‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 30 sur 272 · Bondy à Suchet, Lyon 16 juillet. (Arch. Aff. étr · texte numérisé non relu

Bondy à Suchet, Lyon 16 juillet. (Arch. Aff. étr

2. Barante à Montlosier, Nantes, 15 décembre. (Arch. Aff. étr., 675.)

3. Mennechet, Lettres I, 163, Bulletin du Censeur, 23-31 août.

4. La Fayette, Menu V, 316. Rapport de Talleyrand au roi, juin 1815. (Corretp. avec Louis XV1IJ, 465.)

la garde nationale les modifications apportées à son service, aurait paré à tout. On ne s'en avisa point. Un beau matin, les nouveaux gardes du corps vinrent purement et simplement occuper les postes, et, sans laisser même le temps aux miliciens de s'assembler pour prendre les armes, ils ôtèrent les fusils du râtelier et les jetèrent sous les banquettes \

Les politiques de profession, libéraux, bonapartistes et anciens révolutionnaires, s'évertuaient naturellement à agiter l'opinion. Comme ils se croyaient les plus menacés, les uns dans leurs principes, les autres dans leur personne 2 — cinquante-cinq de ces derniers avaient déjà été exclus de la Chambre des pairs — ils attaquaient pour se défendre. Ils censuraient tous les actes du gouvernement, commentaient les- articles imprudents des journaux royalistes, dénonçaient les projets du parti de l'émigration, signalaient l'influence croissante du clergé, montraient la réaction près de triompher, argumentaient avec une subtilité de casuistes sur les infractions à la Charte. Durbach, Raynouard, Lambrechts, Bedoch, Dumolard, Flaugergues, Souques, Benjamin Constant, Comte, La Fayette déclaraient la liberté en péril 3. Madame de Staël dogmatisait et « faisait rage

i. J. P. Brès à son oncle, Paris, 4 juillet. (Arch. AfT. étr., 675.) Lettre du gênerai Berge, Paris, 19 juillet. (Arch. Guerre.) Comte, Hist. de la Garde nationale de Paris, 4.1-422. Rapports de police, 21 juillet, 31 août. (Arch. nat. F. 7, 3738.)

Cette grave maladresse est d'autant plus inexplicable que jusqu'à ce jour (25 juin) le gouvernement avait tout fait pour gagner la garde nationale. Le comte d'Artois avai't pris l'uniforme de ce corps le jour de son entrée à Paris; le roi avait confié à la milice, de préférence à la troupe, le service des Tuileries; enfin les gardes nationaux avaient été décorés en masse de l'ordre du Lys avec un ruban spécial, liseré de bleu, et par surcroit nombre d'entre eux avaient reçu la Légion d'honneur.

2. Rapp. deTalleyrandauroiJuin 1815. {Corresp. avec Louis XVI H, 462-463.)

3. La Fayette, Mém., V, 316, 331. Hobhouse, Lettres, II, 77, 85-87. Le Censt; r. I, 58, 89, 91-93, 179, 304, et Bulletins du Censeur, juillet-septembre. Cf.

> Corresp. I, '24, 46, 58. Mme de Staël, Considérations sur la Révolution, III, 71, 80 B. Constant, Mém. sur les Cent Jouis, I, 19, 39.

constitutionnelle » au château de Clichy, où elle recevait à souper trois fois par semaine tout le personnel libéral1. Chez la duchesse de Saint-Leu, chez madame Hamelin, chez madame de Souza, les bonapartistes criblaient d'épigrammes la famille royale, les ministres, les émigrés, et ne cachaient pas leurs espérances renaissantes2. Mais les plus empressés à prédire la chute de Louis XVIII, les plus ardents à exalter les esprits, à provoquer l'agitation, à attiser les haines par leurs paroles et leurs écrits, c'étaient les anciens terroristes, Carnot, Fouché, Thibaudeau, Real, Thuriot, Méhée, Pons de Verdun, Merlin, Villetard, Grégoire, Garât, Prieur de la Marne3.

L'opposition était montée du fond à la surface. On n'en était plus à ces premiers temps de la restauration où les classes supérieures et moyennes se félicitaient unanimement du retour des Bourbons, où tous les journaux célébraient la bonté et la raison de Louis XVIII et escomptaient les bienfaits de son gouvernement réparateur, où l'on ne voyait aux devantures des marchands d'estampes que portraits du roi et caricatures de l'empereur, où il ne paraissait d'autres brochures que les Sépulcres de la Grande Armée, Bnonaparte aux prises avec sa conscience, la Vie de Nicolas, le Mea culpa de Buonaparte, le Corse dévoilé, Robespierre et Buonaparte, la Résurrection de Henri IV. Maintenant les salons devenaient inquiets

1. Jaucourt à Talleyrand, 20 sept, et 3 décembre (Correip. de Talleyrandet de Louis XVI II, 162-163, notes); N... à la comtesse d'Albany, 12nov. (Arch. Aff. étr., 675.)

