LES CRAINTES DE GUERRE
Napoléon avait dit: l'empire, c'est la Révolution. Il avait dit aussi : l'empire c'est la paix. Il répugnait à refaire la Révolution et il ne pouvait pas maintenir la paix. Ceux qui s'étaient déclarés pour lui avec le plus d'élan se trouvaient ainsi déçus dans leurs espérances tandis que la foule immense des indifférents se voyait menacée dans son repos et dans ses intérêts.
L'empereur s'efforça d'abord de cacher les dispositions hostiles des puissances. « La guerre n'est plus à craindre, » dit le Journal de l1 Empire. « Tout répond de la tranquillité extérieure, » déclare le Nain Jaune. Pendant trois semaines, les journaux officieux parlent sur le même ton, reproduisant les articles pacifiques du Morning Chronicle, annonçant l'envoi de courriers diplomatiques à Vienne, publiant des correspondances, vraies ou fausses, d'Augsbourg et de Bruxelles qui concluent au maintien delà paix1. Nombre d'exemplaires de la furieuse Déclaration du
il est dit que 30 évoques (30 sur 87, c'est peu) lui affirment que l'esprit de leurs desservants est bon, ne saurait prévaloir contre les centaines de témoignages contraires des préfets et des généraux ni contre le rapport général sur le clergé du 26 mai. (Arch. nat. AF. IV, 1935.) Carnot lui-même dans plusieurs lettres conservées aux Arch. de la Guerre et dans sa correspondance publiée (111-114, 117, 117-119) reconnaît les mauvaises dispositions du clergé.
Au reste, nous parlons, ici comme toujours, d'une façon générale, il est clair qu'il y avait des prêtres patriotes et même anti-bourboniens : l'évèque Lecoz;les deux curés de Salins qui criaient. Vive le Père la Violette ! le curé de Cosnequi prononça en chaire, le jour de Pâques, un sermon sur « le retour de Napoléon le Grand » ; l'évèque de Valence qui rappela dans une lettre pastorale que • c'était l'empereur qui avait jadis rouvert les temples et relevé les autels » ; et ce spirituel évoque de Langres, qui, raconte Real dans son rapport du 21 mai, disait aux curés de Paris : « — Si vous prêtez serment vous serez blâmés par trois sortes de gens : l° les mèros de l'Eglise; 2° les théologiens de salon, qui ne croient pas en Dieu ; 3° les défroqués comme Talleyrand et le baron Louis. »
1. Moniteur, Journal de l Empire, Journal de Paris, du 21 mars au 15 avril. Le Nain Jaune, 30 mars.
13 mars avaient pénétré en France. Napoléon assemble les présidents de section du conseil d'Etat; le 2 avril, ils rédigent un rapport où ils démontrent par les meilleures raisons du monde que ce manifeste est l'œuvre des seuls ministres de Louis XVIII, et que les plénipotentiaires des puissances étrangères n'ont pu le signer1. Mais en vain la paix est le vœu unanime, en vain on écrit du Nord comme du Midi que la certitude de la paix ferait cesser toute opposition 2, la guerre est inévitable et imminente. Il faut bien que l'empereur s'y prépare. Les décrets rappelant sous les drapeaux les hommes en congé3 et mobilisant une partie des gardes nationales4, la publication dans le Moniteur du 13 avril du rapport de Gaulaincourt, où l'état des relations diplomatiques est exposé sans réticences et qui fait baisser la rente de huit francs en deux jours 5, viennent démentir les assurances de paix et donner raison aux alarmistes et aux malveillants. Ils ont le triomphe gai. Les uns chantent:
Ah! dis donc, Napoléon,
A n'vient pas ta Marie-Louise !
1. Rapports des présidents du conseil d'Etat du 2 avril {Moniteur du 13 avril). — Il est singulier que ce rapport, rédigé le 2 avril pour calmer les craintes de guerre, n'ait été publié dans le Moniteur que le 13 avril, précisément le jour où parut dans le même journal le très véridique et très alarmant rapport de Caulaineourt sur la situation extérieure. A la vérité, le rapport du conseil d'Etat ne portait pas seulement sur la déclaration du congrès. C'était aussi une sorte de mémorandum rappelant, les violations du traité de Fontainebleau et exposant les droits de Napoléon à quitter l'île d'Elbe pour « venir délivrer la France de la domination d'une poignée de nobles ».
2. t Si la paix n'est pas troublée, toute la France sera contente. » Lemarrois à Davout, Rouen, 31 mars.— « Le paix assurée ferait bientôt succéder dans toute la Provence le cri de : Vive l'empereur ! au cri de : Vive le roi ! » Corsin à Davout, Antibes, 20 avril (Arch. Guerre). Cf. Corresp. générale, mars-mai [ibid.). et Corresp. des préfets, mars-mai (Arch. nat. F 7, 3774).