‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 48 sur 272 · L APPEL DES 60.000 HOMMES · texte numérisé non relu

L APPEL DES 60.000 HOMMES

dans leurs foyers sans permission », que Ton résolut de lever ce contingent1. Ces hommes, il fallait s'y attendre, ne se prêtèrent pas de bon gré à leur réincorporation. Seuls, les individus qui avaient quelque motif de réforme à faire valoir se présentèrent aux revues d'appel. Ceux que l'autorité militaire retenait comme bons pour le service s'insurgeaient et bousculaient les gendarmes aux cris de: Vive l'empereur! 2. Les recrues de la Gironde disaient : « Avec la paix nous aimons mieux le roi, mais pour faire la guerre nous voulons Napoléon, qui marchera à notre tête. » A Avesnes, les rappelés allumèrent une sorte de bûcher et y placèrent le buste de Louis XVIII. A Trévoux, à Bellay, à Sancerre, ils parcoururent les rues, battant la caisse, criant: Vive l'empereur ! et maltraitant les passants qui portaient la cocarde blancLe. A Saint-Florent, ils insultèrent une procession par des chansons obscènes, des blasphèmes et des bordées d'injures contre le curé et le roi. Dans l'Isère, les maires aidaient les insoumis à se cacher. Un grand nombre d'anciens soldats désertaient en route. Le 76e reçut 15 hommes au lieu de 160, le 15e, 116 au lieu de 535 3. A la fin de février, sur les 60,000 rappelés 35,000 à peine avaient rejoint les corps \

Cet appel alarma la population en venant confîr-

1. Ordonnance royale du 3 novembre. (Journal militaire.) Circulaire de Dupont, 3 nov (Arch. Guerre.) — De peur d'inquiéter la population, on ne

voulut pas rappeler les militaires que les régiments avaient envoyés en congé régulier au mois de juillet. Rapport de Davout à Napoléon, s. d. (du 25 au 27 mars 1815). (Arch. nat. AF. IV, 1936.)

2. Corresp. des préfets, déc. »8i4-janv. 1815. (Arch. nat. F. 3739, et F 7, 3773.) Correspondance générale, déc. 1814-fév. 1815. (Arch. Guerre.)

3. Corresp. des préfets, 6, 8, 22 et 26 déc, il janv. Rapp. de police 15 déc. (Arch. nat. F. 7, 377*. F. 7, 3739.) Soult à Durutte, 28 déc. Marchant à Soult, 22 déc. Moncey à Soult, 26 déc. Colonel du 76e à Rourmont, 13 déc. Colonel du 45e à Pinoteau, 14 fév. (Arch. Guerre.)

4. Rapport de Davout à Napoléon, s. d. (du 25 au 27 mars 1815) (Arch. nat. AF.IV, 1936.)

mer les bruits de guerre. Or, la France rebelle a la guerre en 1814, quand il s'agissait de défendre les frontières mêmes de la patrie, voulait encore moins prendre les armes en 181 o pour conserver une province au roi de Saxe et pour rendre Naples au roi des Deux-Siciles. La croyance à un conflit était générale; déjà l'on s'en apercevait à la stagnation des affaires, au ralentissement des commandes, à l'arrêt des travaux l. Mais le fisc n'y perdait rien. Malgré l'atroce misère du pays, résultat de l'invasion et d'une mauvaise récolte, les amendes, les saisies, les ventes, les garnisaires se multipliaient. « Le commerce est tourmenté, écrivait le comte d'Hauterive à Talleyrand, les manufactures sont paralysées, les propriétaires sont chargés d'impôts que l'on exige avec une barbare rigidité, même dans les pays où les Alliés n'ont laissé que la misère. Les droits réunis et le monopole sur les tabacs s'exercent comme sous Bonaparte, et même avec un peu plus de rigueur2. »

i. Rapport sur l'esprit public, 11 et 28 nov. 1814, 5 janv. 1815. Dumonceau à Soult, Mézières, 8 déc. Kellermann à Suchet, Strasbourg, 22 déc. (Arfih. Guerre.) Corresp. des préfets, et rapp. de police, janvier et février (Arch. nat. F. 7, 3739, et F. 7, 3773.) Alexandre à comte de Grimoard, Paris, 19 janv. (Arch. Aff. étr., 676.) — A la vérité, la rente montait. Après avoir atteint le cours de 79 fr. à la fin d'août et avoir oscillé d'octobre à janvier entre 72 et 74 francs, elle était en février à 78. Mais on accusait le baron Louis « de faire la hausse de la rente par des moyens ruineux ». (Rapp. de police, 25 janvier. Arch. nat. F. 7, 3739.) Thiers (XVIII, 502-503) reconnaît que Louis cherchait à imposer à l'étranger par la hausse delà rente. De fait, les actions de la Banque n'avaient pas monté dans la môme proportion. Elles étaient à 1175 fr. à la fin d'août; à 1190 en décembre; à 11 80 en février.

2. D'Hauterive à Talleyrand, Paris, 18 octobre 1814 (Corresp. de Talleyrand et de Louis XVJI1, 19, note.) Arrêté du préfet de l'Indre, 21 janv. Soult à Amey, 4 février. Baron Louis à Soult, 7 février. Amey à Soult, 18 fév., etc. (Arch. Guerre). Rapports généraux de police (13 janvier) : t Les poursuites pour les droits réunis sont aussi rigoureuses que sous l'empire. » — (4 mars) : « La rigueur excessive pour la rentrée des impôts, l'envoi de garnisaires, etc., mécontentent tous les départements... La satisfaction des rentiers pour la hausse à la Bourse ne compense pas le mécontentement des départements... Les instructions du baron Louis sont tellement impitoyables qu'il en sera question aux Chambres. » (Arch. nat. F. 7, 3738.)

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