‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 136 sur 272 · Rapport de Clarke au roi, Paris, 13 mars. (Arch. Guerre · texte numérisé non relu

Rapport de Clarke au roi, Paris, 13 mars. (Arch. Guerre

3. Dépositions de Vaulchier, du major de La Génetière, etc. (Procès de Ney, II, 142-143, 153-154.) Ney à Soult, Lons-le-Saunier, 12 mars Dossier de Ney, Arch. Guerre).

Mes amis, nous allons à Paris les mains dans les poches. Tout est préparé pour mon passage. » En même temps, Boulouze montra au maréchal la proclamation a l'armée, datée du golfe Jouan. Le maréchal la parcourut sans avoir l'air d'y attacher d'importance et la mit dans sa poche. Sur l'observation de Boulouze que Bonaparte prétendait avoir l'appui de l'Autriche, il s'indigna : « — Allons donc ! c'est encore sa jactance ordinaire ! » Enthousiasmé par l'assurance de Ney, le hon Boulouze s'écria : « — Ah ! monsieur le maréchal, vous avez été déjà le sauveur de la France en forçant Napoléon d'abdiquer; vous le serez deux fois. » Le mot plut à Ney qui le répéta en d'autres termes devant le major de La Génetière : « — Si je pouvais faire triompher le roi, je serais le libérateur de la patrie '. »

Resté seul, le maréchal a relu la proclamation de Napoléon. Cette fois, il en est si frappé qu'il ne peut s'empêcher de la montrer au préfet du Jura et au marquis de Saurans, aide de camp du comte d'Artois, qui entrent chez lui à ce moment-là. « — On n'écrit plus comme ça, dit-il... Le roi devrait écrire ainsi. C'est comme ça qu'on parle aux soldats et qu'on les émeut. » Et allant d'un bout à l'autre de son cabinet, il répète à haute voix : m La victoire marchera au pas de charge. L'aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher, jusqu'aux tours de Notre-Dame2. » Puis s'emportant selon son habitude, il commence à incriminer la conduite du comte d'Artois à Lyon, — du comte d'Artois « qui n'a jamais daigné faire monter un maréchal de France dans sa voiture » , et qui le laisse sans troupes et sans

1. Déposition de Boulouze et de La Génetière (Dossier de Ney, Arcr Guerre).

t. Déposition de Saurans (Procès de Ney, II, 171. Cf. la même dépositioi au dossier de Ney, Arcn. Guerre;.

ordres. Il blâme le roi d'avoir refusé l'année précédente de conserver la vieille garde auprès de lui, il accuse le parti des émigrés et rappelle les humiliations subies à la cour par la princesse de la Moskowa. D'ailleurs, il ne traite pas mieux Napoléon. « — Cet enragé-là, dit-il, ne me pardonnera jamais son abdication. Il pourrait bien me faire couper la tête avant six mois ! » Malgré ses plaintes contre les Bourbons, Ney demeure aussi résolu, aussi animé : « — Le premier soldat qui bouge, s'écrie-t-il, je lui passe mon sabre au travers du corps ; la garde lui servira d'emplâtre... Mais le soldat marche toujours au canon, et Vavasseur, mon aide de camp, sait s'en servir à merveille *. »

Le lendemain, 13 mars, le maréchal fait venir cent mille cartouches de Besançon, presse l'arrivée de son artillerie, ordonne de conduire en prison un officier qui a crié Vive l'Empereur ! envoie aux nouvelles, à Mâcon, des gendarmes déguisés et des royalistes de bonne volonté2. Il écrit à Suchet : « J'espère que nous verrons la fin de cette folle entreprise3 », et en étudiant ses effectifs, si inférieurs à ceux de Napoléon (Ney avait tout au plus 6,000 hommes, échelonnés de Besançon à Bourg, sur une ligne de trente-trois lieues4, et Napoléon en avait 14,000 dans la main $), il dit à Bourmont : « — Nous serons en plus petit nombre, mais nous le frotterons. » Et

t. Dépositions de Vaulchier, de Saurans et de Bourmont (Procès de Ney, II, 142-143, 171-173, 225, et dossier de Ney, Arch. Guerre).

2. Dépositions de F. de Richemont et de Bourmont et interrogatoire de Ney. {Procès, II, 119, 136-137, et dossier de Ney, Arch. Guerre.)

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