‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 39 sur 272 · Moniteur, 14 octobre · texte numérisé non relu

Moniteur, 14 octobre

la guerre ne doit pas être soupçonné, surtout quand pèse sur lui le souvenir d'une capitulation en rase campagne, signée, a-t-on dit, pour sauver dans ses bagages personnels un million en or et en argent1. D'ailleurs, des nouvelles de Vienne, où se négociait une alliance entre la France, l'Autriche et l'Angleterre, faisaient prévoir, sinon la guerre, du moins la nécessité d'une mobilisation 2. Il importait que le ministère fût en de meilleures mains. Dupont reçut comme dédommagement une pension de 40,000 francs et le gouvernement de la 22e division militaire.

Marmont espérait être appelé au ministère de la guerre. Il était bien en cour et très protégé par Vitrolles 3, mais il était encore plus décrié que Dupont. Les soldats disaient : « Si le maréchal Judas ose prendre un commandement en temps de guerre, son affaire sera bientôt faite. » Dans les salons comme dans les corps de garde, on contait que beaucoup de personnages déclinaient ses invitations à dîner, qu'à Ghàtillon des ouvriers avaient refusé de travailler pour lui, que la duchesse de Raguse, honteuse de porter un nom déshonoré, demandait le divorce4. Marmont étant impossible, Louis XVIII nomma un autre royaliste zélé, le maréchal Soult.

t. Extrait delà Gazette de Madrid du 9 octobre 1808, et note de l'empereur jointe à l'extrait. (Arch. Guerre, Armées d'Espagne.) — L'article XI de la capitulation de Baylen stipulait en effet que les officiers généraux conserveraient une voiture et un fourgon, « qui ne seraient soumis à aucun examen ». Mais est-ce une raison suffisante pour accuser Dupont ?

2. Talleyrand à Louis XVIII, Vienne, 17 et 25 novembre. (Corresp. avec Louis XVIf/.)Cf. Dupont à Kellermann, 17 nov. (Arch. Guerre.)

3. Vitrolles, Mém., II, 206-207. Cf. Jaucourt à Talleyrand, 29 novembreet 9 décembre {Corresp de Talleyrand avec Louis XVIII, 140.) — Marmont n'avoue pas dans ses Mémoires qu'il convoitât le ministère, mais l'amertume avec laquelle il parle de Dupont et de Soult (VII, 75-77, 71-72, 79) trahit assez sa jalousie.

4. Rapports de police, 6 juillet, 3 août, 31 oct., 15 nov., 24 janvier. (Arch. nat. F. 7, 3738 et 3739.) Alexandre au comte de Grimoard, 19 janv. (Arch. Aff. étr., 675.) Cf. Marmont, Mém., VII, 57-65,

D'abord en disgrâce, Sonlt avait été relevé de son commandement et exclu de la Chambre des pairs. Ce n'était pas qu'il eût tardé à se retourner du côté du soleil levant, puisque le premier mai, à Toulouse, il proposa au duc d'Angoulême de marcher sur Paris, avec ses vieux soldats d'Espagne, « pour jeter par les fenêtres » les constituants trop libéraux du Sénat. Mais on l'accusait « d'avoir fait verser inutilement le sang français » en livrant la bataille de Toulouse, et on redoutait l'audacieuse ambition de ce capitaine qui avait rêvé la monarchie du Portugal et que les couronnes de ses camarades, Murât et Bernadotte, empêchaient de dormir '. Dans les derniers jours de juin, cependant, sur les instances du comte de Bruges, qui se porta garant de son dévouement, le maréchal fut nommé gouverneur de la 13e division militaire. A Rennes, il fit éclater son zèle pour la cause du roi et de la religion. Déjà, en écoutant à Notre-Dame le panégyrique de Louis XVI, il avait été tellement touché « que des larmes roulaient dans ses yeux* ». Après avoir publié une ardente proclamation royaliste 3, il s'occupa de faire offrir à Louis XVIII par les populations bretonnes, en don de joyeux avènement, une grosse somme d'argent 4 ; puis il provoqua dans toute la France une souscription pour ériger un monument aux victimes de Quiberon. Oh blâma généralement ce projet, qui réveillait des souvenirs blessants pour tout le monde; mais la cour en sut gré au duc de Dalmatie, et si grands que fussent ses talents militaires et administratifs, le monument de Quiberon ne fut pas son moin-

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