‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 141 sur 272 · Interrogatoires de Ney (dossier de Ney, Arch. Guerre · texte numérisé non relu

Interrogatoires de Ney (dossier de Ney, Arch. Guerre

4. Interrogatoires de Ney, déposition de La Génetière (Procès, II, 109, 132, et dossier de Ney, Arch. Guerre). — Bertrand avait d'abord donné l'ordre de marcher sur Bourg et Mâcon, mais dans la soirée du 14, Ney avait reçu un nouvel ordre indiquant Dijon comme point de direction.

ùansL'ile d'Elbe et les Cent Jours (Corresp., XXXI, 70-73), Napoléon prétend qu'il hésita d'abord à faire venir Ney. Mais ce récit est, en général, peu véridique. Entre autres erreurs, il est dit que la lettre : « Je vous recevrai comme le lendemain de la Moskowa, » fut écrite à Auxerre, alors que dans la Correspondance (21089) cette lettre est datée de Lyon et que, d'après m rédaction, elle ne put en effet avoir été écrite qu'à Lyon.

les ouvriers tanneurs, avait arboré le drapeau tricolore, promené dans les rues, et jusque dans l'église, un buste de Napoléon, et chassé de la mairie le conseil municipal où dominait l'opinion royaliste. Mais le 13, le maire d'Àutun, vieillard plein d'énergie malgré ses quatre-vingts ans, convoqua la garde nationale, arma les royalistes, et imposant au populaire, fit rétablir le drapeau blanc. Les choses en étaient là lorsque se présenta l'avant-garde impériale. C'étaient les dragons du 13e, le régiment de Lyon. Ils désarmèrent les gardes nationaux et auraient sabré le maire et les royalistes les plus compromis sans l'intervention du général Brayer, qui arriva fort à propos : « — De quel droit, dit l'empereur au maire, vous êtes-vous permis de menacer les citoyens parce qu'ils portaient les couleurs nationales? Gomment avez-vous osé vous mettre en rébellion contre moi? Je vous /*asse... Vous vous êtes laissé mener par les prêtres et les nobles qui voulaient rétablir la dîme et les droits féodaux. J'en ferai justice. Je les lanternerai... » Et s'arrêtant, assourdi par les acclamations de la foule qui se pressait devant l'Hôtel de la Poste, il reprit : « — Mon pouvoir est plus légitime que celui des Bourbons, car je le tiens de ce peuple dont vous entendez les cris1. » Le 16 mars, l'empereur entra à Avallon. Là aussi le conseil municipal était royaliste, mais il n'avait pu empêcher l'immense majorité des citoyens de prendre la cocarde tricolore à l'approche de Napoléon2. Désormais, l'entraînement populaire devient ir-

1. Général Heudelet à Clarke, Dijon, 13 mars. Général Coetlosquet à Clarke, Nevers, 14 mars. Rapport du vicomte de Saillan sur la situation de la 18« division militaire, 14 mars. Sous-préfct de Chàteau-Chinon à Coetlosquet, 15 mars. (Arch. Guerre.) Fabry, 94-99. Déposition de Heudelet (Procès de Ney,ll, 190-191). Cf. Napoléon, L*île d'Ehe et les Cent Jours {Corresp.,XXXI,13)>

%. Fleury de Chaboulon, II, 235-Î3*. Fabry, 100-104

.ésistible. La rébellion s'étend à vingt lieues à la ronde, des bords du Doubs aux rives de la Loire. Les trois couleurs llottent à Arbois, à Poligny, à Dôiey

à Beaune, à Auxonne, à Dijon1. A Nevers, une émeute éclate dans la nuit du 14 au 15 mars5. A Clamecy, le général en demi-solde Allix assemble le peuple sur la place de la mairie, lit au milieu des vivats les proclamations du golfe Jouan et déclare qu'il prend le commandement de la ville au nom de l'empereur. « — Je vous adjure, dit-il en terminant, d'arborer sur-le-champ la cocarde nationale et de regarder comme ennemis ceux qui ne la porteront point3.» A Auxerre, où l'empereur arrive le 17 mars, le préfet Gamot l'attend à l'entrée de la ville avec les autorités et toute la population; le 14e de ligne (colonel Bugeaud) lui présente les armes ; dans le grand salon de la préfecture, il trouve les bustes de l'impératrice et du prince impérial et son portrait en pied, en costume du sacre4.

C'est à Auxerre que le maréchal Ney rejoignit l'em pereur. Bien que la proclamation de Lons-le-Saunier pût effacer les paroles de Fontainebleau, cette entrevue ne laissait pas d'être embarrassante pour le prince de la Moskowa. Napoléon le mit à son aise dès

1. Heudelet à Clarke, Dijon, 13 mars. (Arch. Guerre.) Interrogatoires de Ney et déposition du comte de Villars. (Procès, II, 112, et dossier de Ney.)

2. Capitaine de gendarmerie de la Nièvre à Moncey, 15 mars. (Arch. Guerre.) Préfet de la Nièvre à Garnot, 27 mars. (Arch. nat. F. 7, 3147.)

