‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 212 sur 272 · Napoléon à Fouché, 20 mai. (Arch. nat. AF. IV · texte numérisé non relu

Napoléon à Fouché, 20 mai. (Arch. nat. AF. IV

à. Vandamme à Davout, Mézières, 30 avril. (Arch. Guerre, armée du nord.) Rapports de Lannoy et de Résigny à l'empereur, Marseille, 8 juin, et

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Les décrets de Lyon et le décret du 25 mars concernant les ex-ministres et les militaires de la Maison du roi furent amendés dans un sens moins rigoureux. Leurs dispositions, en ce qu'elles avaient d'abusif et de vexatoire, restèrent lettre morte à Paris et dans la plus grande partie de la France. Les biens nationaux restitués depuis le 1er avril 1814 ne furent mis sous séquestre que dans un petit nombre de provinces, et ceux qui appliquèrent cette mesure comme ceux qui eurent à la subir y virent seulement une formalité temporaire. Aux émigrés rentrés sous Louis XVIII, il suffit d'un simple acte de soumission pour être autorisés à demeurer en France. Au lieu d'annuler les nominations faites dans la Légion d'honneur, on institua une commission pour les reviser. Les exgardes du corps et officiers de la Maison militaire furent en général dispensés du serment qui leur était prescrit ; tous ceux qui demandèrent à servir furent replacés dans la cavalerie avec le grade qu'ils avaient antérieurement au 11 avril 1814. Ferrand resta fort tranquillement dans sa terre de l'Orléanais. Dandré, l'ancien directeur de la police, Laîné, qui dans une protestation datée de Bordeaux, 28 mars, avait, en qualité de président de la Chambre des députés et au nom de la nation française, dispensé tout propriétaire de payer des contributions aux agents de Buonaparte et tout individu de satisfaire au recrutement, ne furent pas inquiétés. S'ils émigrèrent dans le cou- Bordeaux, 7 juin. (Portefeuille de Buonaparle, 88-89 et 32.) —Nous dirons ici, une fois pour toutes, que la majeure partie des pièces du Portefeuille de Buonaparle (ouvrage mentionné comme apocryphe dans le catalogue do la Bibliothèque nationale) sont parfaitement authentiques. Plusieurs ont été reproduites dans la Correspondance de Napoléon, d'autres se trouvent aux Archives nationales (AF. IV, 908 et 1935 et aux Archives de la Guerre). Enfin l'empereur qui vit cette publication à Sainte-Hélène reconnut nombre de pièces renfermées dans le portefeuille qui avait été perdu sur le champ de bataille de Waterloo. (Las Cases, III, 93.)

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rant d'avril, ce fut de leur plein gré1. Malgré les conseils et les instructions de Davout, qui seul dans le gouvernement voulait la répression 2, aucune poursuite ne fut commencée contre les instigateurs de l'insurrection vendéenne. Les préfets et les officiers généraux qui avaient fomenté et mené la guerre civile dans le Midi en furent quittes pour la destitution. Le comte Boulay écrivait à Davout : « L'intention bien prononcée de l'empereur est d'empêcher toute réaction politique3 ».

Dans la soirée du 22 mars, Napoléon, justement irrité de la Déclaration des puissances où on le traitait en galérien évadé, dicta un décret exceptant de l'amnistie et déférant aux tribunaux, comme coupables de connivence avec l'ennemi en 1814, Talleyrand, Marmont, Lynch, Vitrolles, LaRochejaquelein, Alexis de Noailles, Sosthène de La Rochefoucauld, Bourrienne, Bellart, Beurnonville, Jaucourt, Dalberg et Montesquiou. Cette mesure n'était dans l'idée de l'empereur qu'un arrêt comminatoire destiné à imposer

l Observations des présidents de section du conseil d'Etat, 25 mars. Entrait de la corresp. des préfets et des rapports de police, du 24 mars au 5 avril (Arch. nat. AF. IV, 1934, F. 7, 3044», F. 3147, F. 7, 3774). Délibération du conseil de préfecture du Morbihan, 30 mars. (Arch. Guerre.) Napoléon, Corresp., 21791, et L'ile d'Elbe et les Cent Jours {Corresp., XXXI, 105). Benjamin Constant, Mém., II, 90-91. F. de Chaboulon, I, 297-298. Davout, Corresp., 1547-1553. Circulaire de Davout, 26 mai (Arch. Guerre). Mém. de Fouché, II, 326-327. Thibar leau. X. 268-270.

