‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 139 sur 272 · déposition de Capelle (Procès de Ney, II · texte numérisé non relu

déposition de Capelle (Procès de Ney, II

2. Interrogatoire de Ney (Procès, II, 106). Cf. Fleury de Chaboulon, Mém., I, 224. Rovigo, Mém., VII, 363-364.

Cette lettre n'a pas été produite au procès. Ney dit que la princesse de la Moskowa la brûla avec d'autres papiers le jour de son arrestation. Au témoignage de Ney, cette lettre portait en outre que l'évasion de l'île d'Elbe avait été favorisée par l'Angleterre, d'accord avec l'Autriche, pour rétablir l'empereur. Très probablement, en parlant ainsi devant les pairs, le maréchal confondait le texte même de la lettre et les commentaires dont l'accompagnèrent ceux qui la lui remirent. Il est peu vraisemblable que Bertrand ait osé écrire et signer de son nom un pareil mensonge. Qu'il ait conseillé à ses émissaires d'insinuer à Ney que l'empereur agissait avec l'assentiment de l'Europe, et que ceux-ci aient renchéri encore sur ses instructions, cela est possible, probable même, mais qu'il l'ait écrit, on aura peine à le croire. C'est ainsi — nous le disons une fois pour toutes — que l'évasion de l'île d'Elbe ayant paru impossible à tous sans la connivence des Anglais, et le bruit de cette complicité s'étant, par conséquent, répandu mêm„ dans l'entourage de l'empereur, Napoléon ne fit rien, bien au contraire, à son arrivée en France pour l'empêcher de s'accréditer, mais dans lucun écrit, dans aucun discours il n'y lit la moindre allusion.

a. Interrogatoire de Ney. (Procès, II, 139.)

cutez les ordres de Bertrand et venez me rejoindre à Chalon. Je vous recevrai comme le lendemain de la bataille de la Moskowa1, » Les messagers apportaient en outre, a dit Ney, une proclamation aux troupes de la 6e division militaire, proclamation dictée par l'empereur et déjà revêtue de la signature du maréchal *. Ney questionna les émissaires C'étaient des officiers de la garde qu'il connaissait' personnellement. Ils étaient entrés à Lons-le-Saunier en vêtements bourgeois, et le maréchal refusa généreusement de révéler leurs noms pendant son procès *. Ils rapportèrent avec mille détails tout ce qu'ils avaient vu et tout ce qu'ils avaient entendu dire : la France était dans l'enthousiasme, le drapeau tricolore flottait sur toutes les villes, il n'y aurait de résistance nulle part, le roi avait déjà quitté Paris, l'Europe favorisait le rétablissement de l'empire, Marie-Louise et le prince impérial allaient revenir de Vienne, l'escadre anglaise avait eu des ordres pour livrer passage à Napoléon *. Ces lettres, ces paroles que confirmaient trop, du moins en ce qui regardait la France, les rapports faits à Ney par les plus sincères royalistes, le duc de Maillé, les préfets de l'Ain et du Jura, le colonel de Saint-Amour, le major de La Génetière, perturbèrent l'esprit du maréchal. Ce fut une nuit de fièvre. Peutêtre se livra-t-il au fond de sa conscience un tumuï"

i. Napoléon, Corresp., 2168». — Il est assez singulier qu'il n'ait pas été question de ce billet devant la Chambre des pairs quand, à l'instruction, Ney avait reconnu l'avoir reçu. (Dossier dd Ney, Arch. Guerre.)

2. {Procès, II, 107, 283, et dossier de Ney.) — On a vu (1815, I, 204) que cette façon de disposer par avance de la signature des gens était dans les aabitudes de l'empereur.— Dans un livre sur le Maréchal Ney, paru peu de jours après la publication de 1815, M. Welschinger donne cette proclamation écrite entièrement de la main de Ney. Mais est-ce un original ou tou* simplement *ine copie, un peu modifiée, du texte de l'empereur? Voilà ce qu'il est impossible de déterminer.

