Vitrolles, Mém., II, 336-338. Cf
3. Belliard à. Clarke, Villejuif, 17 mars. Etat des troupes sous les ordres du duc de Berry. (Arch. Guerre.) Cf. Moniteur, 16, 18, 19 mars.
D'après Macdonald (Souvenirs, 357-365) le duc de Berry était de retour à Paris le matin du 18 mars, et lui-même, Macdonald, ne se rendit à l'armée que le 19 mars. Les conseils de guerre se tenaient aux Tuileries.
et du mensonge. Ou les journaux faisaient le silence, ou ils donnaient de fausses nouvelles. Ils ne dirent rien de Ventrée à Grenoble. Sur la foi des gazettes, les Parisiens pouvaient croire Napoléon en fuite dans les gorges du Dauphiné, traqué par les gendarmes, pourchassé par les gardes nationales, et môme prisonnier, lorsqu'ils lurent dans le Moniteur au 11 mars qu'il était à Bourgoin, c'est-à-dire à une marche au delà de Grenoble. Le Moniteur ajoutait, il est vrai, que rien ne l'autorisait à penser que Grenoble eût ouvert ses portes à l'usurpateur. Le lendemain, le Journal des Débats annonça que Bonaparte s'était en effet avancé jusqu'à Bourgoin, mais que sa petite troupe y avait été taillée en pièces par le duc d'Orléans à la tête de vingt mille hommes. L'abandon de Lyon par le comte d'Artois fut représenté comme une manœuvre stratégique . « Le maréchal Macdonald , dit la Quotidienne du 19 mars, a pensé que malgré l'enthousiasme des Lyonnais, prêts à se défendre jusqu'à la dernière extrémité, il fallait se replier sur la route de Glermont avec les troupes qui sont restées inébranlablement fidèles. » Si Napoléon s'était arrêté trois jours à Lyon, c'est qu'il n'osait en sortir, de peur d'une rencontre avec les soldats du maréchal Ney, « impatients de combattre », et secondés par toutes les gardes nationales de Franche-Comté. Le Journal des Débats du 15 mars prêta ces paroles à Macdonald : « Aujourd'hui, nous vous répondons du roi, » et le 18 mars, la même feuille donna cette allocution de Glarke aux gardes du corps : « Depuis neuf jours vous ne dormez pas. Maintenant vous pouvez retirer vos bottes. Je dormirai cette nuit aussi tranquillement qu'il y a trois mois. » Or cette nuit-là, Napoléon la passait à Auxerre au milieu d'une armée, tandis que les journaux le représentaient comme aban-
donné par les deux tiers de ses soldats et poursuivi par les corps de Marchand et de Masséna qui, après avoir repris Grenoble et Lyon, avaient opéré leur jonction et marchaient contre la bande du Corse. Le plus joli, c'est qu'un entrefilet du Moniteur du 18 mars, qui annonçait le rétablissement de la tranquillité à Autun et à Dijon et la rentrée des troupes royales à Grenoble et à Lyon, commençait ainsi : « Le gouvernement ne veut rien exagérer ni rien taire. Il a mis au premier rang de ses devoirs de dire constamment la vérité l . »
Le langage rassurant des journaux n'imposa pas à l'opinion. On était renseigné par les courriers qui traversaient villes et villages en annonçant la marche victorieuse de Napoléon et par les lettres particulières qui, malgré la vigilance de la police, arrivaient du Lyonnais et de la Bourgogne. En Alsace, en Lorraine, en Champagne, on colporta dès le 16 mars les proclamations impériales et des journaux de Grenoble et de Lyon ; à Mézières, on les faisait passer dans des bottes d'asperges8. Jusqu'au fond de la Bretagne, si éloignée du théâtre des événements, on avait des nouvelles. A Saint-Brieuc, les esprits s'exaltaient ; à Rennes, on n'attendait qu'un signal pour se déclarer8. La petite ville de Tréguier allait arborer les trois couleurs douze heures avant Paris. Dans la nuit du 19 au 20 mars, quatre anciens marins, dont l'un s'appelait Philibert Renan, grimpèrent au clocher de la cathé-
1. Moniteur, Journal des Débats, Quotidienne, Journal général, Journal royal, Gazette de France, Journal de Paris, du 9 au 19 mars.
2. Durutte à Clarke, Metz, 15 mars. Hulot à Dumonceau, Saint-Mihiel, 15 mars. Dumonceau à Clarke, Mézières, 16 mars. Clarke au Directeur général des Postes, 17 mars. (Arch. Guerre.) Préfet des Ardenne* à Montesquiou, 16 mars (Arch. nat. F. 7, 3740). — Des asperges en plein Aïois de mars, cela parait extraordinaire, mais la lettre du préfet des Ardennes est là qui fait foi.
3. Générai Fabre à Clarke, Saint-Brieuc, 16 mars. Cnffarelli à Clarke Rennes, 17 mars, et à Davout, 24 mars (Arch. Guerre).
drale comme à un mât d'artimon et y attachèrent le drapeau national1.
A Paris, les assertions officielles étaient démenties par le retour du comte d'Artois, du duc d'Orléans, de Macdonald et par le départ furtif de la duchesse d'Orléans de la comtesse de Blacas, de la princesse de Talleyrand et de quantité de belles dames du faubourg Saint-Germain. On savait aussi que sur les conseils de Vitrolles, le gouvernement venait de faire passer à Londres, avec les diamants de la couronne, quatorze millions de traites. Les mécontents, non point les chefs, qui se sentant surveillés se tenaient cois, mais la foule anonyme, qui ne craignait rien parce qu'il n'y aurait pas eu assez de prisons pour renfermer, parlaient ouvertement des succès inouïs de l'empereur et de sa prochaine rentrée à Paris. La bourgeoisie était atterrée. La panique continuait de régner à la Bourse. La rente, qui de 78,75 était tombée à 71,25 à la nouvelle du débarquement de Napoléon, oscillait maintenant entre 68 et 66 francs. Toute confiance avait disparu. Au Palais-Royal et sur les boulevards, les cocardes blanches tombaient comme les feuilles en novembre. Les Vive le roi ! vociférés par des bandes de huit à douze jeunes gens, qui parcouraient du matin au soir les abords des Tuileries, ne trouvaient même plus d'écho dans la population abattue. On envoyait de l'argent en Angleterre ; on assiégeait le bureau des passeports et la poste aux chevaux. Le censeur du collège Henri IV invitait les élèves à ne plus crier : Vive le roi ! et, en homme de précaution, il faisait retirer des latrines le buste de Napoléon 2.