‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 145 sur 272 · Moniteur, 16 mars · texte numérisé non relu

Moniteur, 16 mars

5. Guillemin, Le Patriotisme des volontaires, 3, 5, 21, 22. Rapport sur la capitulation de Vincennes, 21 mars. (Arch. Guerre.)

vaient de vieux amiraux, survivants de Quiberon !. On voulut enrôler quarante élèves de l'École polytechnique, connus pour leurs sentiments royalistes, mais ils déclarèrent qu'ils ne partiraient que si leurs camarades partaient avec eux. Les appels réitérés des journaux ne réussirent point à faire prendre les armes aux rhétoriciens des ci-devant lycées : « — Laissons, dirent-ils, aux tonsurés de l'abbé Liautard (les élèves du collège Stanislas) le soin de défendre le roi et faisons des thèmes et des versions i. » Le 45 et le 16 mars, les volontaires de l'Ecole de droit firent plusieurs promenades militaires dans Paris, vêtus de costumes à la Henri IV et portant un drapeau offert par les dames du faubourg Saint-Germain 3 ; le 17, ils vinrent caserner à Vincennes. Mais leurs forces n'égalaient pas leur bon vouloir. Le marquis de Puyvert, gouverneur du château, écrivit à Maison : « J'espère qu'on renverra demain au moins la moitié des volontaires, car ce sont des marmots incapables de tenir un fusil 4. » Le 17 mars, le comte d'Artois passa une grande revue des douze légions de la garde nationale parisienne. On se flattait que les volontaires se présenteraient en nombre. Dessoll es avait publié un ordre du jour portant que le prince inviterait à sortir des rangs pour former, sôus ses ordres, la légion Colonelgénéral, tous les citoyens à qui leur âge et leur situation permettraient « de se livrer à l'impulsion de leur patriotisme » 5. Partout les gardes accueillirent le

1. Journal des Débats, 17 mars. Laborde, Quarante-huit heures de garde au château des Tuileries, 12.

î. Barry, Cahier d'unrhétoricien de 1815, 14-15,20.

3. Guillemin, 6, 7, 17-18, 23. — Le 18 mars, ce costume au moins suranné fut remplacé par l'uniforme des troupes de ligne avec un énorme plumet blanc au shako.

^4. Puyvert à Maison, Vincennes, 17 mars. (Arch. Guerre.) c 5. Moniteur, 16 mars. — Le Conseil municipal publia de son côté un cha« leureux appel aux armes contresigné par Chabrol.

comte d'Artois aux cris répétés de : Vive le Roi ! Abusé par ces acclamations, le prince s'écria en passant devant le front de la lre légion massée sur la place Vendôme .- « — Mes enfants, pas de confusion. Ne sortez des rangs que les uns après les autres. » Or dans cette légion, il y eut dix volontaires, dont le vieux Dupont de Nemours. A la vérité, dans la 2e légion, la compagnie Decazes donna à elle seule 80 volontaires. Mais l'immense majorité des gardes nationaux était plus disposée à crier : Vive le roi! qu'à se battre pour lui. La légion Colonel-général ne réunit que trois ou quatre compagnies qui ne furent même pas dirigées sur l'armée S

Le rappel sous les drapeaux des militaires en congé, qui s'élevaient à plus de cent vingt mille, resta à peu près sans effet. Dans plusieurs divisions militaires, on ajourna la convocation de peur d'exciter le mécontentement. Dans les départements où l'on voulut exécuter l'ordonnance du 9 mars, il fallut recourir à des notifications individuelles ; encore très peu d'hommes y obéirent-ils. Dans l'Aisne, le nombre des sous-officiers et soldats qui se présentèrent ne fut que de 102, et dans le Cher de 6 seulement8. Les officiers à la demi-solde, rappelés tous à l'activité, se montrèrent plus empressés. Par cette mesure, qui lui fut très reprochée, Soult espérait rattacher à la cause royale dix ou douze mille mécontents. Restait à savoir si cette réintégration trop tardive dans les cadres suffirait à désarmer les pires ennemis du gouvernement, et s'ils n'allaient point profiter de leur réunion en bataillons d'officiers pour passer du côté de l'empereur à la première

1. La Fayette, J«?k., V,37G. Lamarque, Souv., 1,25. Vitrolles, Mém., II, 349. i borde, Quarante-huit heures de garde aux Tuileries, 9. Moniteur, 18 mars. urnal des Débats, 18 mars. Comte, Histoire de la Gardl Nationale, 428-430.