2. Rapports de police, 16 juillet, 12 août, 4 mars. (Arch. nat. F. 7, 3200*, F. 7, 3739.) La Fayette, Mém., V, 489. Thibaudeau, X, 209. Pozzo, Correup., I, 33. Lettres d'j la reine Catherine, 7 août, 18 sept. {Mém. du roi Jérôme, VI, 452-463 )

3. Rapports de police, 29 juillet, 13 et 31 août, 23 sept., 16, 26 octobre, 10 février. (Arch. nat. F. 7, 3738, F. 7, 373'.», F. 7, 3200*.) Fouché à Talleyrand, 25 sept. {Corresp. de Talleyrand et de Louis X V1I1, 138, note.) Pozzo, Corresp., I, 32, 62, 79.

et frondeurs. On parlait de coups d'État, d'une loi suspendant la liberté individuelle, d'émeutes, de conspirations militaires. Les étudiants, opposés à l'empereur sous l'empire, se rangeaient parmi les ennemis des Bourbons. L'Ecole polytechnique signa par ordre une adresse au roi, mais les élèves dirent : « Le cœur n'y est pour rien1. » Les passions, les espérances, les animosités des partis se reflétaient dans la presse. La Quotidienne — surnommée la Nonne sanglante — la Gazette de France, le Journal des Mécontents, le Journal royal soutenaient la politique violente et provocatrice des ultras. Le Journal de Paris, le Journal général, parfois le Journal des Débats* défendaient les idées libérales. Le Censeur, dont chaque livraison faisait événement, dénonçait avec autant d'élévation que d'âpreté les actes arbitraires et les tendances rétrogrades du gouvernement \ Le Nain jaune, d'une méchanceté diabolique, menait la guerre de personnalités. Il attaquait les ministres, les émigrés, les cléricaux, les écrivains royalistes, les transfuges, les flagorneurs, « les ventre-à-terre des antichambres » ; il appelait les uns les chevaliers de l'Eteignoir, les autres les chevaliers de la Girouette *. On lisait partout le Mémoire au roi,

1. Rapp. de police, 24 juillet, 24, 29 sept., 6, 11, 31 oct. (Arch. nat. F. 7» 3738, F. 7, 3739.)

2. Notamment dans la question de liberté de la presse. Mais s'il se rangeait parfois du côté des libéraux, le Journal des Débats n'en continuait pas moins d'attaquer avec la dernière violence les hommes, les actes, les souvenirs de la Révolution. L'article signé A., du 29 septembre 1814, donne le ton du journal à cette époque.

3. Le Censeur, rédigé par Comte et Dunoyer et principal organe du parti libéral, paraissait par livraisons de 20 feuilles in-8, afin d'échapper à la censure predable.

4. Le Nain Jaune, qui paraissait depuis cinq ans avec ce sous-titre : Journal des arts, des sciences et de la littérature, se transforma en journal semi-politique à la fin de 1814, sous l'inspiration, dit-on, des habitues du salon de l'cx-rcine Hortense. Les rédacteurs du Nain Jaune, Cauchois-Lemaire, Bory- Saini- Vincent, Etienne, Jouy, Harel, Merle, étaient en effet bonapartistes, mais ils eurent soin de cacher leur drapeau, n'attaquèrent jamais le roi et

où, sous couleur de respectueuses représentations à Louis XVIII, Garnot traçait un tableau alarmant de l'état des esprits. Il se vendit, assure-t-on, six cent mille exemplaires de ce Mémoire, qui circulait clandestinement sous toutes les formes, manuscrit, imprimé et lithographie ; on en paya quelques-uns jusqu'à 250 francs f. Ce qu'on lisait encore, c'étaient la Lettre à f abbé de Montesquiou et la Dénonciation au roi des actes par lesquels les ministres de S. M. ont violé la Constitution, les deux mordants pamphlets du septembriseur Méhée; c'était une brochure qui, au moyen d'extraits du Moniteur de 89 et de 97, remémorait le rôle équivoque du comte de Provence dans le procès de Favras et traitait le roi de tartufe et d'intrigant2. Les marchands d'estampes n'exposaient plus de caricatures de Napoléon, et s'ils mettaient toujours en montre les portraits des Bourbons, ils y joignaient des portraits de l'empereur,de Marie-Louise et du roi de Rome3. On vendait secrètement des caricatures contre Louis XVIII. Le roi