3. Interrogatoire de Ney (Procès, II, 106, 138, et dossier de Ney).

4. Interrogatoire de Ney (Procès, II, 106-107. Cf. 137, et dossier de Ney, kreh. Guerre). — Sur les propos relatifs à la connivence de 1 Angleterre, voir 1815, I, 307, note 2.

tueux et pénible combat. Peut-être passa-t-il par toutes les angoisses de l'irrésolution. Il est plus probable qu'entraîné par sa nature fougueuse, il prit vite son parti et se jeta dans l'abîme comme il s'élançait naguère à la gueule des canons. Dominé par une situation fatale, il la subit non sans douleur, mais sans résistance. Ses serments s'évanouirent devant la vision de la France ensanglantée par une guerre civile dont lui seul aurait donné le signal1 : « — J'étais dans la tempête, répétait-il au cours de son procès. J'ai perdu la tête *. »

Au reste, Ney eût-il voulu tenir sa promesse au roi de combattre Bonaparte — et il le voulut fermement jusque dans la soirée du 13 mars — qu'il eût été dans l'impossibilité matérielle de le faire. Si le commandant Delessart n'avait pu défendre le défilé de Laffray, si le général Marchand n'avait pu défendre les remparts de Grenoble, si Macdonald n'avait pu défendre le pont de la Guillotière, à plus forte raison Ney n'aurait pu se faire obéir de ses soldats quand huit jours s'étaient passés depuis ces vaines tentatives de résistance, quand le bataillon de l'île d'Elbe était devenu une armée et alors qu'il s'agissait, non plus d'attendre l'ennemi dans de bonnes positions, mais de le joindre à marches forcées et de l'attaquer. A supposer même — hypothèse inadmissible 3 —

1. « J'ai eu tort, mais j'ai eu peur de la guerre civile. J'aurais marché sur quarante mille cadavres avant d'arriver à Bonaparte. » — « J'ai préféré ma patrie à tout, » etc., etc. Interrogatoire de Ney (Procès, H, 134,139, et dossier de Ney, Arch. Guerre).

2. Interrogatoires de Ney [Procès, II, 173-174, et dossier de Ney).

3. € Mes quatre malheureux bataillons m'auraient pulvérisé plutôt que de me suivre. » Interrogatoire de Ney. — « Le maréchal ne pouvait plus rien après l'insurrection des troupes de Saint-Amour. » Déposition de Bourmont. — « J'ai proposé au maréchal de ne pas attaquer. » Déposition de Capelle. — c Que voulez-vous qu'on fasse si les soldats ne veulent pas se battre! » Paroles de Lecourbe citées dans la déposition du comte de Faverney. — « Il aurait été impossible de tirer aucun parti des troupes pour le service du roi. » Déposition de Préchamp. — * Avec les quatre régiments

que Ney eût réussi, malgré la défection, la débandade et la révolte, à mener le quart ou le tiers de ses troupes à la poursuite de l'armée impériale, qu'il eût atteint cette armée qui avait plus d'une marche d'avance ' et que, donnant l'exemple en prenant un fusil et en engageant le feu, il eût entraîné ses soldats à combattre leurs camarades, qu'en fût-il résulté? Une lutte odieuse et inutile, la défaite et la dispersion du petit corps de Ney par les impériaux quatre ou cinq fois plus nombreux, peut-être regorgement de ses soldats en fuite par les paysans bourguignons exaspérés. Et qui sait si la postérité, qui a absous de son parjure le héros de tant de victoires et l'intrépide général de la retraite de Russie, aurait pu oublier qu'il avait fait tirer sur des soldats français !

On a insinué que rassuré sur l'accueil de Napoléon depuis que celui-ci lui avait écrit : « Je vous recevrai comme le lendemain de la Moskowa, » Ney avait trahi par ambition et par rancune des humiliations subies aux Tuileries. C'est faux. La véritéç c'est que le brave des braves tremblait à l'idée de. la bataille ; la vérité, c'est que dominé par les événements et prisonnier de ses soldats, il était dans l'impossibilité d'agir ; la vérité, il l'a dite dans un cri de douloureuse éloquence : « Je ne puis pourtant pas arrêter l'eau de la mer avec les mains 2 ! »

Le matin du 14 mars, Ney manda chez lui Lecourbe et Bourmont. 11 dit et il crut que c'était pour leur demander conseil. Illusion ! C'était pour les con-

incomplets qu'avait le maréchal, il était impossible de s'opposer aux progrès de. Bonaparte. • Déposition du général Heudelet. {Procès de Ney, II, 134, 135, 147, 123, 190, et dossier de Ney, Arch. Guerre.)

i. Ney n'aurait pu mettre ses troupes en mouvement que le 15 au matin, quand il aurait eu son artillerie. Or, le 15 au matin, Napoléon se mettait lui-môme en marche de Chalon sur Autun.

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