Voir 1815, I
sur l'observation de Bourmont que les troupes ne sont pas sûres, il réplique : « — Je prendrai un fusil, je tirerai le premier coup, et tout le monde marchera ! ! » '
Cependant les nouvelles se succèdent de plus en plus accablantes. Non seulement Lyon, mais toutes les villes du Rhône, de l'Ain, de Saône-et-Loire sont en pleine insurrection. Ghalon, où Ney a mandé au général Heudelet de concentrer ses troupes, a proclamé Napoléon ; Mâcon, où il compte déboucher, a arboré le drapeau tricolore. Sur les routes de Dôle,de Poligny et de Besançon, ses propres soldats crient : Vive l'Empereur ! Dans les casernes de Lons-le-Saunier, la rébellion menace; à Saint-Amour, le 15e léger est prêt à la défection *. Enfin, dans la soirée, Capelle, préfet de Bourg, arrive à demi-mort de peur. Les habitants l'ont chassé, et le 76e de ligne, qui formait à Bourg la tête de colonne du corps de Ney, a passé à Napoléon. Capelle est dans l'épouvante de l'effervescence populaire. « — C'est, dit-il, une rechute de la Révolution. » Il ne pense pas que le maréchal puisse s,e hasarder à attaquer Bonaparte et lui conseille soit de rejoindre Masséna pour marcher sur les derrières de Napoléon, soit de gagner Chambéry, car les Suisses sont tout disposés à venir au secours du roi. A ces mots, le cœur vraiment français de Ney se révolte. « — Si les étrangers mettaient le pied en France, s'écrie-t-il, ce serait alors que tous les Français se déclareraient pour Bonaparte 8 ! »
t. Dépositions de Bourmont, de Capelle et du duc de Maillé. (Procès, I3i, 147, 169, et dossier de Ney. Arch. Guerre.) Cf. le premier interrogatoire de Ney {ibid ) : «... Je prendrai le fusil du premier grenadier pour m'en servir et donner l'exemple aux autres. »
2. Dépositions de Bourmont, Vaulchier, Saurans, Saint-Amour, Heudelet. {Procès de Ney, II, 124, 135, 143, 171-172, 175, 189-190.) Sous-préfet de Chalon fc Vaulchier, 12 mars. Ney à Clarke, 13 mars. (Dossier de Ney, Arch. Gue vre.) ». Déposition de Capelle (Procès de Ney, 14C-149, et dossier de Ney).
La fidélité du maréchal n'était pas encore ébranlée mais déjà le trouble était en lui. Il dit à Capelle que le roi n'avait plus qu'à se faire porter sur un brancard à la tête des troupes pour ranimer les courages * . Ce fut peu après la visite du préfet de l'Ain que les émissaires de Lyon s'introduisirent à l'Hôtel de la Pomme d'Or où Ney avait pris son logement. Ils lui remirent une lettre de Bertrand, écrite sous l'inspiration sinon sous la dictée de Napoléon, et qui portait que l'empereur n'avait point fait une tentative d'écolier, qu'il était sûr de réussir quoi qu'on pût faire, que tout était arrangé, que partout la population et l'armée se déclaraient contre les Bourbons, et que lui, Ney, serait responsable devant la France de la guerre civile et du sang inutilement répandu 2. A cette lettre étaient joints un ordre de marche 3 et ce billet autographe de l'empereur : « Mon cousin, mon major général vous expédie l'ordre de marche. Je ne doute pas qu'au moment où vous aurez appris mon arrivée à Lyon vous n'ayez fait reprendre à vos troupes le drapeau tricolore. Exé~