29 mars 1815. Arch. nat. AK. IV, 1936).

3. Metternich à l'emp. d'Autriche, H avril. (Metternich, Mém. II, 471-472). Beugnot à Louis XVIII, 13 mai. (Arch. Aff. étr., 646.)

4. Mars 1814; 130 rég. d'infanterie de bataille (nominalement il y avait sou^ l'empire 156 rég. d'infanterie, mais 26 n'avaient pas été formes en l'an XII ou avaient été détruits complètement depuis et non reformés). — 32 rég. d'infanterie légère (nominalement il y avait 37 rég., mais, pour les causes énoncées ci-dessus, cinq n'existaient que sur le papier). —4 rég. de vieille garde; — 40 rég. de moyenne garde et de jeune garde.

Septembre 1814 : 90 rég. de ligne; — 15 rég. d'infanterie légère ; — 2 rég, de l'ex- vieille garde sous le nom de Corps royaux de Grenadiers de France et de Chasseurs de France. (Les hommes de la moyenne et de la jeune garde maintenus au service furent incorporés dans la ligne et l'infanterie légère.)

5. Mars 1814. 91 rég. de cavalerie de la ligne; — 4 très forts régiments de la garde (sans parler des Polonais); — 4 rég. de gardes d'honneur.

Septembre 1814:57 rég. de cavalerie de la ligne;— 4 rég. de l'exgarde sous le nom de Chasseurs, Dragons, Chevau-légers et Cuirassiers de France (ce dernier régiment formé avec les ex-grenadiers à cheval).

6. Mars 1814 : 9 rég. à pied ayant chacun de 2ô à 32 compagnies; — 6 rég. a cheval à 8 compagnies; — 1 rég. à pied de la vieille garde à 6 compagnies; — l rég. à cheval à 6 compagnies; — 1 rég. à pied de la jeune garde à 14 compagnies.

Septembre 1814: 8 rég. d'artillerie à pied à 21 compagnies; — 4 rég. à cheval à 4 compagnies.

32 escadrons à 8 ' ; le génie de 60 compagnies à 30 *. On licencia entièrement la classe de 1815. Les déserteurs des classes antérieures, « les absents sans permission » — ils étaient désignés par cet euphémisme sur les situations — furent considérés comme en congé limité. Les sous-officiers et soldats qui, à raison de leurs années de service, étaient susceptibles d'obtenir leur libération, et qui en firent la demande, furent renvoyés définitivement dans leurs foyers. Enfin on donna un très grand nombre de congés illimités 3, de façon à atteindre ou plutôt à tomber au complet de paix déterminé par l'ordonnance royale, soit 201,140 hommes, officiers compris 4. Mais on reconnut bientôt que le pauvre budget de la guerre serait encore insuffisant. Le général Dupont s'efforça de réduire l'armée aux trois quarts du complet de paix, en prescrivant de donner en masse de nouveaux congés 5, môme aux hommes qui n'en désiraient pas. Le pis, c'est qu'à cette époque où l'armée avait la vanité, assez naturelle, des beaux uniformes, des plumets et des chamarrures, on renvoyait les soldats en haillons. — « Voyez la belle f... récompense après s'être bien battu pour son pays !

1. Mars 1814 : 27 escadrons de la ligne; — 6 escadrons de la garde. Septembre 1814 : 8 escadrons.

2. Mars 1814 : 2 bataillons de mineurs à 6 compagnies; — 5 bataillons de sapeurs à 9 compagnies; — 3 compagnies de la garde.

Septembre 1814 : 3 régiments à 10 compagnies.

3. Ordonnances du roi, des 12 mai, 15 mai et 8 août. Journal militaire, 1814. Rapport de Davout à Napoléon, s. d. (du 25 au 29 mars 1815. Arch. nat. AF. IV, 1936)

4. Officiers et soldats : infanterie : 144,795. — Cavalerie : 36,037. — Artillerie : 15,993. ■»- Génie : 4,315. (Ordonnances du 12 mai. Journal militaire.) — L'ex-garde impériale, la maison du roi, les vétérans, gendarmes, etc., n'élaient pas compris dans ces totaux.

