Saint-Aignan à Blacas, 10 juin. (Arch. Aff. étr
deCoblentz avait appelé le malheureux Louis XVI : le roi des Jacobins. « C'est à Hartwell, disaient les mécontents, qu'il a pris ces idées libérales. Il n'avait pas le droit de donner cette constitution abominable. Il s'est fait le complice des révolutionnaires en consacrant dans la Charte la spoliation de nos biens. Et quel droit peut avoir un roi de disposer du bien d'autrui?Mais que lui importe, pourvu qu'il mange, qu'il devine des charades et qu'il écrive de petits billets ! ! »
Ainsi parlaient ceux que l'on accusait d'être « plus royalistes que le roi ». Ils l'étaient, en effet, et non sans motif. La Charte n'empêchait pas Louis XVIII de vivre en roi, avec une liste civile de vingt-quatre millions, mais elle empêchait les émigrés de recouvrer leurs biens et leurs privilèges. On disait au faubourg Saint- Antoine : « Quand le roi a dîné, il croit son peuple heureux. 2 » On aurait dit non moins justement au faubourg Saint-Germain : « Le roi est rentré aux Tuileries, il croit que nous sommes rentrés dans nos châteaux. » Or, en fait de châteaux, beaucoup d'émigrés, qui avaient épuisé leurs dernières ressources pour venir à Paris, habitaient des mansardes. Au mois de décembre, plusieurs d'entre eux, dénués de tout et las d'espérer, retournèrent en Angleterre reprendre leurs modestes places de professeurs3.
La bourgeoisie, devenue déjà quelque peu mécontente de ce qui se passait, était surtout inquiète de ce qui pouvait survenir. Le langage des journaux l'irritait, les propos des royalistes l'exaspéraient, leurs prétentions l'alarmaient. « On va maintenant jus-
1. Rapports de police, 29 juillet, 2, 27 sept., 9 nov. (Arch. nat. F. 7, 3738, F. 7, 3773 VChabannes, Lettres 36, 91, 73. J. P. Brès à son oncle, Paris. 4 juillet. (Arch. Aff. étr., 675.) Wellington à Castlereagh, 4 oct. : * Les émigrés sont aussi irrités contre le roi que les jacobins et les bonapartistes. » (Dispatchs, Supplément IX.)