LA DÉCLARATION DES PUISSANCES
s°n rôle passif. Il fit rédiger incontinent par La Besnarclière, son âme damnée, un projet de Déclaration que d'accord avec Metternich il soumit au congrès ' . « Je suis persuadé, écrivit-il à Jaucourt, que l'entreprise de Bonaparte n'aura aucune suite fâcheuse et qu'il ne sera pas nécessaire de recourir aux puissances étrangères. Mais il est toujours prudent de ne négliger aucune précaution. La proclamation aura d'ailleurs l'effet d'intimider les partisans de Bonaparte en leur ôtant tout espoir qu'il puisse réussir 2. » Les membres du congrès étaient tout disposés à accéder à la proposition de l'ambassadeur de France. Talleyrand crut néanmoins devoir attiser le feu par la communication d'un Mémoire secret, « chef-d'œuvre de raisonnement et de sophisme », où le même La Besnardière avait récapitulé tous les bouleversements européens dus à Napoléon, montré son esprit vindicatif et tracé un effrayant tableau de sa puissance future3.
La Déclaration fut signée le 13 mars par les plénipotentiaires des huit puissances. Ce manifeste ou plutôt cet arrêt de proscription, unique pour le fond et la forme entre tous les actes diplomatiques 4, portait : « ... Quoique intimement persuadés que la France entière, se ralliant autour de son souverain légitime, fera rentrer dans le néant cette dernière tentative d'un délire criminel et impuissant, les souverains de l'Europe déclarent que si contre tout
1. Talleyrand à Louis XVIII, Vienne 12 mars {Corresp. précitée, 326-327) ; à Jaucourt, 12 mars et M mars (Arch. Aff. étr., 680). Cf. Wellington à Welesley, Vienne, 12 mars (copie aux Arch. Aff. étr., 1801).