‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 68 sur 272 · Napoléon, Corresp · texte numérisé non relu

Napoléon, Corresp

mamelucks et chasseurs à cheval de la garde, furent répartis en deux compagnies, l'une à cheval, de 22 hommes, l'autre à pied, de 96 hommes, celle-ci destinée au service des pièces. Le chef de bataillon Mallet, promu colonel, eut le commandement des grenadier? et chasseurs ; le major Jermanowski, celui des deux compagnies polonaises. 43 canonniers de la garde, 21 marins de la garde, un peloton de vétérans, trois brigades de gendarmerie complétaient cette petite armée, forte d'environ 1600 hommes1. Les soldats conservèrent l'uniforme français mais ils prirent la cocarde elboise, blanche et rouge, semée d'abeilles d'or, — « des abeilles qui piqueront un jour », écrivait un grenadier *. Napoléon avait adopté pour ses nouvelles armes un ancien écusson de l'île, datant de Cosme Ier : d'argent à la

1. Napoléon, Corresp., 21.568, 21.569, 21.619, 21.649. Contrôles nominatifs du Bataillon Napoléon et de l'Escadron Napoléon (cités par Ficfie, Napoléon et la garde, 119-1^6). Etats des services des officiers du bataillon Napoléon. (Arch. nat., AF*. IV, 1706.) Rapports du capitaine de vaisseau de Moncabric, 13 juin, et de l'amiral Lhermitte, -Toulon, 3 sept. (Arch de la Marine, Bb 415). — Les effectifs cites dans l'île d'Elbe et les Cent Jours {Corresp. de Napoléon, XXX, 16), ainsi que beaucoup d'autres détails sur le séjour à l'île â'Elbe, sont erronés.

Aux termes de l'article XVII du traite de Fontainebleau. Napoléon était autorise à emmener dans sa nouvelle résidence 400 hommes de bonne volonté. Mais les grenadiers et chasseurs s'etant présentes en plus grand nombre, les généraux Petit et Cambronne avaient cède à leurs prières et les avaient désignes pour partir. A Savone, où ils s'embarquèrent, le commandant de la floUiîle anglaise chargée de les transporter n'avait fait nulle observation. Le fait, connu peu après, donna lieu à un échange de lettres entre Talleyrand, Dupont et Malouet. (Arch. Guerre, 2, 21 et 22 juin.) Quant aux Polonais, Napoléon s'était entendu a Fontainebleau avec Jermanowski, pour en recruter un escadron de 80 hommes destiné à l'île d'Elbe, et un autre de 40, qui devait former la garde de Marie-Louise à Parme. Les premiers s'embarquèrent à Savone avec les grenadiers, les autres allèrent d'abord à Parme, mais comme ils n'y trouvèrent pas l'impératrice et que "on refusa de leur donner leur solde, Napoléon les fit venir aussi à l'île d'Elbe. (Rapp. de Bertrand à Caulaincourt, Paris, 1er juin 1815. Arch. Aff. etr., 1802.) L'empereur se trouva avoir ainsi plus de soldats qu'il ne croyait. D'après sa note du 10 mai (Corresp.. 21.568) il est clair qu'il attendait seulement 400 grenadiers et chasseurs et 80 Polonais.

2. Vraincourt, grenadier à la 5e compagnie du Bataillon Napoléon, à Mm* Chervin à Verdun, Porto-Ferrajo, 1er déc. (Arch. Aff. étr., 675.)

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bande de gueules chargée de trois abeilles d'or1.

Le brick l'Inconstant, de 16 canons, cédé par la France en vertu du traité de Fontainebleau, l'espéronade la Caroline, armée d'un canon de fonte, les deux felouques ï Abeille et la Mouche, appartenant aux mines de Rio, le demi-chebec P Etoile, acheté par l'empereur 8,822 francs, et un grand canot constituèrent la marine de guerre. L'enseigne de vaisseau Taillade, qui s'était marié à Porto-Longone et qui fut promu lieutenant, eut le commandement de cette flottille montée par 129 hommes d'équipage*.

« Ce sera l'île du Repos, » avait dit Napoléon en débarquant3. Or, au moins pendant les six premiers mois, il déploya une activité presque fébrile. Obéissant à son génie organisateur qui le poussait à mettre sa marque partout où il passait, il voulut transformer l'île d'Elbe. Il réorganisa la douane, l'octroi, l'enregistrement, leva les droits d'entrée sur les blés, sauf sur ceux à consommer dans Porto-Ferrajo, afferma à nouveau les salines et les madragues. Il établit un lazaret, réunit l'hospice à l'hôpital militaire, construisit un théâtre, augmenta les fortifications, répara les casernes, planta de la vigne, s'occupa de l'acclimatation des vers à soie, encouragea les défrichements en distribuant des terres, assainit et embellit la ville, qui fut pavée, pourvue d'eau et entourée d'allées de mûriers. A deux lieues marines au sud-est de l'île se trouve l'îlot de Pianosa. L'empereur en prit possession, le fortifia et y mit une garnison de trente hommes avec cinq bou-

1. Corresp. du général Duval, 27 mai. (Arch. Aff. étr., 675.) — Le nouveau pavillon fut arboré le 9 mai dans toutes les communes de l'Ile. (Napoléon, Corre<tp., 21.566.)

