LES ENVOYÉS DE FOUCHÉ
bles qui se trouveront dans le pays sans y être domiciliés devront le quitter sous quinze jours, à peine d'être traités comme fauteurs de guerre civile La tête de La Rochejaquelein et des autres chefs de l'insurrection sera mise à prix, leurs maisons seront rasées, on prendra des otages dans leur famille. Une commission militaire sera instituée pour juger les individus arrêtés les armes à la main1.
L'empereur ne s'abusait pas sur le dévouement de Fouché. Si, le 20 mars, il l'avait fait ministre de la police ce n'était pas qu'il crût à sa fidélité. Mais il savait ce qu'il y avait à attendre et à craindre de lui et, tout bien pesé, il préférait encore, dans ces jours de crise, un sacripant de cette espèce, prêt à toutes les trahisons mais fécond en ressources et souverainement habile, à un serviteur dévoué et maladroit comme le duc de Rovigo. C'est pourquoi Napoléon qui disait : « Je n'apprends plus la vérité que par les traîtres2, » avait repris Fouché. C'est pourquoi il avait tenté de reprendre Talleyrand 3.
Du moins à l'occasion de la guerre de Vendée, Fouché justifia les calculs de Napoléon. Il ne lui déplaisait pas de seconder ce maître détesté, si en même temps il travaillait pour soi-même en paraissant servir les royalistes. Bien avant Davout, qui avait pourtant des informations aussi précises et aussi alarmantes,
1 . Napoléon à Fouché, 17 et 20 mai ; à Corbineau, 21 mai ; à Davout, 20, 22, 23 et 25 mai. {Corresp., 21.921, 21.936,21,944, 21.948, 21.953, 21.962, et Arch. nat. AF, IV, 907.) Davout, Corresp., 1736, 1737, 1738. Davout à Delaborde, 21 mai ; à Napoléon, 23 mai ; à Clausel, 24 mai. (Arch. Guerre.)