‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 204 sur 272 · Talleyrand à Louis XVIII, 17 mai (Corresp · texte numérisé non relu

Talleyrand à Louis XVIII, 17 mai (Corresp

2. Cf. la Note de Gagern, 13 avril (D'Angebert, 1073-1074), les journaux allemands, notamment le Mercure du Rhin, de mars à juin, et les Mémorandums de Humboldt, de Metternich et de Hardenberg, août (Arch. Aff. étr., 672).

3. Sur la proposition de Talleyrand, on avait inséré dans le traité du 25 mars l'article suivant: « Le roi de France sera invité à donner son adhésion au traité et à faire connaître quels secours les circonstances lui permettront d'apporter à l'objet du présent traité. » Le 25 mars, on croyait encore à Vienne que Louis XVIII n'avait pas quitté Paris, ou du moins qu'il s'était retiré dans quelque place forte avec un noyau de troupes fidèles. On le considérait encore comme roi de facto. Mais le 28 mars, quand les plénipotentiaires reçurent une note de Talleyrand portant «qu'il se trouvait suffisamment autorisé par la teneur de ses instructions à adhérer au nom de S. M. T. C à chacune des stipulations du traité », la situation de Louis XVIII avait changé et les idées des Alliés s'étaient modifiées «n conséquence. Louis XVI II n'étant plus roi que de jure, il ne pouvait remplir les conditions du traité, c'est-à-dire coopérer avec son armée aux opérations militaires En outre, les puissances comprenaient qu'elles allaient avoir à faire de grands efforts, et elles pensaient déjà à s'en dédommager, les unes par des contributions de guerre, les autres par quelque accroissement territorial. La note de Talleyrand fut donc simplement annexée au protocole de la séance du 28 mars, et ce fut tout.

Il y eut en quelque sorte accession officieuse mais non accession officielle. Il n'y eut rien d'analogue aux traités d'alliance avec le Portugal (8 avril) qui s'engageait à fournir 30,000 hommes ; avec la Sardaigne (9 avril)

aussi les plénipotentiaires avaient glissé dans la Déclaration du 12 mai cette phrase grosse de menaces: « Il ne s'agit plus aujourd'hui de maintenir le traité de Paris, il s'agirait de le refaire. Les puissances se trouvent rétablies envers la France dans la position où elles étaient le 31 mars 1814. » Cette Déclaration par laquelle le congrès, tout en protestant de son respect pour le traité de Paris, marquait son droit de le reviser, Talleyrand eut l'étourderie ou la faiblesse d'y apposer sa signature1.

Malgré les lettres optimistes de Talleyrand, les bonnes paroles de Wellington, les assurances officielles de Pozzo, de Vincent et de sir Charles Stuart, Louis XVIII avait des heures d'inquiétude . L'exclusion de ses commissaires, les déclarations de l'Angleterre et des autres puissances qu'elles ne poursuivraient

qui s'engageait à fournir 15,000 hommes ; avec la Bavière (15 avril) qui s'engageait à fournir 60,000 hommes; avec les Pays-Bas (25 avril) qui s'engageaient à fournir 50,000 hommes, etc., etc.

Voir sur cette question la Note sur l'accession au traité du 25 mars, s. d., la Note de d'Hauterive, il mars 1816 (Arçh. Aff. étr., 672 et 648) et le discours de lord Liverpool à la chambre des Lords, 20 février 1816. (Parliamentary debates, XXXII, 634-663.)

T. Protocole de la séance du 12 mai (D'Angebert, 1181-1188). — Cette Déclaration ou plutôt ce rapport, rédigé par Gentz et approuvé par les plénipotentiaires dans une séance dont le procès-verbal fut rendu public, était destiné à répondre au rapport du 2 avril des présidents de section du Conseil d'Etat impérial, publié dans les journaux français des 13 et 14 avril.

