‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 257 sur 272 · LA RÉUNION DBS CHAMBRES · texte numérisé non relu

LA RÉUNION DBS CHAMBRES

non moins ennemis du gouvernement autocratique. Merlin, Regnaud, Boulay et Ginou-Defermon, qui à eux quatre avaient obtenu des bonapartistes déterminés 80 suffrages au premier tour, n'en retrouvèrent plus que 12. Il y eut un certain nombre d'abstentions1.

L'empereur, qui n'avait pas voulu ou plutôt qui n'avait pas cru pouvoir influer sur le vote en désignant un candidat, espérait cependant qu'on nommerait un ami de la veille, comme Merlin, Boulay ou Regnaud, ou un ami du jour comme Bédoch ouDumolard2. Le choix de Lanjuinais lui parut une offense.

1. Journal de l'Empire, 4 et 5 juin. — 11 faut remarquer d'ailleurs que la Chambre comptait 629 députés et que parmi les absents il y avait un grand nombre d'officiers généraux et de fonctionnaires.

2. D'après le seul témoignage de Fleury de Chaboulon (Afém., II, 112), qui, par parenthèse, se trouvait à Bàleà l'époque de la réunion des Chambres, tous les historiens ont dit que l'empereur voulait faire nommer président son frère Lucien député de l'Isère, et que c'est pour cela que la liste des pairs ne fut publiée qu'après le vote. Or le comte Boulay dans son livre : Boulay de la Meurthe (262-263), relève celte assertion comme absolument inexacte. « Les quatre ministres d'Etat, dit- il, n'avaient reçu aucune instruction pour la nomination du président et ils se plaignaient môme de n'avoir pu donner aucune indication aux députés qui les consultaient. » Nous dirons à l'appui de la remarque de Boulay :

1° Lucien dans ses Notes (krch. Aff. étr., 1815) dit que l'empereur ne voulait pas qu'il se présentât dans l'Isère. Napoléon n'avait donc pas l'intention, du moins au mois de mai, de le faire nommer président de la Chambre ;

2° Si la liste des pairs ne fut communiquée officiellement à la Chambre que le 5 juin, lendemain du vote, l'appel nominal des pairs avait été fait dès le 3 juin au Luxembourg. Lucien y avait répondu, et le 4 juin, jour du vote, il suffisait aux députés d'ouvrir le Journal de l'Empire pour apprendre 'jue Lucien faisait partie de la Chambre haute;

3° D'une part, Napoléon ne pouvait désirer comme président de la Chambre Lucien dont il se défiait et qui lui parlait sans cesse d'abdication; d'autre part, il devait penser que jamais la Chambre de 1815 ne nommerait président le complice du coup d'Etat de brumaire.

Le témoignage de Fleury, toujours renseigné et véridique, n'est cependant pas négligeable. Ne faut-il pas croire que le bruit du désir de l'empereur de voir Lucien président courut en effet à la Chambre, mais que ce bruit avait été perfidement répandu par Fouché afin d'augmenter les défiances des représentants contre le souverain ?

Boulay (tbid.) dément également l'assertion de VE^q^isse sur les Cent Jours (17) que l'empereur travailla à faire nommer président l'un de ses quatre ministres J'Etat, Et de fait, si l'empereur avait positivement désigné l'un d'eux comme candidat, les voix des bonapartistes se seraien* poitées âur celui-ci au lieu de se diviser sur tous les quatre.

Dans an premier mouvement de colère, il pensa à user du droit que la constitution lui donnait de ne point ratifier l'élection. Mais Regnaud puis Garnot le dissuadèrent d'entrer en lutte avec la Chambre. Il lit appeler Lanjui nais aux Tuileries le soir du 4 juin, et il lui dit : « — Êtes-vous à moi ? — Sire, je n'ai jamais été à personne. — Mais enfin me servirez-vous? — Oui, Sire, dans la ligne du devoir, car vous avez la visibilité. » Napoléon faisant à mauvaise fortune bon cœur parut être convaincu par cet argument théologique et clôt ainsi l'entretien : « — Quelques-uns disent que vous êtes bourboniste, d'autres que vous êtes mon ennemi personnel et d'autres que vous aimez véritablement votre patrie. Vous jugerez quels sont ceux que je crois lorsque je vous félicite, ainsi que la Chambre, du choix qui vous a fait son président1. » Si la présidence de la Chambre des pairs n'eût appartenu de droitàl'archi-chancelier, l'empereur,vraisemblablement, aurait eu aussi quelque déconvenue au Luxembourg. Nommés par le souverain, les pairs n'en semblaient que plus soucieux de n'encourir aucun soupçon de servilité. Leur principale préoccupation était de ne point ressembler aux anciens sénateurs de l'empire. La liste des pairs avait été arrêtée en conseil des ministres dans la soirée du 2 juin2. Us étaient cent dix-sept : les frères de l'empereur, Joseph, Louis, Lucien et Jérôme ; le cardinal Fesch, le prince Eugène, les princes Carnbacérès et Lebrun ; les maréchaux Brune, Davout, Grouchy, Jourdan, Lefebvre, Masséna, Moncey, Mortier, Ney, Soult et Suchet ; quatre amiraux ; trente-huit généraux ; tous les ministres à portefeuille; quatre prélats ; une dizaine

1. La Fayette, Mém., V, 443. Esquisse sur les Cent Jours, 18-19. Hobhouse, lettres, II, 7-8. Boulay, 264. Mém. sur Carnot, II, 443. î. Napoléon, Corresp., 21998. Thibaudeau, X, 350.

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