‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 40 sur 272 · Journal des Débats. ±i juillet · texte numérisé non relu

Journal des Débats. ±i juillet

ê. So-:lt à su femme, Rennes, 17 juillet (Arch. Aff étr., 675.)

dre titre aux yeux du roi quand il fallut remplacer Dupont1

La nomination de Soult fut accueillie avec confiance dans les premiers jours. Quoi qu'il vînt « de chouaner un peu en Bretagne », on attendait de lui plus de justice et d'ordre que de Dupont. Malheureusement, Soult n'avait pas seulement à bien servir les intérêts de l'armée, ce qui eût été cependant le meilleur moyen de bien servir le roi. Il était obligé de donner d'abord de nouveaux gages au parti qui l'avait fait ministre, et il ne suffisait pas pour cela de prendre un chapelain au ministère de la guerre, comme il s'en empressa2. Louis XVIII avait dit à Dupont, au cours de son audience de congé : « — Nous avons été trop bons, vous et moi. Il fallait de la sévérité3. » On voulait une main de fer, et l'on se flattait de l'avoir trouvée chez Soult qui s'était engagé vis-à-vis de son protecteur, le comte de Bruges, à rétablir promptement la discipline. Pour commencer, il résolut de bannir de Paris tous les officiers à la demi-solde, en assignant à chacun d'eux son lieu de naissance comme résidence4. Mais comprenant bien que cette mesure, vraiment révoltante, qui assimilait des officiers français aux forçats libérés, provoquerait la résistance, il s'avisa comme moyen d'intimidation de faire un exemple éclatant.

A la fin du mois de novembre, le docteur Andral, médecin de la cour de Naples, passant à Paris, le général Exelmans, ancien aide de camp de Murât, lui

1. Welli gtoQ à Custleragh, 5 déc. {Dispatchs, XII.) Rapports de police, 24 nov., 5 déc. (Arch. nat. F. 373^.) Alexandre à Griraoard, 29 nov. (Arch, Art", étr., 676.) Marmont. , Mém., VII, 70-71. La marque, Mém., I, 11.

2 Procès-verb ux du conseil des ministres, 2 janv. (Arch. nat. AF* \î.)

3. Walterstoff à son gouvernement, Paris, 16 dec. (Àrch. Aff. étr , 675)

4. L'ordre de Suult porte la date du 17 décembre, mais dès le S, le bruit de la mesure projetée s'était répandu dans Paris. Rapport de police, 9 déc. Arch. nat., F. 7, 3739.)

avait confié une lettre pour ce roi. Sur Tordre de Beugnot, instruit qu'Àndral avait toute une correspondance pour Naples, celui-ci fut arrêté à Nemours. On saisit dans ses papiers la lettre d'Exelmans, et bien qu'elle ne contînt que des félicitations, des vœux et de vagues offres de service s, on s'en émut aux Tuileries. Dupont, encore ministre, gronda amicalement Exelmans et l'engagea à se montrer plus circonspect à l'avenir3. L'affaire en était restée là, lorsque le surlendemain de la nomination de Soult, Exelmans fut de nouveau mandé au ministère. Soult le réprimanda durement pour sa lettre, et lui reprocha en outre d'avoir propagé le bruit d'un complot royaliste contre la vie d'une vingtaine de généraux de l'empire. « — J'ai correspondu non pas avec Napoléon, mais avec Murât, répondit Exelmans. Le

\. Rapports de Beugnot au roi, 24, 25 et 26 nov. (communiqués par M. le eomto Beugnot). — D'autres lettres pour Naples furent également saisies lo 26 novr., à Villejuif, dans les papiers de lord Oxford. Cf. Wellington à Liverpool, 28 nov. (Dispatchs, XII).

A en croire une lettre de N. au prince de Laval, Paris, 13 déc. (Arch. Aff. étr., 675), la police aurait saisi en même temps une lettre de Mme de Staël à Murât, ainsi conçue : « Je vous adore non parce que vous êtes roi, non parce que vous êtes un héros, mais parce que vous êtes un vrai ami de la liberté. » Ajoutons, d'après un rapport de police du 26 déc. 1814 (Arch.nat. F. 7, 3739), que Dandré aurait rendu cette lettre à Mme de Staël en lui disant: « — Madame, faites ce que vous voudrez, écrivez, sortez de France, restez-y. On met si peu d'importance à ce que vous faites, à ce que vous dites, à ce que vous écrivez, que le gouvernement ne veut pas s'en occuper. Voilà ce que je suis chargé de vous dire de la part de Sa Majesté. »

2. «... Je vous félicite de l'arrangement de l'affaire de Naples... L'Europe est forcée de vous reconnaître, excepté, cependant, ceux qui ne sont nullement dangereux pour un souverain tel que vous.... Mais si les choses n'avaient pas pris pour V. M. une tournure aussi favorable, un millier de braves officiers, instruits à l'école et sous les yeux de V. M., seraient accourus à sa voix pour lui offrir leurs bras.» Exelmans à Murât, s. d. (20 nov. 1814) (Dossier d'Exelmans, Arch. Guerre). Exelmans avait écrit du même eoup à Détrez, aide de camp de Murât, afin de lui réclamer sa solde arriérée. Pour des juges non prévenus, la lettre à Detrez n'etait-elle pas le vrai motif de la correspondance d'Exelmans, et n'avait-il pas écrit à Murât uniquement parce qu'il écrivait à Détrez?

