‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 69 sur 272 · Campbell, Napoléon at Elba · texte numérisé non relu

Campbell, Napoléon at Elba

chose que des ordres. Il commande, il organise, il construit, il inspecte, il marche, il monte à cheval, cherchant à s'étourdir et à oublier dans cette agitation incessante qui lui donne l'illusion de l'action.

Ce besoin de mouvement, cette difficulté de tenir en place expliquent la multitude des habitations de l'empereur à l'île d'Elbe. Descendu à l'Hôtel de Ville, il avait aussitôt choisi comme résidence la Palazzina des Midini, située dans la ville haute, entre le fort Stella et le fort Falcone. Cette maisonnette fut réparée, surélevée d'un étage et augmentée au rez-dechaussée d'une grande pièce pouvant servir à la fois de salle de spectacle et de galerie de fêtes. En même temps, l'empereur fit aménager à son usage le « château « de Porto-Longone. Pourvu à la ville, il s'occupa d-e sa résidence d'été. Il acheta dans une jolie vallée une grange appelée San-Martino, qui fut tant bien que mal transformée en maison de campagne. Le salon fut décoré de peintures à fresques, représentant des vues d'Egypte dans la manière de Hubert Robert. L'empereur voulut aussi un piedà-terre près des mines de Rio. Puis au cours d'une excursion au mont Capanna, le point le plus élevé de l'île (800 mètres d'altitude), il s'arrêta sous une châtaigneraie séculaire, non loin de la petite église de la Madone de Marciana. Séduit par le site, il ordonna d'y construire un bâtiment fort simple mais assez vaste, composé de cinq pièces d'enfilade et d'une cuisine en retour. Il y habita du 23 août au 4 septembre. Le 18 septembre, il acquit l'isthme du cap Stella, au sud de l'île, pour en faire un parc de chasse qui devait être fermé à sa base par un mur de trois cents toises sur cinq pieds de hauteur*.

1. Napoléon, Corresp., 21.578, 21.584, 21.596, 21.615, 21.625, 21.640, 21.643. Cf. Foresi, Napol. all'isola deU'Elba, 22, 31, 40,61. Peyrusse, Mémorial, 250.

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Les nominations et décrets faits par Napoléon portaient : «' Napoléon empereur et souverain de l'île

d'Elbe, avons décrété et décrétons *. » Il avait

une armée, une flotte, des domaines. Il se crut obligé d'avoir aussi une cour. Il adjoignit au grand-maréchal, deux fourriers du Palais, quatre chambellans et six officiers d'ordonnance elbois. Chaque soir, aux Mulini, on jouait au reversi. Parfois il y avait cercle, et le colonel Campbell était choqué dans sa fierté aristocratique de reconnaître parmi les cinquante ou soixante femmes présentes une couturière de Porto-Ferrajo qui avait raccommodé ses uniformes. La troupe du nouveau théâtre se composait de comédiens amateurs, dames de l'île ou de passage et officiers de la garde ; la musique des grenadiers faisait l'orchestre. En janvier et en février, il y eut six grands bals, dont trois masqués, au palais et au théâtre. L'empereur avait réglé lui-môme l'ordonnance de ces réceptions dans les plus petits détails. « Les invitations, écrivait-il, doivent s'étendre sur toute l'île sans cependant qu'il y ait plus de deux cents personnes, maximum de ce que peut contenir la salle. En supposant qu'il y ait plus de deux cents personnes à inviter dans l'île, il faudrait faire deux séries . . . Les invitations seront faites pour neuf heures. Il y aura des rafraîchissements sans glaces, vu la difficulté de s'en procurer. Il y aura un buffet qui sera servi à minuit. Il ne faudrait pas que tout cela coûtât plus de mille francs1. »

Madame mère, puis la princesse Pauline avaient

Campbell, Napol. at Elba, 305. Marcelin Pellet, Napol. à l'île d'Elbe, 104.

1. Peyrusse (Appendice, 21-29) cite nombre de décrets ainsi rédigés.— En décembre seulement Napoléon écrivit à Drouot : « Vous effacerez cette formule de souverain de l'île d'Elbe qui est ridicule ». (Corresp., 21.G5S.)

