Caffarelli à Davout, Rennes, 24 mars (Arch. Guerre
2. Proclamations d'Augereau, Valence, 16 avril 1814, et Caen, 22 mars 1815. CArch. Guerre.)
OUDINOT A METZ 38t
dres de l'empereur et des ordres du duc d'Angoulême mais qu'il n'obéira qu'aux premiers. D'autres, comme le préfet de la Seine-Inférieure, écrivent à Paris pour témoigner leur dévouement à l'empereur et lui faire part de la satisfaction de leurs administrés, « surtout dans les campagnes où l'on craignait le rétablissement des biens féodaux»1. Le peuple, en effet, célèbre joyeusement la chute des Bourbons. Dans la Nièvre, dans l'Allier, dans le Haut-Rhin, dans l'Aisne , dans la Marne , dans l'Aube , dans l'Yonne , il y a des danses, des illuminations, des feux d'artifice. A Saint-Brieuc, on plante des arbres de la liberté. A Montmédy, on porte processionnellement les bustes de Napoléon et de Marâ-Louise. Au théâtre de Nancy, on déclame les strophes de Madame Azaïs :
La souche de sa dynastie C'est l'arbre de la liberté !
Dans les rues de Rennes illuminées, on promène le drapeau tricolore en chantant la Marseillaise. De ClermontàBrioude, des feux sont allumés sur les mon^ tagnes 8.
Dans plusieurs villes, la résistance des chefs de l'armée aux ordres venus de Paris provoqua des séditions. A Ghâlons, le corps de Victor abandonna ce maréchal qui s'enfuit en Belgique 3. A Metz, malgré les ordres de Davout, Oudinot s'opposa à la procla-
1. Extraits de la Corresp. des préfets, du 22 au 30 mars (Arch. Nat. F. 7, 3044»,F. 7, 3i47,et P. 7, 3774). Malouet à Davout, Laon, 21 mars (Arch. Guerre).
2. Extraits de la Corresp. des préfets du 23 au 3t mars (Arch. Nat. F. 7, 3747, F. 7, 3740. et F. 7, 3774). Général Laurent à Dumonceau, Montmédy, 24 mars. Gamot à Davout, Auxerre, 23 mars. Dosnon à Davout, Epernay, 23 mars. Caffarelli à Davout, Rennes, 24 mars (Arch. Guerre). Azaïs, Napoléon et la France, 2e appendice, 3-4.
3. Cf. Rigau à Davout, Châlons, 22 mars. Dosnon à Davout, 23 mars (Arch. Guerre). Déposition de Victor et rapport de Viotti (Procès de Rigem, 8, 18). — Le 5e hussards, le 12e chasseurs et le 12« de ligne quittèrent Châlons le 20 mars ; le 11e chasseurs les suivit m 21. Ce fut le 21 dans la goiree que Victor partit.
mation de l'empire. De concert avec le préfet, M. de Vaublanc, il arrêta les journaux et les lettres, fit publier à son de cloche la Déclaration des puissances, consigna les casernes, interdit le port de la cocarde tricolore sous peine d'emprisonnement. Le 23 mars, le bruit courut que le duc de Berry était caché chez le préfet qui voulait livrer la place aux Prussiens. La garde nationale et le peuple se portèrent en désordre devant l'Hôtel de Ville, criant: A bas Oudinot ! La tête du préfet ! A mort les traîtres ! Le général Durutte apaisa l'émeute en déclarant que toutes les mesures de défense étaient prises et qu'il répondait delà place. Le lendemain. Oudinot averti qu'une nouvelle sédition, à laquelle allaient se mêler les troupes, était au moment d'éclater, se résigna à céder. Le drapeau tricolore fut arboré sur tous les édifices au bruit des salves d'artillerie1. Vaublanc resta en fonctions jusqu'à sa destitution ; Oudinot se retira à Bar d'où il s'empressa d'écrire à Suchet et au colonel Jacqueminot pour les supplier de le faire rentrer en grâce auprès de l'empereur2.
A Thionville, ce même jour, 24 mars, la garnison se révolta contre le général Curto qui avait excité ses colères en disant dans une proclamation : « Si Buonaparte se trouvait en face de moi, je le percerais de mon épée. » Dans la soirée, les soldats parcourent les rues aux cris de : Vive l'empereur ! A mort le royaliste ! A une heure du matin, deux compagnies d'infanterie se forment en bataille devant
1. Oudinot à Davout, Metz, 23 mars. Vaublanc à Carnot, Metz, 16 mars Arch. Nat. AF. IV, 1939, et F. 7, 3774). Major Raus à Davout, 27 mars (Arch. Guerre). Rapport de Davout à Napoléon, 3 avril. (Arch. Guerre. Carton de la corresp. de Napoléon.)
2. Oudinot à Suchet et à Jacqueminot, Bar, 28 mars. (Arch. Nat. AF. IV, (1739.)