Samedi 18 mars: 68 fr. 10. Lundi 20 mars : 73 fr
mux, do financiers fameux et de grands industriels, cachant sous des witz-ehouras garnies de petit-gris ou sous des redingotes de gros-de-Naples fourrées d'hermine leurs épaules nues constellées de diamants et leurs. robes de cour paréos de violettes. On se retrouve, on se félicite ; avec une joie enfantine les femmes parcourent la salle des Maréchaux, la galerie de Diane, la salle du Trône, tous ces lieux de fêtes où a brillé leur beauté. Dans la salle du Trône, elles remarquent que les fleurs de lys du tapis sont seulement appliquées. On arrache une fleur ; une abeille apparaît. Ces femmes en grande toilette se mettent gaiement et fébrilement au travail. En moins d'une demiheure, le tapis redevient impérial. Il y a aux Tuileries le duc de Bassano, le duc de Plaisance, le duc de Gaëte, le duc de Rovigo, Lavallette, Thibaudeau, Decrès, Daru, Regnaud de Saint- Jean-d' Ange ly, le comte de Ségur, grand-maître des cérémonies ; il y a Davout, le maréchal Lefebvre, Exelmans, Dejean, le duc de Padoue, Durosnel et une foule d'officiers généraux ; il y a la reine Hortense et la reine Julie. Les mêmes huissiers que jadis se tiennent aux portes des appartements. Il semble à tout ce monde de l'empire qu'il s'éveille d'un mauvais rêve qui a duré un an l. Les heures passent, la nuit et le brouillard s'étendent sur Paris. A peine si du Carrousel les derniers curieux aperçoivent les fenêtres des Tuileries tout illuminées. De minute en minute, on attend l'empe-
1. Laborde, Quarante-huit heures de garde, 19. Lavallette, Afém., II, 160. RoYigo, Mém., VII. 379. Villemain Souvenirs, 47-48. Duc de Broglie, Souvenirs, I, 296. Cf. Napoléon, Œuvres de Sainte Hélène (Corresp., XXXI, 78). — 11 est possible, comme on l'a dit, que Davout ne soit venu aux Tuileries que quelques minutes après l'arrivée de l'empereur. Mais on n'a pas nié qu'il n'y soit venu de son propre mouvement et sans y être appelé par Napoléon comme le furent plusieurs personnages de l'empire, nommément Mollien, Boulay, Real, Mole. Quant à Caulaincourt et à Flahaut, s'ils n'étaient point aux Tuileries dans cette soirée du 30 mars, c'est qu'ils étaient allés au-devant de l'empereur sur la route de Villejuif.
reur. L'impatience se change en angoisse. Si la balle d'un fanatique ou d'un assassin soudoyé l'avait frappé dans son triomphe ! Enfin, vers neuf heures, un bruit lointain de chevaux et de clameurs s'élève du côté des quais, s'approche, grandit, devient formidable. Une voiture de poste débouche au grand trot par le guichet, entourée d'un millier de cavaliers de toute arme et de tout grade, chevauchanten désordre, brandissant leurs sabres et vociférant des Vive l'empereur! pareils à des rugissements. Les officiers à la demi-solde qui remplissent la cour, les généraux qui stationnent sur le perron mettent l'épée à la main et se précipitent. Leur foule est si dense, leur élan si impétueux que les cavaliers reculent et que les postillons s'arrêtent à dix mètres du pavillon de Flore. On ouvre la portière. Napoléon enlevé, arraché de sa voiture, est porté de bras en bras jusque dans le vestibule où d'autres bras le soulèvent et l'entraînent sur les marches de l'escalier. Un délire furieux possède ces hommes. Ils ont pour leur idole des caresses de tigres, jalouses et brutales. Pris entre le flot qui le pousse et la cohue qui de l'étage supérieur s'élance à sa rencontre, Napoléon est dans le même danger qu'à son entrée à Greuoble, avec cette aggravation que l'espace est plus resserré : « — Au nom de Dieu ! crie Caulaincourt à Lavallette, placez-vous devant lui. » Lavallette s'arrête, se retourne, se roidit contre l'avalanche et monte à reculons, précédant l'empereur à une marche de distance et répétant sans cesse : « — C'est vous ! C'est vous ! C'est vous ! » Lui semble ne rien voir ni ne rien entendre. Il se laisse porter, les bras en avant, les yeux fermés, un sourire fixe aux lèvres, comme en état de somnambulisme1.
1. Laborde, Quarante-huit heures de garde, 20-22. Lavallette, Mém., II, 161- 162 Rovigo, Mém., VII, 379-380. Cf. Fleury de Chaboulon, Mém., I, 256-257.
On amène l'empereur dans son cabinet dont on referme les portes sur la foule. Peu à peu, ce grand tumulte s'apaise, le silence se fait. Les cavaliers attachent les chevaux aux grilles du Carrousel et se couchent par terre enveloppés dans leurs manteaux. La cour des Tuileries a l'aspect d'un bivouac dans une ville prise d'assaut1.
Les royalistes ne pouvant ni surtout ne voulant pas admettre que la seule vue du drapeau tricolore et de la redingote grise eût entraîné la France, et d'ailleurs abusés par le complot ourdi à Paris, prétendirent qu'il existait une entente entre les conspirateurs et Napoléon. Depuis plusieurs mois, assurèrent-ils, tout était préparé pour le débarquement de l'usurpateur, ses agents parcouraient la France, les émissaires des comités affluaient à l'île d'Elbe. Thibaudeau alla à Porto-Ferrajo, le général Bertrand vint plusieurs fois à Paris, trente millions furent dépensés pour soudoyer les troupes. Soult, Ney, Marchand, Masséna, La Bédoyère, tous les chefs de corps des 8e, 7e et 6e divisions militaires étaient dans le secret2.
L'instruction et les débats des nombreux procès
1. Laborde, Quarante-huit heures de garde, 21. Lavallette, Mèm., II, 161
2. Cf, .ournal universel (deGand), n° 1. Histoire du cabinet des Tuileries et de la conspiration gui a ramené Bonapar te, in-8°, 1816. Miss Héléna Williams, Relation des événements gui se sont passés en France, in-8°, 1816. Goyer-Duplessis, Réflexions sur l'arrivée de Buonaparte à Paris, in-8°, 1816. Durdent, Cent dix jours durègne de Louis XVI11, in-8°,1815. Beaucham\>,Campagne de 1815, 1,54-67.
Trois mois de Napoléon, in-8», 1815. Bulletin de Paris ou Relation hislorigue des événements, in 8°, 1815. Fabry, Itinéraire de Buonaparte de Vile d'Elbe à Sainte- Hélène, in-8*, 1815, etc., etc., etc.
Pour prouver la conspiration établie entre l'ile d'Elbe et Paris, on alla jusqu'à fabriquer de fausses lettres. Voir Rovigo, Mém., VIII, 303, 321-321.