LA SÉANCE ROYALE DU 16 MARS S
fond du cœur les sentiments et les principes qui animent le roi. » Puis se tournant vers l'assemblée : « — Nous jurons sur l'honneur de vivre et de mourir fidèles à notre roi et à la Charte constitutionnelle qui assure le bonheur des Français. » Le duc de Berry et le duc d'Orléans, et même le vieux prince de Gondé, l'ancien commandant des régiments d'émigrés, se levèrent à iei«r tour et dirent : Je le jure. Le roi tendit sa main au comte d'Artois qui la baisa, puis il lui ouvrit les bras. C'était la première fois que Monsieur daignait en public prononcer le mot : Charte ; mais à cette heure d'enthousiasme, on crut à la sincérité de sa conversion. Ces paroles, ces serments, l'accolade émouvante des deux frères provoquèrent de nouvelles acclamations qui ne s'arrêtèrent qu'après le départ du roi \
Le président Laîné, ayant repris le fauteuil, prononça un long discours, d'une éloquence un peu déclamatoire, rempli d'éloges pour le roi et de lieux communs contre l'usurpateur. Il termina par un appel à l'union et au patriotisme : « — Que les hommes de tous les partis, dit-il, oublient leurs ressentiments pour ne se souvenir que de leur qualité de Français. Nous réglerons nos différends après, mais aujourd'hui réunissons tous nos efforts contre l'ennemi commun2. » En décembre 1813, alors que l'Europe ameutée franchissait les Pyrénées, les Alpes et le Rhin, Laîné avait tenu un langage moins conciliant et moins patriotique5. Mais pour Laîné, l'ennemi ce n'était pas « l'habit rouge », le Cosaque, le Prussien. L'ennemi, c'était Napoléon.
l. Moniteur, 17 mars. Duc d'Orléans, 53. Vitrolles, II, 333. Chateaubriand, VI, 358.
~i. Moniteur, 17 mars.
3. Rapport de Laine du 28 décembre 1813 au nom de la commission du corps législatif.
L'appui des libéraux, dont le néo-royalisme s'était manifesté h la première nouvelle du débarquement de Napoléon, fortifia la cause de Louis XVIII en y ralliant toute la bourgeoisie. Mais ce n'était là qu'une force morale, un appui purement théorique. S'illusionnant sur les qualités d'action des classes moyennes, le roi crut à la toute puissance de leur concours et s'efforça de le conserver. L'emploi fréquent du mot : Charte dans ses ordonnances, la séance royale, le discours qu'il y prononça furent autant de gages donnés au parti libéral. Mais en même temps, dans la crainte d'inspirer des soupçons sur sa constitutionnalité, il se défendit de faire appel au dévouement plus actif, quoique sans doute non moins inefficace, des royalistes de tradition. C'est ainsi que le duc de Bourbon fut envoyé à Angers sans instructions précises et sans pouvoirs définis1, et que d'Autichamp ayant proposé le 14 mars de soulever l'Anjou et le Haut-Poitou, Clarke lui répondit : « Vous devez seulement former douze bataillons composés par moitié d'anciens royalistes et d'autres sujets du roi, et commandés par le plus d'officiers possible ayant servi dans les troupes de ligne. On maintiendra dans ces bataillons, qui prendront le nom de bataillons nationaux de Maine-et-Loire, la plus stricte discipline ; autrement, ils feraient plus de mal que de bien à la cause du roi ' . » Louis XVIII et ses ministres redoutaient l'effet que pourraient produire sur l'opinion non
1. Vilrolles, II, 326. D'Autichamp, Camp, de Vendée, 2,3. — Arrivé fe 14 mars à Angers, le duc de Bourbon ne reçut que le 18 ses pouvoirs de gouverneur général des provinces de l'Ouest.