5. Circulaire de Dupont, 26 juillet 1814. (Arch. Guerre.) — A cause des prisonniers qui venaient sans cesse combler les vides à mesure qu'on les faisait, il ne semble pas que l'on pût réduire l'armée aux trois quarts du complet de paix. Voir la situation générale du 15 septembre (Arch. Guerre), époque où d'ailleurs ces différentes mesures n'avaient pas encore produit tout leur effet.

disait un vieux hussard sur le seuil du quartier de Y Ave Maria. Jamais avec le Tondu nous n'aurions été traités ainsi. S'il faisait tuer les gens, il savait les récompenser. Mais le J... F... d'à présent n'est bon qu'avec les calotins !. »

La réduction de l'effectif imposait aussi celle des cadres et des états-majors. En exécution de l'ordonnance du 12 mai, les officiers qui, par l'ancienneté des services, les blessures ou les infirmités, avaient droit à la retraite, durent quitter l'armée . Tous les autres officiers qui excédaient le complet réglementaire furent mis en non activité avec un traitement de demi-solde. Les deux tiers des emplois qui deviendraient vacants leur étaient réservés, par rang d'ancienneté2. Dix ou douze mille officiers de tout grade, généraux de division, capitaines, sous-lieutenants, furent ainsi écartés de l'armée pour un temps indéterminé3.

Après les fanfaronnades et les secrets déchirements du départ, ils se trouvèrent comme perdus dans la vie civile. Où étaient le quartier, les camarades, la grande famille du régiment? où l'existence commune et la

1. Rapport de police, 20 juillet 1814. (Arch. nat. F. 7, 3738.)

2. Ordonnance royale du 12 mai (Journal militaire, 1814). — Aux termes de cette ordonnance, les officiers devaient être mis à la demi-solde à mesure que la nouvelle organisation de chaque régiment serait achevée. D'après une circulaire de Lebarbier de Tinan du 9 août (Arch. Guerre) et les dossiersdes archives administratives de la Guerre, beaucoup d'officiers entrèrent en demi-solde dès juillet et août. Mais pour la plupart, ce ne fut qu'à partir du l,r septembre. (Circulaire de Dupont, 27 août, Journal militaire.) Il y en eut même en assez grand nombre qui, quoique sans emploi, restèrent dans les états-majors et les corps de troupe, avec la solde entière, jusqu'au 1er janvier 1815. (Circulaire de Dupont, 16 octobre; Arch. Guerre). Ordonnance royale du 16 décembre 1814, rendue sur le rapport de Soult (Journal militaire.)

3. On a porté à 14,000, à 20,000 et même à 30,000 le nombre des officiers mis à la demi-solde. D'après le procès-verbal de la séance du conseil des ministres du 15 juin 1814 (Arch. nat. AF • V»), il y en eut 11,000. Davout, dans un rapport à l'empereur de la fin de mars 1815 (Arch. nat. AF. IV, 1936), les évalue d'une façon générale à 12,000. Mais il y avait en outre beaucoup d'officiers mis d'office à la retraite.

vie réglée, si douces au moine et au soldat, malgré leur monotonie, leurs rigueurs et leurs servitudes ? Ces douloureux regrets venaient s'ajouter aux embarras de la fausse situation de ces officiers. L'armée les repoussait temporairement, et la société civile restait fermée pour eux. Ils ne pouvaient prendre aucune carrière, les uns parce qu'ils se sentaient incapables d'autre chose que de se battre, les autres pour ne pas renoncer à l'espérance, si lointaine qu'elle fût, de ressaisir leur épée. En attendant, ils vivaient dans le désœuvrement et la misère. Convenable pour les officiers généraux, à peine suffisante pour les officiers supérieurs, la solde de non-activité assurait tout au plus le pain aux officiers subalternes. Défalcation faite de la retenue de 2 1 /2 pour cent, les capitaines touchaient 73 francs par mois, les lieutenants 44 francs, les souslieutenants 41 francs1. On recourait à la bourse des camarades qui avaient quelque fortune personnelle, puis, ce moyen épuisé, montres d'argent, épaulettes, vieux uniformes, armes allaient chez le brocanteur. Certains officiers à la demi-solde portaient pour tout vêtement leur longue capote d'ordonnance, dont ils avaient enlevé les boutons de cuivre, leurs grandes bottes et un caleçon ; d'autres plus pauvres encore, qui habitaient à quatre ou cinq une méchante chambre sous les toits, se passaient tour à tour, pour sortir, l'unique chapeau et l'unique redingote de l'association V