3. Exelmans à Louis XVIII, îO dec. (Dossier d'Exelmans, Arch. Guerre, Pétition d'Exelmans à la Chambre {Moniteur, 25 déc.) Cf. Alfieri à Vallaise, •bris, 26 déc. (Arch. Aff. étr., 675.)

LE GÉNÉRAL EXELMARS 83

roi de Naples est mon bienfaiteur, je ne puis être indifférent à ses succès ni à ses revers. Quant aux chouans que j'ai dénoncés, le fait est vrai ; mais je suis sur mes gardes. » Puis, s'animant, il montra deux pistolets qu'il portait sous son uniforme et dit: a — Je m'en servirai même dans votre antichambre si j'y suis forcé1. »

Trois jours plus tard, le 10 décembre, Exelmans fut relevé de ses fonctions d'inspecteur général de cavalerie et reçut une lettre de Soult, qui lui enjoignait de se rendre sur le champ à Bar-sur-Ornain, lieu de sa naissance, où il jouirait du traitement de demi-activité2. Exelmans était, en effet, né à Bar, mais il avait quitté cette ville depuis plus de vingt ans. Quand il ne faisait pas campagne, il habitait Paris; il s'y était marié en 1808, ses enfants y étaient nés, et il y était locataire par bail d'une partie d'hôtel. Il écrivit au ministre, lui exposant ces raisons et l'assurant, d'ailleurs, qu'il s'empresserait d'obéir aux ordres du roi si l'état de grossesse avancée de madame Exelmans ne le retenait temporairement à Paris. Mais, averti par Maison que Soult ne voulait lui accorder aucun délai, il consulta ses amis, entre autres Macdonald, qui décida qu'Exelmans étant en non-activité et ayant son domicile à Paris, le ministre n'avait aucun droit de le reléguer à Bar-sur-Ornain3.

1. Note sur Exelmans, s. d. (fin décembre) (Dossier d'Exelmans, Arch. Guerre). Cf. sur ce complot royaliste, Wellington à Castlereagh, Paris, 5 déc. {Dispatchs, XII.)

2. Soult à Exelmans, 10 déc. (Moniteur, 25 déc.)— Le terme de « demi-activité » est impropre. Soult aurait dû écrire: « de demi-solde», traitement accordé sous la restauration aux officiers mis en non-activité par suite de la réduction des cadres. Soult prétendit à tort qu'il y avait une distinction entre la demi-activité et la demi-solde et qu'Exelmans était en demi-activité. Exelmans avait été bel et bien mis en non-activité et à la demi-solde le to décembre 1814, ainsi que l'atteste la mention portée à cette date sur ses états de service. (Dossier d'Exelmans, Arch. Guerre.)

3. Exelmans à Soult, 11 déc. (Dossier d'Exelmans, Arch. Guerre.) Cf. Le Censeur, IV, 267-269.

Soult en jugeait autrement. Le 14 décembre, un officier et deux gendarmes se présentèrent chez Exelmans et lui signifièrent qu'ils étaient chargés de le garder à vue dans son logement jusqu'à nouvel ordre . Le général, exaspéré, écrivit de nouveau à Soult pour protester contre cette violence. Il termina sa lettre par cette phrase ironique, qui marquait sa résolution de rester à Paris : « Votre intention a été que je me rendisse chez moi ; je crois vous obéir en y restant1. »

On apprit bientôt la séquestration d'Exelmans. Il devint le héros du jour, non seulement pour les officiers de tout grade, qui craignaient eux-mêmes un pareil traitement, mais aussi pour les constitutionnels. Si ennemis qu'ils fussent des « sabreurs », les libéraux se déclarèrent ouvertement pour Exelmans puisque la liberté individuelle était mena cée en lui. Madame de Staël écrivit au général un chaleureux billet, Lanjuinais fit prendre de ses nouvelles deux fois chaque jour, La Fayette lui offrit comme asile son château de Lagrange, Comte demanda à être son avocat si on le déférait au conseil de guerre. Visites, lettres, cartes se multiplièrent chez le prisonnier pour l'encourager à la résistance. Toute une semaine, Paris se passionna pour cette lutte entre le droit et l'arbitraire2. Mais Soult avait la raison du plus fort.

Dana la nuit du 19 au 20 décembre, un piquet de troupes vient occuper les abords de l'hôtel. Le matin, le lieutenant Dayglen, accompagné de six gendarmes, pénètre dans la chambre d'Exelmans. Celui-

i. Exelmans à Soult, 14 déc. Exelmans au roi, 20 déc. (Dossier d'Exelmans.)

2. Rapp. de police, 17, 18, 27 et 28 déc. (Arch. nat. F. 7, 3730). Alfieri à

Vallaise, Paris, 26 déc. Ferrette au grand-duc de Bade. Paris, 6 janv. 18)5

(Arch. AIT. étr., 675). La Fayette. Mém., V, 332. Wellington à Castle-

reagh, Paris, 20 déc. (Castlereagh, Lettert and Dispaichs, II.)

Page 1