Rapp. du 2 févr. 1815. (Arch. nat. F
AT ET NAPLES Ui
battan l'armée française. En manquant maintenant aux siens, le cabinet de Vienne eût mis le roi de Naples dans la situation vraiment pitoyable d'avoir trahi pour l'honneur.
Metternich opposait donc le traité du 11 janvier aux véhémentes représentations de Talleyrand. En vain, pour lever ses scrupules, celui-ci énonçait cette maxime, digne d'Escobar, que « l'acte par lequel on garantit à quelqu'un ce qui n'est pas à lui est un acte nul », le ministre autrichien ne semblait pas se laisser ébranler1. Irrité de cette résistance, Talleyrand en arriva à écrire que Metternich défendait si vivement Murât par un regain d'amour pour sa femme Caroline Bonaparte, dont il avait été l'amant2. Metternich pensait bien à autre chose! S'il soutenait Murât, c'était uniquement pour sauvegarder les intérêts de l'Autriche. Dans l'éventualité d'une guerre contre la Prusse et la Russie, l'Autriche avait dû à peu près dégarnir l'Italie afin de concentrer toutes ses forces en Bohême et en Galicie. Or l'Italie était mécontente, agitée, peuplée de conspirateurs qui, croyait-on, n'attendaient pour agir qu'un signal de Murât. Lui-même avait son armée prête à entrer en campagne. « Il connaissait, disait-il, les projets sinistres de certaines puissances, et il était déterminé à les prévenir en soulevant l'Italie et en se faisant proclamer chef de la confédération. Quel que fût le résultat de sa prise d'armes, du moins il mourrait roi et l'épée à la main. » L'Autriche se trouvant ainsi exposée à deux attaques simultanées, au nord et au
1. Mémoire de Gentz. (Metternich. Mém., II, 499, ROr.) Talleyrand à Louis XVIII, 4 oct., 6 nov., 30 nov., 15 déc, 1CT fcvr. (Corresp. aveo Louis XVI II.) Cf. Instructions du roi à son ambassade au congrès. (Arch. Aff. étr., 677.)
2. Talleyrand à Louis XVIII, 25 nov. {Corresp. précitée). Cf. Lettre de Vienne au département, novembre 1814 (Arch. A ff. étr., 634), et Mmo de Rémusat, Mém. III, 48
sud de son empire, Metternich cherchait à temporiser. Mais il espérait bien, lorsqu'il serait délivré de toute crainte du côté de la Russie, trouver quelque prétexte pour rompre l'importun traité avec Naples !.
Ce prétexte, Murât le fournit lui-même par l'envoi d'une Note mettant Talleyrand en demeure de s'expliquer sur les intentions de la France à son égard, et signifiant à Metternich qu'en cas de guerre avec cette puissance, les troupes napolitaines seraient forcées d'entrer dans les duchés. Cette Note arriva mal à propos. En décembre 1814, au milieu des débats sur la Saxe, elle eût intimidé l'Autriche ; à la fin de février 1815, ces débats étant clos, Metternich riposta par la déclaration que l'empereur, son maître, regarderait comme un casits betii toute violation du territoire italien. En même temps, des ordres furent donnés pour l'envoi de cent cinquante mille hommes en Italie, et lord Castlereagh, de passage à Paris, et le baron de Vincent entrèrent directement en pourparlers avec Louis XVIII au sujet d'une action commune contre Murât. Le 5 mars, le roi transmit à Talleyrand la note de, Vincent et un contre-projet, en lui mandant d'avoir à insister « sur la fixation d'une époque prochaine pour l'exécution du plan concerté ». Si donc Murât régnait encore à Naples, ses jours de royauté étaient désormais comptés 2.
Napoléon était également menacé. « On montre une intention assez arrêtée d'éloigner Bonaparte de L'île d'Elbe », écrivait Talleyrand à Louis XVIII. Les
1. Mémoire de Gentz, précité. Lettre de Vienne au département, novembre. Arch. (Aff. étr., 684.) Les ambassadeurs au département, f> nov. (Talleyrand. J/ém.. II, 423). Tallevrandà Louis XVIII, 24 févr. {Correip. précitée.)
2. Talleyrand à Louis XVIIL 24 et 2G fevr. Louis XVIII à Talleyrand, 3 et 5 mars" (Corresp. avec Louis XVIII.) Cf. La lettre de RufTo, ministre de Ferdinand IV, à Talleyrand, Vienne, 28 avril 1815 (Arch. Aff. étr., 684), et la lettre de Wellington à Castlereagh, Vienne, 25 févr. {Dispatchs, XUÙ : « M tegarde l'affaire de Murât comme réglée. »