Les officiers à la demi-solde et les officiers en retraite furent les plus actifs ennemis de la Restauration. Désœuvrés comme ils l'étaient, ils passaient leur vie sur

1. Circulaire ministérielle du 27 septembre 1814. (Journal militaire.) Cf. Coignet, Cahiers, 381, 384.

2. Souvenirs manuscrits du chef d'escadrons Bourgeois, aide de camp de Hullin, en mars 1814 et pendant les Cent Jours, grand'père maternel de

auteur. Rapp. de Fouque, 23 novembre 1814. (Arch. nat. F. 7, 32004.)

les promenades et dans les lieux publics, aux aguets des on-dit, colportant les mauvaises nouvelles, critiquant les actes du gouvernement, vilipendant les ministres, les princes, le roi, prédisant le retour de l'empereur, déclamant sur la « paix honteuse », la perte des frontières, l'humiliation de la France, les dépenses de la Cour, la misère des soldats, la puissance des prêtres, les menaces des royalistes. Sympathiques aux gens du peuple, ils imposaient aux bourgeois et défiaient insolemment les émigrés, les gardes du corps et les beaux cavaliers des compagnies rouges . Des duels s'en suivaient, où le plus souvent la chance servait bien leur colère et leurs rancunes. Dans la plupart des villes de province, les officiers à la demi-solde se trouvaient en assez grand nombre pour former un petit centre d'opposition ardente. A Paris, ils étaient une multitude. Certains soirs, ils venaient chanter sous les fenêtres des Tuileries des refrains insultants ' . Même avec le faible budget affecté à la Guerre, on aurait pu ou maintenir l'armée sur un pied plus élevé, ce qui aurait permis d'employer un plus grand nombre d'officiers, ou donner la solde entière à tous les officiers sans emploi. Mais il eût fallu pour cela que Louis XVIII renonçât au rétablissement de la Maison militaire. Cette troupe dorée comprenait six compagnies de gardes du corps à 505 hommes, cadres compris; la compagnie des cent-suisses, de 134 hommes; la compagnie des gardes de la porte, de 232 hommes ; les quatre compagnies rouges — chevau-légers, mousquetaires noirs, mousquetaires gris, gendarmes — chacune de 456 hommes ; lacompagnie des grenadiers

i. Beugnot à Dupont, 23 juillet; au préfet d'Ille-et-Vilaine, 10 sept.; à Maison, 19 nov. Rapport à Dupont, 23 nov., 15 et 26 oct. Soult à Dandré, 12 dec. (Arch. Guerre). Rapp. de Fouque, 23 nov Rapp. de police, 5 juin, 23 sept., 15, 26, 30, 31 oct., 4, 8, 9, 27 nov., 2, 16, 20 dec, 13 janv. (Arch. nat. F, 7. 3204, F. 7, 3738, F. 7, 3739, F. 7, 3773, F. 7, 32004.)

a cheval, de 200 hommes ; enfin deux compagnies de gardes du corps de Monsieur, à 235 hommes '.C'était une petite armée de 6,000 officiers, car tous les nongradés, sauf dans les cent-suisses et les grenadiers à cheval2, avaient rang de sous-lieutenant3. Plus des trois quarts de ces soldats-officiers portaient la particul e. Seize cents ou environ sortaient des gardées d'honneur, des gardes nationales, de la cavalerie; le reste se composait d'anciens gardes du corps de Louis XVI, de soldats de Gondé, de Vendéens, d'émigrés ayant servi à l'étranger et de jeunes gens de quinze ans, comme Alfred de Vigny4. La Maison militaire figurait au budget pour 20,390,000 francs5.

On aurait pu aussi économiser en licenciant les régiments étrangers La Tour d'Auvergne, Isemberg et Irlandais6, en congédiant les quatre régiments Suisses, dont le recrutement et l'entretien s'élevaient à 3,632,000 francs \ et en s'abstenant de faire entrer

1. Ordonnances du roi des 26 mai, 15 juin et 15 juillet . f Journal militaire. )

2. Les Cent-Suisses,qui avaient un recrutement spécial, et les grenadiers à cheval, pris dans les corps de cavalerie parmi les sous-officiers et soldats ayant cinq ans de service, avaient rang de sous-officiers.

