‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 174 sur 272 · GOUYION-SAINT-CYR À ORLÉANS · texte numérisé non relu

GOUYION-SAINT-CYR À ORLÉANS

la demeure du général, qui est réveillé par ce commandement inquiétant : « Voltigeurs, chargez vos armes. Il ne nous échappera pas, le royaliste. » Curto tente de haranguer les soldats qui l'interrompent par des clameurs furieuses ; puis le capitaine lui signifie qu'il a l'ordre des officiers de la garnison de le faire pendre ou jeter dans la Moselle pour avoir dit « qu'il tuerait desa mainle grand empereur ». Ce capitaine, qui était ivre, finit par se calmer et proposa à Curto de le conduire hors de la ville. Celui-ci ne se fit pas prier, mais au passage du pont-levis, il eut encore à subir les violences des soldats qui voulaient le forcer à se mettre à genoux pour crier : Vive l'empereur i ! Le maréchal Gouvion-Saint-Cyr courut les mômes périls. Nommé le 19 mars au commandement de la 22e division militaire en remplacement de Dupont, il était arrivé le 21 à Orléans, où Pajol avait déjà fait prendre la cocarde tricolore *. Gouvion commença par mettre Pajol et plusieurs officiers aux arrêts de rigueur, puis en ayant ainsi imposé à la troupe, il la força de reprendre la cocarde blanche. Le préfet du Loiret, Alexandre de Talleyrand, et le maire le secondèrent dans cette tentative de résistance. Ils mirent à sa disposition la caisse du payeur général, arrêtèrent les nouvelles de Paris, firent répandre le bruit que Napoléon venait d'être assassiné aux Tuileries. Ils avaient aussi promis au maréchal l'appui delà garde nationale, mais les gardes et leurs officiers déclarèrent formellement qu'ils ne voulaient

i. aournai au général Curto (Arch. Guerre, Corresp. gêner, a la date du 23 mars). — Arrêté le 29 mars, Curto fut envoyé en surveillance à Metz, d'où il s'évada plus tard, prévenu que les fédérés voulaient le tuer comme royaliste.

2. Ordre de Clarke, 19 mars. Rapport de l'aide de camp de Pajol à Da- Tout, Paris, 23 mars. — Dès le 17 mars un régiment avait pris spontanément la cocarde tricolore (1815, 1.348). Pajol la fit prendre le 20 aux autres troupes rassemblées à Orléans.

pas prendre parti pour les Bourbons. Le 22 mars, Gouvion reçut une lettre de Davout lui ordonnant de proclamer l'empereur. Il mit la lettre dans sa poche et fit arrêter l'aide de camp qui l'avait apportée. Cependant les troupes frémissaient d'impatience et de colère. La nuit du 23 au 24 mars, on prit les armes dans les casernes en proférant des menaces contre Gouvion. Quant à Dupont, qui s'était concilié les soldats en leur laissant reprendre leur vieille cocarde, ils voulaient seulement le prier de les conduire à l'empereur, et, s'il s'y refusait, l'emmener de force, attaché sur son cheval . Dupont et Gouvion s'empressèrent de quitter Orléans. Le maréchal, qui s'était échappé déguisé en meunier, fut poursuivi par ses soldats'1.

Ces résistances isolées, dues seulement aux généraux et aux préfets et en opposition avec le sentiment public, n'étaient ni inquiétantes ni durables. La prise d'armes que tentèrent en Vendée le duc de Bourbon et quelques chefs royalistes aurait pu être au contraire un extrême embarras sinon un grave péril. Mais le mouvement avorta presque aussitôt qu'il fut projeté. Envoyé à Angers le 13 mars, comme gouverneur général des divisions militaires de l'Ouest, le duc de Bourbon ne s'était occupé jusqu'au 21 que du recrutement de bataillons de volontaires royaux qui devaient être dirigés sur Orléans pour renforcer le corps d'armée de Dupont. Le prince et le comte d'Autichamp , qui commandait la subdivision de Maine-et-Loire, songeaient bien à provoquer un soulèvement général, mais ils étaient paralysés par

1. Davout à Carnot, à Gouvion, à Bouet, à Pajol, II, 22, 23 et 25 mars. Rapports à Davout de Tirion, de Maisonneuve, de Morieu, de Bouet, de Saunier et de Bernard, 23, 24, 25 et 26 mars. (A-rch. Guerre.) Cf. Relation de la générale Dupont (citée par Nettement, Souvenirs de la lies* tauration, 87-88).

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