‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 211 sur 272 · L'EMPIRE LIBÉRAL · texte numérisé non relu

L'EMPIRE LIBÉRAL

ralisme, on ne lui en savait aucun gré et les défiances et les suspicions persistaient1. Avant qu'il eût promulgué la nouvelle constitution, c'est-à-dire quand il régnait encore sous l'empire de la constitution de l'an VIII et des sénatus-consultes de l'an X et de Tan XII, on entravait ses volontés, on discutait ses ordres, on éludait ses instructions. Par une métamorphose inattendue, les régicides de la Convention et les séides de l'empire étaient devenus des casuistes de légalité. Garnot qui avait signé, sans môme perdre son temps à les lire, tant de listes d'envois au Tribunal révolutionnaire, prenait la peine d'écrire à l'empereur pour lui représenter que le général Morand, chargé d'une mission extraordinaire avec pleins pouvoirs, « avait empiété sur l'ordre civil » en faisant arrêter comme fauteur de troubles le sous-préfet d'Argentan *. Fouché, qui en 93 avait institué à Lyon le comité des sept juges parce que les tribunaux révolutionnaires « embarrassés dans les formes » ne faisaient point assez prompte justice, recommandait dans une circulaire aux préfets « d'abandonner les errements de la police d'attaque et de se renfermer dans les limites d'une police libérale » Il s'abstenait de faire arrêter les suspects que l'empereur lui désignait ; il donnait des permis de séjour ou des sauf-conduits à tous les agents royalistes qui lui faisaient la faveur d'en demander. Il écrivait à Benjamin Constant : « Les mesures violentes, loin de vaincre les résistances, en font naître de nouvelles et leur donnent plus de force . » En pleine insurrection vendéenne , il infligea un blâme au lieutenant de police de Nantes

1. Benjamin Constant. Mèm , 11,18 La Fayette, Mém., V, 401, 415. Mme de Staël, Considérât, iur la Révolut., 111, 141 Villemain, Souvenirs, U, 177-178.

2. Carnot, Corresp. pendant les Cent Jours, 55-57. Cf. 82-84.

pour son ordonnance mettant sous le séquestre les biens des nobles dont l'absence ne serait pas justifiée1. Regnaud et Bassano, qui avaient eu dans l'impeccabilité de Napoléon la foi du charbonnier, qui l'avaient adoré et servi comme un dieu, s'opposaient à ses moindres velléités d'arbitraire2. Le procureur général Legoux évitait de poursuivre les délits de presse3. Le 23 mai, le conseil d'Etat refusa de donner son adhésion au décret rappelant les conscrits de 1815, sous prétexte qu'aux termes de la nouvelle constitution — qui n'était pas encore votée — les levées appartenaient au pouvoir législatif 4 . L'empereur avait nommé vingt-deux commissaires extraordinaires mais il aurait pu appliquer à tous, ou à presque tous, son mot sur l'un d'entre eux : « La présence de Pontécoulant à Toulouse n'a fait qu'augmenter le mal 5. » Rœderer maintenait comme maire de Marseille un royaliste déclaré. Costaz faisait mettre en liberté des conspirateurs arrêtés par Vandamme. Boissy d'Anglas laissait tout dans l'état à Bordeaux. « — Si Napoléon est vainqueur, disait-il, tout ira bien sans prendre de mesures, et s'il est vaincu tout ce que l'on aura pu faire ne servira à rien6. »

i. Circulaire du duc d'Otrante, 3i mars. Napoléon à Fouché, 27 mars, 14, Î9, 30 avril, 3, 5, 15, 16, 24 mai. (Arch. nat. AF. IV, 907, et AF. IV, 60.) Napoléon, Corresp , 21902, 21921, 21923. Rësigny à Napoléon, Angouléme, 2 juin (Portefeuille de Bonaparte, 110-111). Benjamin Constant, Mém., II, 90-91. Cf. Mém. de Fouché, II, 325-327.

Un correspondant de Wellington lui écrivait très justement de Paris, le 8 avril : « L'empereur n'est qu'un instrument des jacobins, mais ce ne sont plus les jacobins de 93. Ils sont plus libéraux que révolutionnaires (Supplément à la Corresp. de Wellington,^., 101).

2. Benjamin Constant, Lettres, II, 98. Fleury de Chaboulon, Mém., I, 322- 323. Ernouf, Maret, duc de Basso.no, 645-651.

Page 1