3. De ces six mille hommes, deux mille étaient surnuméraires, avec grade de sous-lieutenant, mais sans solde. La solde, qui variait selon les compagnies entre 600 et 800 fr. par an, n'était pas d'ailleurs la grosse dépense. C'étaient les chevaux, l'équipement et les brillants uniformes.

4. Registres matricules de la Maison militaire du roi. (Arch. Guerre.) Il y avait des compagnies plus ou moins aristocratiques. Dans les quatre

compagnies rouges, tous les hommes étaient nobles à quelques exceptions près. Dans la 3« compagnie (Gramont) des gardes du corps du roi, dans la compagnie des gardes de la Porte, dans les compagnies de Monsieur, les trois quarts des gardes étaient nobles. Dans les l", 2e et 4a compagnies des garde?, du corps du roi, la moitié seulement des gardes avait la particule.

5. Rapp. de Davout à Napol. 28 mars 1815 (Arch. nat. AF, IV, 1941).

6. Ces trois régiments crées par l'empereur en 1805, 1806 et i807 avaient été dissous en 1813, et les hommes formés en bataillons de pionniers. Le gouvernement de Louis XVIU n'avait qu'à les licencier et à les rapatrier. Mais bien loin de là, on forma un 48 régiment sous le nom de régiment colonial étranger. (Ordonnance du 16 décembre 1814.)

7. Rapport de Davout à Napol. 28 mars 1815. (Arch. nat. AF. IV, 1941.) Sous la première restauration, les quatre régiments suisses formaient

un elTectif total de 3.500 hommes. Situation du 1er septembre 1814. (Arch. Guerre.)

ou rentrer dans l'armée une masse d'officiers qui avaient pour titres l'émigration, la guerre civile et des campagnes contre leur pays sous les drapeaux étrangers. Le 31 mai, une commission fut instituée à l'effet d'examiner les brevets et les états de services de ces revenants. Le vieux comte de Vioménil, qui faisait partie de la commission, avait déjà été réintégré dans son grade de lieutenant-général, avec ancienneté du 1er janvier 1784 envers la plupart des autres officiers de Louis XVI, on fut plus généreux: on les avança d'un ou de plusieurs grades. Bruslart et d' Au ti champ, tous deux capitaines avant la Révolution, furent nommés, le premier maréchal-de-camp et le second lieutenant-général. De lieutenant-colonel, le duc d'Aumont devint lieutenant-général. Le comte de Bruges, le chevalier d'Andigné, le comte de Rochechouart, le fameux Jean Châtelain, dit Tranquille, et tant d'autres qui n'avaient eu aucun grade sous Louis XVI et n'avaient servi que contre la France, dans l'Ouest et sur le Rhin, furent aussi nommés officiers généraux. Depuis le mois de juillet 1814 jusqu'au mois de février de l'année suivante, 61 divisionnaires, 150 brigadiers, et plus de 2,000 officiers supérieurs et capitaines furent ainsi introduits dans l'armée. Et en mars 1815, il restait encore 7,500 dossiers à examiner * !

Avec « le retour des lys », selon le style du temps, les ambitions et les convoitises s'étaient éveillées. Les émigrés — et il faut entendre par cette dénomination non seulement les trois ou quatre mille nobles re-

1. Rapport de Carion-Nisas à Davout, 20 avril 1815. Etat général dressé en avril 1815. (Arch. nat. AF. IV, 1930, et AF. IV, 1936.)