3. Rapport du lieutenant de gendarmerie de Clamecy, Varzy, 17 mars. (Arch. Guerre.) —Cet officier, ne se sentant pas en forces pour résister à 3,000 insurgés, se replia avec ses gendarmes

4. Fabry, 121. Fleury de Ghaboulon, I, 238, 246. — Gamot était le beaufrère de Ney, ayant épousé la sœur de la maréchale.

Pendant huit jours, Bugeaud, dirigé d'Orléans sur Moulins, avait réussi par des miracles d'énergie à maintenir son régiment dans le devoir, mais à Avallon, le général Girard, précédant l'empereur, avait entraîné les hommes et le colonel à la défection et avait donné l'ordre au 14° de rétrograder sur Auxerre (Fabry, 100. Bugeaud à préfet du Loiret, Montargis, 10 mars, et à Clarke, Avallon, 14 mars. Boudin à Clarke, Auxerre, 12 et 14 mars. Arch. Guerre).

qu'il entra. « — Embrassez-moi, mon cher maréchal, lui dit-il. Je suis heureux de vous voir et je n'ai besoin ni d'explications ni de justification. » Ney crut cependant devoir s'excuser, et tout en ayant le tact de ne point prononcer le nom de Fontainebleau, il dit que sa conduite passée et présente n'avait jamais été inspirée que par l'amour de la patrie. Puis, recouvrant vite son assurance, il reprit : « — Je vous aime bien, Sire, mais la patrie avant tout! avant tout!.. Votre Majesté est sûre que nous la soutiendrons, car avec de la justice on fait des Français tout ce que l'on veut... Mais il ne faut plus songer aux conquêtes, il ne faut plus songer qu'au bonheur de la France. >> L'empereur l'interrompit en disant que lui aussi était un patriote, qu'il était revenu de l'île d'Elbe dans le seul intérêt du pays et qu'il donnerait aux Français tout ce qu'ils attendaient de lui. Il appela Ney « le brave des braves », et changeant de conversation, il le questionna sur l'esprit de ses troupes et sur les sentiments des habitants du Jura, du Doubs et de laCôte-d'Or\ Le lendemain, Ney regagna Dijon avec l'ordre de conduire ses troupes à Paris par Joigny et Melun2.

Depuis plusieurs jours, l'empereur et son état-

i. Fleury de Chaboulon, I, 241-243. Cf. Premier et deuxième interrogatoires de Ney. (Dossier-, Arch. Guerre.)

Dans les Notes sur »«;* Mémoires de Fleury, l'empereur dit que cette conversation est rapportée inexactement. Il est possible que Fleury n'ait point rapporté les termes mêmes de cet entretien, mais il en a certainement donné le sens.

Une pièce produite au procès (Procès de Ney, II, 284-285) prête au maréchal Ney un langage tout autrement violent. « Je ne suis pas venu vous rejoindre, aurait-il dit, par attachement ou considération pour votre personne. Vous avez été le tyran de ma patrie, vous avez porté le deuil dans toutes- es familles, vous avez troublé la paix du monde. Jurez-moi, puisque le sori vous ramène, que vous ne vous occuperez à l'avenir qu'à réparer les maux que vous avez causés à la France, que vous ferez le bonheur du peuple, etc., etc. » — La version de Fleury est plus vraisemblable.

2. Second interrogatoire de Ney (dossier de Ney, Arch. GuerreVCf. Ney à Davout, Paris, 23 m»**. (Arch. Guerre.)

major recevaient indirectement et directement des nouvelles de Paris. Il y avait les journaux ; il y avait les dépêches ministérielles et les lettres privées que Fleury de Chaboulon rendait aux courriers de la malle après les avoir lues sans scrupule ; il y avait les rapports verbaux des officiers à la demisolde venus au-devant de l'armée impériale1. L'un d'eux ayant sans doute dépeint l'état de Paris comme plus agité qu'il ne l'était réellement, l'empereur appréhenda quelque émeute dont le succès, à son avis, n'eût pas avancé son retour et dont la répression eût été funeste à tous les points de vue. Un parent de Bassano occupait à Dijon les fonctions d'inspecteur des droits réunis. L'empereur envoya Tordre à Ney d'écrire sur-le-champ au duc de Bassano pour qu'il arrêtât tout mouvement à Paris, et de lui faire passer sa lettre par les soins de ce parent*.

La correspondance des royalistes décachetée à l'état-major impérial révélait des complots contre la vie de l'empereur. Dans plusieurs lettres, il était question de vendéens et de gardes du corps qui s'étaient mis en route pour l'assassiner, déguisés en femmes et en soldats de la garde3. Il est certain, en effet, que des souscriptions furent ouvertes publiquement au profit de l'homme qui tuerait Napoléon4, et que plusieurs individus s'offrirent à remplir cette mission5. Il y eut aussi les forçats du bagne de Gher-

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