‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 150 sur 272 · D'Autichamp, Mèm. sur la Campagne de Vendée · texte numérisé non relu

D'Autichamp, Mèm. sur la Campagne de Vendée

seulement l'indiscipline et les violences des chouans, mais même la simple réorganisation d'une nouvelle armée catholique et royale. De là, le projet de Glarke de légions mixtes commandées par des officiers de la ligne et portant le nom de bataillons nationaux. Blacas l'avait dit à Vitrolles : « — Ce serait un*grand malheur si le roi n'avait d'appui que des chouans1. » L'attitude du ministère et les avances du roi au parti constitutionnel irritaient fort les royalistes. Ils encombraient les Tuileries, questionnant, s'indignant, déblatérant contre les ministres, contre le roi lui-même. Ils parlaient de pendre M. de Blacas, de pendre l'abbé de Montesquiou, « de pendre tout le monde ! » Les femmes déclaraient qu'elles ne recevraient plus dans leurs salons les jeunes gens qui ne se seraient pas engagés ; à quoi un sceptique répliqua : « — Et continueront-elles à les recevoir dans leur chambre à coucher? » Chateaubriand vit de belles dames se trouver mal de colère. Un autre témoin nous les montre frénétiques comme des bacchantes, tenant des propos de tricoteuses, parlant dans la galerie de Diane de fouetter la duchesse de Duras parce qu'elle n'avait point paru au château depuis vingt-quatre heures2. L'abattement alternait avec l'exaltation. Dès le 10 mars, beaucoup de royalistes avaient quitté Paris. Le passage continu des berlines et des chaises de poste sur la route de Rouen faisait penser à une nouvelle émigration. « Les royalistes, dit Benjamin Constant, affichaient le découragement et proclamaient l'épouvante. » Ils di-

1. D'Auticharap, 8, 9. Vitrolles, II, 305. Cf. 32i. — Barante, qui était alors préfet de Nantes, explique {Souvenirs, II, 112-113) que si le duc de Bourbon avait soulevé les chouans, aussitôt les villes et les bourgs se seraient déclarés contre le roi ; mais que, d'un autre côté, en se bornant à faire appel à tous les citoyens, il glaça le zele des anciens chefs vendéens.

2.N.au comte de Brosses, préfet de la Haute-Vienne, Paris, 15 mars.(Arch. Aff. étr.. 675 ) Chateaubriand, Mém VI, 377. Cahier d'un rhétoricien de 1815. 24.

saient que tout était perdu parce qu'on n'avait pas suivi leurs conseils1.

Ces conseils, c'était d'organiser la chouannerie dans toute la France8 ; c'était aussi de combattre Bonaparte et les bonapartistes avec les armes de Bonaparte et des jacobins : la dictature, la suspension de la liberté individuelle, les arrestations en masse, les cours martiales, la Terreur3. En nommant à la guerre et à la police deux anciennes créatures de l'empereur, Glarke et Bourrienne, Louis XVIII avait bien, dans une certaine mesure, accédé aux avis des royalistes. Mais il s'était arrêté là, et on l'accusait, maintenant qu'il avait les instruments, d'hésiter à s'en servir. D'ailleurs, Bourrienne n'était qu'un comparse. On aurait voulu un premier rôle comme Fouché. Qu'il eût voté la mort du roi. qu'il se fût montré à Lyon aussi sanguinaire que Carrier à Nantes, peu importait ; ce n'était plus le moment d'y regarder de si près !

L'attention des royalistes se fixait sur Fouché avec d'autant plus de raison que celui-ci, qui craignait d'être impliqué dans la conspiration militaire du Nord dont il avait été l'instigateur4, s'efforçait de détourner les soupçons en manifestant partout son attachement pour le roi et en proclamant qu'il répondait du succès si on l'appelait au ministère5. Son plan, qui consistait à faire nommer le duc d'Orléans lieutenant général du royaume et à confier

1. Benjamin Constant, Mém. sur les Cent Jours, 107-108. Cahier d'un rhétoricien de Î8f5, 6. Préfet de Rouen à Montesquiou, 12 mars. (Arch. naf.. F. 7, 3147.)

Page 1