De ces 2200 officiers, un certain nombre entrèrent dans la Maison militaire du roi, comme brigadiers, maréchaux- des-logis, sous-lieutenants et lieutenants. D'autres furent pourvus de commandements dans la ligne ou mis à la suite des régiments.

venus en France à la chute de l'empire1, mais tous ceux qui y étaient rentrés bien des années auparavant, en vertu de l'amnistie de Fan X 2 — s'attendaient à des hécatombes de fonctionnaires. Ils pensaient qu'il y aurait plus de places que de postulants. Il y eut, en effet, un grand nombre de destitutions, mais les emplois vacants furent donnés aux royalistes constitutionnels de préférence aux royalistes ultras. Sauf Dupont et Malouet, son collègue de la Marine, les ministres se défiaient sinon des capacités, du moins de l'esprit rétrograde des émigrés. Ils les recevaient le plus poliment du monde et leur promettaient tout avec la ferme détermination de ne tenir aucune promesse. C'est à peine si deux cents d'entre eux purent se placer dans les différentes administrations. Trentesept seulement furent nommés préfets ou sous-préfets 3, alors que Montesquiou fit quarante-cinq préfets nouveaux et cent soixante sous-préfets 4.

L'armée et la flotte étaient beaucoup moins inhospitalières. C'était donc chez les ministres de la guerre et de la marine qu'affluaient les demandes. Il en sortait de toutes les berlines d'émigrés et de toutes les gentilhommières. Comme titre à l'épaulette, celui-ci faisait valoir « dix années d'émigration » ; celui-là « treize ans de pénible surveillance passés à

1. Au milieu de mai 1814, le comte d'Artois évaluait à 1,200 les émigrés restés encore en Angleterre. (Procès-verbaux des conseils des ministres, 15 mai (Arch. nat. AF* V8), mais un certain nombre avaient déjà regagne la France en avril, et il y avait en outre des émigrés venus ou à venir de Hambourg, d'Altona, de Russie. Toutefois, on ne doit pas estimer à plus de 3,000 ou 4,000 les émisrrés rentrés pendant la première restauration.

2. « Le nombre immense des nobles rentrés sous l'empire accoururent en foule pour réclamer ce qu'ils avaient perdu et même ce qu'ils n'avaient pas perdu. • Malte-Brun, Apologie de Louis XVI II, 7-*.

3. Rapport à l'empereur, 12 avril 1815. (Arch. nat. Fie, I, 26.)

4. Comparez la liste des préfets et sous-préfets, dans VAlmanach de la Cour (almanach impérial) pour 1814 et dans VAlmanach royal pour 1814-1815. — Il n'y a pas d'Almanach impérial pour 1814. Mais le petit Almanach de la Cour en tient lieu pour beaucoup de renseignements.

Sainte-Menehould sous le brigand Drouet ». Un autre rappelait le camp de Jalès; un autre, la chouannerie de Fougères ; un autre, la légion de Rohan, « où il av;i i t toujours témoigné d'un grand zèle pour le roi » ; un autre des tentatives de conspiration dont il donnait comme preuve « qu'il avait reçu pendant un an un schelling par jour de M. W..., agent anglais ». Le chevalier de T...t réputait l'intention pour le fait: « J'ai voulu, écrivait-il dans sa supplique, lever des hommes en Bretagne, qui, s'ils avaient été levés, n'auraient pas manqué de rendre de grands services. »

D'anciens officiers subalternes de la marine royale, émigrés sous la constituante, condéens ou chouans sous la république, professeurs d'anglais ou receveurs des contributions sous l'empire, furent nommés capitaines de vaisseau et appelés aussitôt à un commandement à la mer. Le comte de Lab... demanda et obtint la croix de Saint-Louis et le grade de major pour avoir abouché le comte Lynch avec MM. de Polignac en décembre 1813 et pour avoir, à la môme époque, comploté d'assassiner Napoléon f.

Tous les gentilshommes ne pensaient malheureusement pas comme le comte de Glermont-Montoison, (jui disait au foyer du Vaudeville: « — Moi je ne veux pas entrer dans l'armée, car avec mon nom je devrais occuper un grade élevé, et n'ayant été ni en Egypte,

I. llapport de Carion-Nisas à Davouî, 10 avril 1815, et extrait de dossiers joints à ce rapport. (Arch. nat. AF. IV. 1939.) Lettre de Decrès à Caulaineourt, l" juin 1815, et note annexée à la lettre. (Arch. AIT. etr., 1802.)