Le rapport-manifeste du Conseil d'Etat, rédigé parRegnand sous la dictée de Napoléon, exposait ceci : 1° le fond et la forme de la Déclaration du 13 mars prouvent que cette pièce a été fabriquée par les ministres de Louis XVIII ; 2° le traité de Fontainebleau ayant été violé par les Bourbons et par les puissances alliées, Napoléon était en droit de le considérer comme rompu ; 3- l'empereur a quitté l'île d'Elbe pour délivrer la France d'un gouvernement qui s'était rendu odieux ; 4° l'empereur et la France veulent la paix et l'exécution du traité de Paris ; 5° il n'y a donc rien de change dans les rapports internationaux, et les puissances n'ont aucun droii d'assigneràla France un autre gouvernement que celui qu'elle a librement choisi.

La réponse de Gentz concluait ainsi : 1° la déclaration du 13 mars a été dictée aux puissances par des motifs de justice ; 2e ces motifs subsistent dans toute leur force ; 3° l'offre de Napoléon de ratifier le traité de Paris ne sauraitdonc, sous aucun rapport, changer les dispositions des puissances.

pas la guerre pour imposer une dynastie à la France, les projets de démembrement exposés dans les proclamations haineuses de Justus Grimer et dans les philippiques de Stein et dé Goërres *, l'appréhension de manquer quelque jour d'argent (il avait pu emporter de Paris tout au plus cinq millions 2), les velléités du czar de mettre le duc d'Orléans sur le trône 3, la conduite de ce prince qui, nonobstant les sollicitations et même les ordres de son souverain, s'obstinait à rester en Angleterre, loin du commerce compromettant des émigrés de Gand4, tout cela ne laissait pas de troubler Louis XVIil. « Le roi, écrivait le 23 mai Pozzo à Nesselrode, est dans ce moment très alarmé sur son sort. » « Ils sont si tourmentés à la cour de Gand, écrivait-il encore le 4 juin, que j'ai besoin de les soutenir contre mille alarmes5. »

1. Jaucourtdans des lettres à Talleyrand (18 avril) et à Goltz (8 mai) se plaint du langage furieux des Prussiens (Arch. Aff. étr., 646, 647).

2. Les quatorze millions de traites, que sur le conseil de Vitrolles on avait fait passer à Londres dès le 14 mars, furent protestées en Angleterre par le gouvernement impérial. Louis XVIII n'avait donc à Gand que cinq millions ou quatre millions et demi en or et en argent qui avaient été chargés sur des fourgons au départ des Tuileries. Il est vrai que le roi possédait, comme suprême ressource, les diamants de la couronne, évalués à douze millions. Note, Gand, 5 mai. (Arch. Aff. étr., 680.) Pozzo, à Nesselrode, Bruxelles, 17 avril. (Corresp., 92.) Cf. Vitrolles, II, 339-340.

Avec ces quatre millions et demi, il fallait suffire à l'entretien de la Maison du roi et de la petite armée d'Alost, au traitement des agents diplomatiques et consulaires. Jaucourt,d'ailleurs, écrivit a*ix premiers qu'on ne pouvait accorder que 12,000 fr. par ambassadeur, et aux seconds : « Je ne puis envoyer d'argent. Que ceux qui n'ont pas de ressources quittent leur poste; que ceux qui en ont y restent. Ils seront payés et récompensés plus tard. » (Jaucourt au M" deRonay, 2 mai.) Circulaire aux consuls, 22 mai (Arch. Aff. etr., 64G, 647).

3.Voirl815, 1, 448. — Talleyrand informé par ClancartyetparMetternich des projets du czar en avait instruit Louis XVIII (Corresp., 397-414), non point qu'il fût véritablement inquiet des dispositions de la Russie, mais afin de démontrer au roi qu'il y avait nécessité pour lui d'affirmer des principes constitutionnels.

4. Correspondance du duc d'Orléans avec Louis XVIII, Blacas, Lally- Tollendal, Wellington et Stuart. (Duc d'Orléans, Mon Journal, 116, sq. Wellington à Castlereagh, Bruxelles, 11 avril (Dispatchs, Supplément, X, 60-61). Jaucourt à Talleyrand, 6 et 26 mai. (Arch. Aff. étr., 646.)

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