2. Correspondance générale, du 13 au 20 mars. (Arch. Guerre.)

rencontre et pour entraîner les hésitants de l'armée. Il est évident qu'un certain nombre d'officiers se rendirent à l'appel tout simplement pour retrouver un emploi et leur solde entière. Quelques-uns môme obéirent à leur royalisme ou à leur haine contre Napoléon. « Quoique perclus de blessures, écrivait de Tarbes le colonel Faure, je demande à reprendre du service et à combattre Bonaparte qui n'a pas su mourir en soldat. Mon fils, qui a dix-sept ans et qui est au collège, me suivra pour défendre le roi ! i » Mais presque tous les officiers à la demisolde se firent incorporer dans le dessein bien arrêté d'aider à la restauration de l'empereur. Loin d'être une force pour l'armée royale, ces bataillons d'officiers étaient un danger. Le duc de Berry, qui ne s'y trompait pas, fit rétrograder à Saint-Denis le bataillon envoyé aux avant-postes de Melun2.

Le roi ne trouvait de défenseurs ni dans l'armée toujours hostile, ni dans le peuple qui partageait les sentiments de l'armée, ni dans les classes bourgeoises qui, toutes royalistes qu'elles étaient soudain redevenues, se bornaient à témoigner leur dévouement par des vœux et des protestations. Onze cents municipalités envoyèrent des adresses au roi, mais dans ces mêmes communes, chacun se dérobait à prendre les armes. « Les gens aisés sont pour le roi, écrivait le 15 mars le colonel du 6e lanciers, mais nul ne veut payer de sa personne. J'ai voulu faire partir quelques hommes en état de servir ; les uns se disent trop jeunes, les autres trop vieux \ » Le préfet des Deux-

i. Colonel Faure à Clarke, Tarbes, 18 mars. (Arch. Guerre. ) 2. Belliard à Clarke, Melun, 17 mars. (Arch. Guerre.) Cf. Sur les officiers à la demi-solde pendant ces événements : duc d'Aumont à Clarke, Caen, iâ mars ; général d'IIenin au même, Chartres, 15 mars. (Arch. Guerre.) Commissaire de police de Varennes à Dandré, 10 mars. Correspondance des préfets, du 10 au 20 mars. (Arch. nat. F. 7, 3147, et Fia, 587.) i. Galbois à Clarke, Joigny, 15 mars. (Arch. Guerre.)

Sèvres et le préfet de la Haute-Garonne terminaient l'un et l'autre par ces mots leurs rapports du 18 mars: « Plus le danger s'accroît, plus le zèle diminue '. » C'était dans toute la France l'impression dominante.

Seule la Chambre ne perdait pas courage. Cette assemblée honnie au pavillon de Marsan, suspecte au pavillon de Flore, qui n'avait été convoquée qu'à contre-cœur et dont Blacas écrivait : « qu'elle ne resterait pas longtemps en session 2 », cette assemblée était devenue le plus ferme appui du trône. Et parmi les députés, c'étaient les constitutionnels et les libéraux, les anciens opposants, qui se montraient les plus dévoués, les plus résolus, les plus ardents3. A la vérité, le bourbonisme subit qui les animait n'était point absolument désintéressé. Ils travaillaient à la fois pour la cause royale et pour le triomphe de leurs principes politiques. Ils espéraient que dominé par les circonstances, et voulant provoquer un grand mouvement d'opinion, le roi renverrait le ministère pour le remplacer par un cabinet franchement constitutionnel. En même temps, de nouveaux députés nommés exceptionnellement par décret et choisis parmi les membres de l'ancienne assemblée constituante viendraient fortifier, à la Chambre, le parti libéral, et La Fayette serait appelé au commandement en chef des gardes nationales4. L'abbé de Montesquiou, tout disposé à céder le pouvoir dans ces circonstances critiques, se rallia aux projets des constitutionnels. Il les soumit au conseil, proposant

1. Correspondance des préfets, 18 mars. (Arch. nat. F. 7, 3740, et F. 7, 3774.)

Page 1