2. Davout, Corresp., 150, 1520, 1524, 1537, 1546, 1548, 1581, etc.: A Napoléon, 27 mars : « Le colonel Noireau fera arrêter les nobles. » A Gilly, 30 mars: « Je vous autorise à nommer des commissions militaires. » A Grouchy, 3 avril. « La retraite des insurgés sera coupée. 11 sera fait une bonne justice des chefs. » A Morand, 5 avril : « Qu'on arrête tous les chefs vendéens. » A Solignac, 6 avril : « Prendre des mesures pour empêcher les chefs des soulèvements de se sauver. » A Grouchy, 13 avril : « 11 faut mettre en jugement les officiers du 10e de ligne. » A Napoléon, 7 avril: «J'ai i^nné l'ordre à Suchet de faire fusiller le colonel d'Ambrugeac et les autres traîtres, s'ils sont coupables de la trahison du pont. » (Arch. nat. AF. IV, 1939.)

3. Boulay à Davout, 44 avril (Arch. Guerre). — Cf. Thibaudeau, X, 268 : « Il n'y eut ni réaction, ni justice. Menacé par une effroyable tempête, le gouvernement manoeuvra comme dans un temps calme. •

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aux séditieux. Aucun ordre ne fut donné par lui pour arrêter ceux des treize proscrits qui se trouvaient encore en France1. L'empereur, voulant rattacher ce décret à ceux qu'il avait rendus à Lyon, l'antidata de Lyon, 12 mars, et demanda à Bertrand de le contresigner comme les précédents. Le grand-maréchal s'y refusa nettement ; il déclara qu'il ne pouvait s'associer à un acte arbitraire. L'empereur s'adressa alors au duc de Bassano qui, après lui avoir fait les mêmes objections et opposé le même refus, n'obéit qu'à un ordre formel. Encore ce décret parut-il au Bulletin des Lois avec cette formule inusitée : « Par l'Empereur, pour expédition conforme. » Devant l'opposition de ses plus dévoués serviteurs, Napoléon avait hésité, au reste, à publier le décret qui, rédigé le 22 mars, ne fut rendu public que le 6 avril8. Il y eut une clameur chez les libéraux, des murmures jusque dans les Tuileries. La Bédoyère dit assez haut pour être entendu de l'empereur : « — Si le régime des proscriptions recommence, tout sera bientôt fini3. » La Bédoyère se rappela-t-il ces paroles quand, quatre mois plus tard, il tomba sous les balles du peloton d'exécution? Les proscriptions avaient profité à la Révolution et le gouvernement de Louis XVIII n'allait pas hésiter à s'en servir.

1. Vilrolles seul fut incarcéré, mais pour son rôle à Toulouse, et quoiqu'il se glorifie emphatiquement d'avoir risqué de subir le sort du duc d'Enghien (Mém., III, 5-2) il ne semble pas que l'empereur ait jamais songé sérieusement à le faire traduire devant une commission militaire. Vitrolles le reconnut d'ailleurs (III, 23). Cf. Pozzo, Corresp., 101-103. Napoléon, Œuvres de Sainte-Hélène (Corresp. XXXI, 105). Benjamin Constant, Mém., II, 37-38, et Mém. sur Carnot, II, 454.

2. F.deCbaboulon, Mém.A, 388-392. Note de Montholon (citée par firnouf, Maret 685-G46). Bulletin des Lois, 6 avril. Cf. Napoléon (Notes sur l'ouvrage de Chaboulon, Mém., II, 299, 342) qui à travers ses contradictions et ses dé.n*' gâtions laisse percer la vérité.

3 Villemain, Souv., II, 172, Guizot, Mém. I, 75.

L'administration était inerte ou hostile. Le roi avait conservé la moitié des préfets et des sous-préfets de l'empire ' ; mais leur zèle pour Napoléon, qui avait faibli dès 1813, ne s'était pas ranimé au retour de l'île d'Elbe. Quant aux fonctionnaires nommés par Louis XVIII, quelques-uns seulement remirent leur démission après le 20 mars ; les autres, quoique restant à leur poste, étaient plus disposés à trahir qu'à bien servir le gouvernement usurpateur. Dans toutes les provinces s'élevaient contre eux les plaintes et les accusations. Les généraux employés dans les différentes divisions militaires réclamèrent le remplacement immédiat de tous les préfets et sous-préfets -. Et ce n'était pas4à un complot des traîneurs de sabre contre l'autorité civile, puisque de simples particuliers firent parvenir aux Tuileries et au ministère de l'intérieur les mêmes avis et les mêmes doléances. « Les administrations civiles sont gangrenées, lit-on dans une lettre de Bonanay à Carnot. Tous les mérites de l'empereur, l'enthousiasme des citoyens, son retour glorieux dans la capitale après un trajet rapide de deux-cent-vingt lieues où il a été suivi par les acclamations de la multitude, rien ne fera si l'on ne change les préfets, les secrétaires généraux, les sous-préfets, les maires, les adjoints, les commis, les employés de toute sorte 3. »

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