2. Napoléon, Corresp., 21.665. Peyrusse, 263. Général Vincent. 183-187. Campbell, 216,231. Rapports de l'agent de Mariotti, 3, 25, aec. 6 janv 19 févr., cités par Pellet, d'après les archives du consulat de Livourne.

ir* 1815

rejoint l'empereur, la première le 2 août, la seconde le 30 octobre1. Ces deux princesses, le grand-maréchal et madame Bertrand, Drouot, Cambronne, Je colonel Mallet, le major Jermanowski, le directeur des domaines Lapi et sir Neil Campbell, le commissaire anglais, formaient la société habituelle de Napoléon. De nombreux visiteurs venaient sans cesse rompre la monotonie d'un commerce continu avec les mêmes personnes. C'étaient des officiers de l'escadre anglaise de la Méditerranée, des gentilshommes italiens comme le comte Litta, des pairs d'Angleterre comme lord Douglas, lord Ebrington, lord Bentinck, des touristes de tous les pays comme le Norwégien Knudtzon et le conseiller d'Etat prussien Klamproth. C'était aussi une foule d'aventuriers des deux sexes, inventeurs de villages en bois pour la colonisation de la Pianosa, conspirateurs de Gènes, de Milan, de Bologne, offrant de faire insurger l'Italie, intrigants porteurs de nouvelles pour l'empereur et prêts à l'espionner au profit de qui les voudrait payer, comtesses jersiaises, grandes dames romaines, belles phanariotes, aussi jalouses d'obtenir les faveurs de Napoléon que s'il fût encore aux Tuileries s. Alin de rendre son île hospitalière, Napoléon donna l'ordre d'établir à Porto-Fcrrajo

1. Napoléon, Corresp., 21.611. Rapp. de Mariotti, Livourne, 6 août. (Arch Afï. étr., 1800.) — Dès le 17 mai, l'empereur avait envoyé la frégate the Undaunted chercher Pauline à Fréjus, mais la princesse était déjà partie pour Naples depuis quelques jours. (Campbell, 83, 89.) Pauline vint de Naples à l'ile d'Elbe, le 1er juin, et en repartit le surlendemain. (Général Vincent, 203.) — Elle y revint en octobre, sur le brick l'Inconstant. Peyrusse, 2G1. Cf. Napoléon, Corresp., 21.633, et lettre du grenadier Vraincourt, Porto-Ferrajo, 1er décembre : « La princesse Borghèse nous aime comme ses yeux. C'est nous qui l'avons été chercher à Naples. Murât nous a très bien reçus et fait des cadeaux. • (Arch. Aff. étr., 675.)

2. Peyrusse, 253, 263. Rapport de Mariotti, Livourne, 9 août. (Arch. Aff. étr., 1800). Conversations de lord Ebrington (Revue britannique, 1827). Rapports de l'agent de Mariotti, l«r, 2, 3, 4, 5, 7, 26, 27 déc, 16 et 18 févr. (cités par Pellet). Campbell à Mariotti, 26 déc. (citée ibid.). Adye à sa femme, Porto-Ferrajo, 2-2 janv. (Arch. Aff. étr., 675.) Rapp. de l'amiral Lhermitte, 3 sept. (Arch. de la Marine, Bb 415).

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« une bonne auberge avec une vingtaine de lits de maître1 ». Ce né lait pas trop, car dans un de ses rapports, l'espion que Mariotti, consul général de France à Livourne, entretenait à l'île d'Elbe signalait pour un seul jour l'arrivée de cent passagers2.

Dans cette multitude de visiteurs, les Français, généralement d'humeur peu voyageuse et retenus en outre par la difficulté d'obtenir et même de faire viser des passe-ports pour l'île d'Elbe, étaient les moins nombreux. Il venait surtout des Italiens et des Anglais, les premiers par intérêt, les seconds pour satisfaire un sentiment de curiosité admirative. « Les Anglais, écrivait Mariotti, ont une vive admiration pour Napoléon. Ils ont acheté à Florence tous ses bustes en albâtre. Tous les capitaines anglais ont son portrait dans leur cabine.3». L'empereur tenait l'Angleterre pour la plus redoutable des ennemies de la France. De là était née sa haine ardente contre cette puissance. Mais ce sentiment, par sa violence même, impliquait qu'il reconnaissait la grandeur, la force et l'énergie terrible et superbe du peuple anglais. Napoléon était le moins vindicatif des hommes. Empereur, il avait combattu les Anglais par tous les moyens et avec un sauvage acharnement. A l'île d'Elbe, il ne songeait pas à leur garder rancune d'avoir précipité sa chute, et la curiosité, l'admiration, les hommages des citoyens de la nation qu'il regardait comme la première du monde, après la France, flattaient son juste orgueil. Les Anglais étaient donc les bienvenus. Il les invitait à sa table et leur rendait en-

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