Ernest Renan, Souvenirs d'enfance
2. Notes et rapports de police, 15, 16, 17, 18 mars (Arch. nat. F. 7, 30621, F. 7, 3168). Vitrolles, Mém., II, 339-340. Duc d'Orléans, Mon Journal, 34. et Barrère, Mém., III, 207. La Fayette, Mém., V, 381. Fabry, Itinéraire de ffuonaparte, 127. Barry, Cahiers d'un rhétoricien de 18i6t 11-12.
Les officiers généraux eux-mêmes, qui avaient d'abord montré tant de confiance et de résolution, commençaient à s'alarmer. Le 13 mars, Oudinot écrivit à Glarke : « Je ne sais que penser de l'esprit des troupes... Demain les grenadiers se mettront en marche. J'espère qu'ils seront sages. » Le lendemain, ses doutes s'étant changés en certitudes, il se hâta de télégraphier : « Non seulement les troupes ne se battront pas, mais elles renforceront le corps de l'ennemi aussitôt qu'elles le pourront1. » Le 15, le général Ornano dit à la comtesse Dupont : « — Moi, je tiendrai mon serment au roi, mais il n'y aura pas un soldat qui ne jette son fusil devant Napoléon2. » Les chefs de corps de l'armée du Nord déclaraient au duc d'Orléans qu'ils ne pouvaient répondre de ce qui arriverait si leurs hommes se trouvaient en contact avec des troupes qui eussent déjà arboré la cocarde tricolore3. Suchet écrivait de Strasbourg: « Je suspends le départ des troupes dont l'esprit ne peut faire présager que la défection 4. »
De tous côtés les mêmes rapports arrivent au ministère de la guerre, car partout l'armée pense et parle de même. En entrant au Mans, les soldats et les officiers du 65e, y compris le colonel, portent des bouquets de violettes. Les lanciers du 1er régiment disent : « — On nous appelle à Paris pour le roi, mais nous y allons pour l'empereur. » Le colonel du 41e ne cache pas au préfet de Limoges qu'il a dans son porte-manteau l'aigle du régiment. Dans les cantonnements de Villejuif, les soldats se promettent