PROJETS DE DÉPORTER NAPOLÉON
uns proposaient de le transférer à Sainte-Lucie ou à Sainte-Hélène, les autres dans l'une des Açores. On parlait partout de ce projet1. « L'excellente idée des Açores », selon le mot de Louis XVIII, avait l'assentiment de Castlereagh 2, et sans nul doute celui de l'empereur d'Autriche qui avait été le premier à déplorer que son gendre ne fût pas envoyé « bien loin de l'Europe3 ». Seul dans le congrès, le czar était peut-être disposé à prendre la défense de Napoléon, croyant à juste titre la Russie et les autres puissances engagées envers le vaincu par le traité de Fontainebleau. Encore Alexandre aurait cédé assez vite aux considérations d'intérêt général qui allaient être invoquées. Il semble, en tout cas, que l'enlèvement de Napoléon était subordonné à l'exécution du plan contre le roi de Naples. En même temps que l'on eût expulsé Murât on eût fait le coup sur l'île d'Elbe. La prétendue connivence de Napoléon avec son beau-frère dans les conspirations italiennes eût servi de prétexte pour déchirer la seule page encore intacte du traité de Fontainebleau *.
i. Talleyrand à Louis XVIII, 13 oct. et 7 déc. Cf. Louis XVIIIà Talleyrand 21 oct. {Corresp. de Talleyrand avec Louis XVII 1.) Lettre de Dupont, 8 oct. {Corresp. précitée, 72.) N. au comte Dumoustie'rs, Londres, 8 déc. John Adye à sa femme, Porto-Ferrajo,22 janv. Rapp. de Mariotti, Livoume, 4 oct. (Arch. Aff. étrang., 67* et 1800.) Corresp. anglaise, 26 oct. Lettre d'Allen, 27 oct. (Arch. nat. F. 7, 3.739). Note de lord Liverpool. {Dispatchs of Wellington, Supplément, IX, 555.) Blacas à Castlereagh, 4 mars. (Castlereagh, Lettera and Di-potchs, II.) Ordre du jour de Dessoles. {Moniteur, 8 mars.) La Fayetle, Mém. V, 345. Joseph de Maistre à Vallaise, Saint-Pétersbourg, 21 fév. {Corresp.Y.) Pasquier, Mém., 120, 121.
2. Talleynmd à Louis XVIII, 13 oct. Louis XVIII à Talleyrand, 21 oct. {Coi*resp. de Talleyrand et de Louis XV III.)
3. François Ier à Metternich, Troyes, 12 avril 1814 : « Plût à Dieu qu'on envoyât Napoléon bien loin... A l'île d'Elbe, Napoléon reste trop près de la France et de l'Europe. » (Metternich, Mém., II, 473.)
4. Talleyrand à Louis XVIII, Vienne, 7 déc. {Corresp. avec Louis XV1I1) . « ... La conclusion est : il faut se hâter de se débarrasser de l'homme de, l'île d'Elbe et de Murât. Mon opinion fructifie. «—Joseph de Maislreà Vallaise, Saint-Pétersbourg, 21 fev. {Corresp. V) : « J'espère que l'auguste assemblée aura pourvu (avant de se séparer) à la transportation absolument nécessaire de Napoléon. Il faut l'anéantir moralement. »
L'ordre du jour de Dessoles aux Gardes nationales de France {Moniteur
Au congrès de Vienne, Talleyrand représenta la France avec une dignité qui touchait à la grandeur. « Il parle comme un ministre de Louis XIV, » disait-on de lui, non sans une pointe d'ironie. La politique de ce« ministre de Louis XIV », qui n'était que le ministre de Louis XVIII, fut-elle aussi habile que son attitude fut haute? Sans doute, comme Talleyrand prit soin de s'en vanter lui-même, il fit rendre à la France, vaincue, démembrée et admise par grâce au congrès, sa place dans le grand conseil de l'Europe ; il concourut à la rupture de la quadruple alliance ; il aida à réédifier le trône de Frédéric-Auguste et il sut ébranler celui de Murât. Mais quand on se rappelle qu'il s'aliéna la Russie pour se rapprocher de nos pires ennemies d'alors, l'Angleterre etl'Autriche, qu'il sacrifia à la restauration du roi de Saxe et au partage du duché de Varsovie la neutralisation de la rive gauche du Rhin et peut-être une extension de frontières vers la Relgique, qu'il conclut enfin le traité léonin du 3 janvier 1815, aux termes duquel l'armée française était tenue de combattre dans l'unique intérêt de. l'empire d'Autriche, on est bien près de penser que si Talleyrand fit jouer un rôle à la France, ce fut un rôle de dupe.
8 mars 1815) porte : « Des mesures avaient été adoptées au congrès de Vienne pour éloigner davantage Bonaparte. » Vraisemblablement, Dessoles s'exprimait si affirmativement pour prouver que Napoléon était au ban de l'Europe. Mais nous n'avons trouvé ni dans les actes du congrès, ni dans les correspondances de Gentz, Talleyrand, Castlereagh, Metternich, Wellington, etc., aucun indice que des mesures aient été arrêtées au congrès contre Napoléon. Il n'en est pas moins démontré d'ailleurs, par les documents cités dans les notes précédentes, que si ces mesures n'étaient point prises, on était au moment de les prendre.
Sur la prétendue participation de Napoléon aux conspirations de l'Italie ou plutôt sur les craintes qu'on en avai . Cf. Wellington à Cooke, 20 sept. ; à Liverpool, 25 déc. et 5 janv. ; Castlereagh à Liverpool, 18 déc. (Wellington, Dispatchs, XII, et Supplément, XI). Chevalier Tinseau à Castlereagh, 27 nov. (Lettero and Disp. of Castlereagh, II). Talleyrand à Louis XVIII, 17 nov., 7 déc, 15 fevr. Louis XVIII à Talleyrand, 22 nov. {Corresp. avec Louis XVIII). Rapp. du consul de Livourne, 15 nov., 12 déc, 24 janv. (Arch. Aff. étr., 1800).