prireni pour épigraphe : Le Roi et la Charte. Sous la protection de cette devise constitutionnelle, ils jetèrent impunément le ridicule sur les hommes et Tes tendances du ministère et du parti de l'émigration. On a dit qu'il ne déplaisait pas à Louis XVIII de voir ainsi maltraiter la faction des ultras, et qu'il envoyait môme des nouvelles à la main à ce journal. D'après une note des Archives nationales (6 fevr. F. 7, 3739), le roi repondit à des courtisans qui réclamaient la suppression du Nain Jaune : « — Non, c'est par ce journal que j'ai appris des choses qu'un roi ne doit point ignorer. »

1. Rapports de police, 17 septembre. (Arch. nat. F. 7, 3738.) Carnot, Mém. du roi, Avis de l'éditeur, édition de 1815.

Les incidents relatifs à ce célèbre Mémoire, d'abord destiné à la publicité, ensuite modifié pour être remis à Louis XVIII, puis publié à l'insu de l'auteur et desavoué par lui dans le Journal des Débats du 8 octobre, sont relatés exactement dans les Mémoires de Carnot publiés par son fils (II, 366-372). Ces pages sont absolument confirmées par la lettre de Carnot à Beugnot (±5 juillet) et par le mémorandum au roi de Carnot de Feulins (?0 novembre) qui se trouvent aux Archives des Aff. étrangères, 646.

2. Cette brochure qui parut dans le courant de septembre fut saisie. L'auteur, l'imprimeur et le libraire frrent condamnés à cinq ans de prison [Quoidienne. 15 nov.).

3. Rapport de polie-, 24 oct., 13 déc, 27 janv., 25 févr. (Arch. nat. F. 7, 3739, k\ 7 3168). Pozzo, Corresp., I, 19-20. — De temps à autre, la police tapissait ces portraits, mais ils reparaissaient quelques jours après.

était représenté en croupe derrière un cosaque, ou à côté de saint Antoine, sous la figure de son traditionnel compagnon 4.

A l'unanimité de l'opinion avait succédé la confusion des opinions. Les uns pensaient au comte d'Artois, d'autres au duc d'Orléans, d'autres à la république, d'autres à la régence, à Napoléon, au prince Eugène2. Mais royalistes, libéraux, jacobins, bonapartistes, tout le monde s'accordait à dire : « Gela ne peut pas durer3. »

Dès la première quinzaine d'août, l'opposition s'était comptée à la Chambre des députés sur la question de la liberté de la presse. Après cino* séances fort animées, où les Parisiens passionnés p ur cette discussion envahirent en foule les tribunes et l'hémicycle même 4, le projet du gouvernement portant rétablissement de la censure préalable ne fut voté que par 137 voix contre 80. Et les libéraux, parait-il, espéraient une minorité plus nombreuse5. A la Chambre

1. Rapport de police, 18 juill., 21 août, 4 nov. (Arch. nat. F. 7, 320*. F. 7. 3738 et 3739.) Journal d'un officier anglais, (levue Britannique, V, 82.) M. Frédéric Masson a dans ses collections un grand nombre de ces caricatures.

2. Rapports de police, 16, 18, 26 juillet. 6, 31 août, 0, 23 sept., 2, 6, 21 oct (Arch. nat. F. 7, 3738, F. 7, *739.) Cf. Mémoire de Blacas. (Arch. Aff. étrangères, 615.) La Fayette, Mém., V, 353-354. Mém. de Fouchè, II, 300, ,01, 330. Rovigo, Mém. VII, 321-323.

3. t Tous les partis semblent s'accorder dans ce refrain : Cela ne peut pas durer. » D'Hauterive à Talleyrand, 25 sept. (Corresp. de Talleyrand et de Louis XVIII, 130, note.) — « Tout le monde est mécontent et prêt à saisir l'occasion de faire n'importe quU changement. » Wellington à Castlereagh, Paris, 4 oct. (Dispatchs, Supplément, IX.) — « L'opinion n'a jamais été si mauvaise qu'en ce moment. On entend partout répéter : Les Bourbons ne tiendront pas deux mois. » Rapport de police, 9 nov. (Arch. nat. F. 7, 3739.) — « Tout le monde disait : Cela ne peut pas durer. » Mme de Staël, Considérations sur la Révolution. III, 80. Cf. Pasquier, Mém.., III, 60.

4. Moniteur, 6 août. Cf. Bulletin de police, 13 août. (Arch. nat. F. 7, 3738)

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