LES OPINIONS AU RETOUR DES ROURBONS
En revoyant cette cocarde d'un autre âge, dont la réapparition coïncidait avec un changement subit dans les façons d'être des nobles, devenus en un jour hautains et arrogants1, les paysans pensaient au rétablissement de la dîme et des droits, féodaux 2. Les trois ou quatre millions de possesseurs de biens nationaux pensaient à pis. Déjà, au grand rétour des émigrés, en l'an X, ils avaient eu à subir de la part des anciens propriétaires des demandes de restitution ou de transaction, des menaces occultes, jusqu'à des procès 3. Et l'on était alors sous la République ! Qu'allaient donc être les prétentions des émigrés maintenant que le roi régnait? La France était rendue aux Bourbons. Les biens consfisqués ne devaient-ils pas être restitués à ceux qui avaient souffert et combattu pour eux 4 ? Cette idée était si bien entrée dans les esprits, qu'après la Déclaration de Saint-Ouen, le régisseur de M. de Villèle fut le trouver pour s'enquérir s'il était bien vrai que le roi eût reconnu la validité des ventes. Il ne croyait pas cela possible. Lorsqu'il fut enfin convaincu, il s'écria ingénument : « — Ah ! mon Dieu ! et moi qui aurais pu tant en acheter 5 ! »
A ces inquiétudes s'ajoutait le mécontentement de voir maintenir les droits réunis, dont les manifestes royalistes, répandus pendant la guerre, avaient pro-
1. « Il serait à désirer que les nobles conservassent la même aménité qu'ils avaient avant le retour du roi. Un très grand nombre sont devenus arrogants.» Vicomte de Ricé, préfet de l'Orne, à Montesquiou,22 mai.(Arcb nat. F«a 582.) — « Il y eut chez quelques royalistes de Toulouse des prétentions ambitieuses et des allures hautaines impardonnables. » Villèle, Mém. I, 217.
2. Correspondance des préfets, avril, juin. Bulletins de police, avril juin. (Arch. nat. Fia 582, F. 7, 3773.)
3. Boulay de la Meurthe. Souvenirs, 168. Thibaudeau, II, 263-266.
4. Correspondance des préfets, avril-juin. Bulletins de police, avril -juin. Arch. nat. F. 7,3773, F'a 53:2 (Rapport de Dupont au roi, s. d. (première quinzaine juin. Arch. Guerre).