Dans la marine surtout, il y eut des nominations déplorables, tandis qu'on mettait en réforme ou à la demi-solde îJOû officiers éprouvés. Decrès, dans la lettre précitée, parle du capitaine de vaisseau de V..., qui, en dé. cembre 1814, ayant fait rencontre d'une frégate anglaise, » compromit la dignité nationale Dar sa conduite misérable ». • Ce n'est pas étonnant, conclut Decrès, car cet officier ayant quitté la mer deouis 25 ans n'a plus l'habitude du commandement.» On sait qu'en 1816. un autre émigré, Duroys de Chaumareys, perdit par son irnpéritie la frégate la Méduse, et, fait unique dans l'histoire de la marine française, abandonna un des premiers le bâtiment qu'il avait l'honneur de commander.

ni en Italie, ni en Allemagne, je ne crois pas pouvoir commander à ces braves *. »

Vitrolles, lui-même, voyait le ridicule des prétentions des émigrés. Il les railla plaisamment dans les Lettres de la Cousine publiées à la fin de mai 1814 par le Journal des Débats. « Mon beau-frère, disait la cousine, a repris la croix de Saint-Louis, car il ne lui manquait plus que neuf ans pour y avoir droit quand la Révolution a éclaté... M. de B. se contenterait d'une place de receveur général. C'est bien le moins qu'on puisse faire pour un homme enfermé six mois pendant la Terreur. » Louis XVIII, fort amusé par cette guerre d'épigrammes, y encourageait Vitrolles et lui rappelait l'histoire de ce Tory qui avait demandé une place à Charles II pour avoir séduit la femme d'un chef du parti populaire2. Mais les Lettres de la Cousine ne troublèrent pas les solliciteurs, et les plaisanteries de Louis XVIII ne l'empêchèrent pas de signer des nominations qui firent scandale.

Et cependant, l'émigration, l'armée des Princes, le siège de Thionville, la Vendée, Quiberon, la chouannerie, les conspirations, les trahisons, les crimes de lèse-patrie, c'étaient des services que Louis XVIII n'avait pas le droit de méconnaître. Seul le monarque devait-il profiter de la restauration de la monarchie? Alors qu'il prenait possession du trône, alors que les princes de sa famille recouvraient leur rang et leur liste civile, pouvait-il ne point donner quelque dédommagement et quelques récompenses aux émigrés ruinés par la Révolution, qui avaient souffert et combattu pour lui, aux fils et aux frères des gentilshommes morts pour la cause royale sur les champs de bataille et sur les échafauds ?

S. Rapport de police 25 oct. (Arch. nat. F. 7, 3730.)

râ. Journal des Débats, 29 mai et 2 juin 1814. Vitrolles, Mém. II, 222-226.

Les nécessités budgétaires qui avaient fait réduire l'effectif de l'armée contraignirent Louis XVIU à maintenir les droits réunis. Pendant la guerre, les manifestes royalistes en avaient solennellement promis la suppression, et au mois d'avril, quand le comte d'Artois avait arrêté que jusqu'à nouvel ordre on continuerait à les percevoir, des troubles s'étaient produits dans plusieurs départements. La proclamation du roi du 10 mai, confirmant l'ordonnance du comte d'Artois du 20 avril, perturba toute la France. Pendant six mois et plus, il y eut des mouvements séditieux en Gascogne comme en Normandie, en Vendée comme en Provence, en Touraine comme en Alsace. Dans les villages du Lot et du Lot-et-Garonne, où certains maires n'osèrent même pas publier l'ordonnance royale, on sonnait le tocsin à l'arrivée des préposés et la foule s'ameutait contre eux. A Rennes, le peuple pilla la maison du receveur; à Cahors, l'octroi fut incendié. A Chalon-sur-Saône, la fo'ule fit un feu de joie avec les archives de la régie. A Thiers, à Remiremont, à Challans, à Tarbes, des agents du fisc furent grièvement blessés. Le préfet de l'Aveyron annonça la veille de la grande foire d'Asprières que vingt gendarmes soutiendraient les préposés ; mais ceux-ci étaient tellement effrayés par les menaces qu'ils ne se présentèrent pas. La gendarmerie était impuissante à protéger les employés de la régie. Il fallut de la troupe : cent dragons pour Saint-Dié, pour Angoulême un bataillon, pour Limoges un régiment entier 1 .

l. Lettres des préfets aux ministres de l'intérieur et des finances, juindécembre 1814. (Arch.nat. F'» 588-589.) (Cette volumineuse correspondance,

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