2. État des dépenses pour les bâtiments de S. M., Porto-Ferrajo, 26 sept. Rapp. de l'amiral Lhermitte, 2 juin et 3 sept. (Arch. delà Marine, Bb 415). Napoléon, Corresp., 21.570, 21.571, 21.598, 21.601, 21.605, 21.631. Rapport de Mariotti, Livourne, 28 sept. 1814 (Arch. Aff. étr., 1800).

3. Extrait de la corresp. du général Duval, 27 mai. (Arch. Aff. étr., 675.)

ches à feu. C'était un poste militaire, mais l'empereur projetait aussi de peupler cet îlot et de le fertiliser par de grands travaux d'irrigation, Le plan d'un village fut même dressé, et Napoléon nomma le curé de la future paroisse. « — L'Europe, dit-il en riant, va m'accuser d'avoir déjà fait une conquête ! » Dans l'île, les routes étaient rares et mauvaises. Il les fit réparer, élargir et en fit ouvrir cinq nouvelles. Il établit une rampe carrossable à la place de l'escalier accédant au sommet de Porto-Ferrajo. Les gens du pays et les soldats de la garde étaient employés à ces divers travaux1. « Le grand plaisir de Bonaparte, lit-on dans les rapports adressés de l'île d'Elbe à Paris, est d'ouvrir les chemins. Il aime les hommes utiles et a admirablement traité un maître jardinier et un maître maçon vêtus sordidement. Il ne les lâchait plus et les accablait de questions. Il emploie ses soldats à démolir des murs. Ils ne sont pas contents et disent qu'ils ne veulent pas faire le métier de maçon. Il les appelle grognards et malgré tout les fait travailler2. »

En effet, les grognards grognaient un peu, car ces Français s'ennuyaient sur ce rocher italien dont ils disaient : « C'est un fameux refuge pour un renard. » Mais ils prenaient leur mal en patience grâce à leur idolâtrie pour le Petit Caporal . L'empereur passait parfois six heures de suite au quartier, touchant les literies, goûtant la soupe, le pain, le vin, causant familièrement avec les hommes, et se montrant toujours, selon sa coutume, « sévère pour les officiers et bienveillant

i. Napoléon, Corresp., 21 506, 21.567, 21.577, 21.58?, 21.533, 21.586, 21.594, 21.596, 21.G04, 21.0.8, 21.036, 21 573 Cf. Peyrusse, Campbell, Foresi, etc., et le Mriivrialde l'ile il Elbe du général Vincent, dans les Mémoires de Tt "<• III-

2. Rapport deMoncabrié, Toulon, 13 juin (Arch. de la Marine, Bb, 415), 1 1 anonyme, 17 sept. (Arch. Guerre.)

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pour les hommes1 ». Il avait acquis des vignes dans l'île. En voyant les raisins mûrir, il dit à Peyrusse : « — Mes grognards les vendangeront avant moi. » Les soldats n'y manquèrent pas. Quand ils savaient qu'une vigne était à l'empereur, ils la regardaient comme à eux et y maraudaient sans scrupule. Un jour, l'empereur rencontra cinq ou six grenadiers qui regagnaient la caserne Saint-François avec une provision de raisin : « — D'où venez-vous ainsi ? » dit-il en affectant un air sévère. « — Sire, nous revenons de Saint- Gloud. » Le mot courut la garnison, et les soldats n'appelèrent plus que Saint-Gloud le petit domaine de San-Martino2.

Chaque jour, l'empereur faisait de longues courses à cheval, des promenades en mer, de rudes ascensions. « On dirait, écrit Campbell, que Napoléon veut réaliser le mouvement perpétuel. Il prend plaisir à fatiguer tous ceux qui l'accompagnent dans ses excursions. Je ne crois pas qu'il lui soit possible de s'asseoir pour écrire, tant que sa santé lui permettra les exercices du corps. Hier, après une promenade à pied par un soleil ardent, qui a duré de cinq heures du matin à trois heures de l'après-midi, et après avoir visité les frégates et les transports, il est monté à cheval pendant trois heures encore — pour se dé 'fatiguer , m'a-t-il dit ensuite 3. » Ainsi, Napoléon ne pense pas à tenir sa promesse de Fontainebleau aux soldats de la vieille garde « d'écrire les grandes choses qu'ils ont faites ensemble ». Cela sera l'œuvre du prisonnier de Sainte-Hélène. Le souverain de l'île d'Elbe est encore trop homme d'action pour écrire autre

l.Rapportprécile, 17 sept. (Arch. Guerre.) Rapport de Ducourneau, timonier de V Antilope, transmis par le maire de Bordeaux, novembre (Arch. nat. F. 7, 3.773). Campbell, 247, 249. Général Vincent, Mém.de Tous, III, 199.

2. Peyrusse, 363. Monier, ll de grenadiers, Une année de Napoléon, 73-74.

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