‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 70 sur 272 · Napoléon, Corresp., °i.G4i · texte numérisé non relu

Napoléon, Corresp., °i.G4i

2. Rapport à Mariotti, Porto-Ferrajo, 5 déc. (Cité par Marcellin Pellet.)

3. Rapport de Mariotti, Livourne, 9 août (Arch. Aff. étr., 1800). Cf. X... duc et pair, à Mme dArbouville, Aix, 17 août: « ... Les Anglais qui abondent dans l'île ont pour lui la curiosité la plus stupide. Aussi il fait tous les frais pour les Anglais... Cet imbécile de Campbell est tout à fait captivé. • (Arch. Aff. étr.. 67S ï

cens pour encens. Il vantait leur marine, leur armée, leur parlement, leurs orateurs et leurs hommes d'Etat ; il exaltait « leur aristocratie respectable et puissante », ia fermeté et la conscience de leurs politiques « qui ne changent jamais d'opinion », se proclamait sujet anglais « puisqu'il habitait une île et que l'Angleterre possédait toutes les îles ». Il demandait à Campbell une grammaire anglaise, s'inquiétait s'il ne serait pas lapidé par le mob de White- Ghapel au cas où il viendrait à Londres, et se montrait disposé à accepter comme pis-aller de finir ses jours en Angleterre. Il appelait son canot de plaisance : Usher, du nom de « son bon ami le capitaine de CUndaunted », et, le 4 juin, il assista à bord d'un bâtiment anglais à une féte donnée pour l'anniversaire de la naissance de Georges III1.

Le colonel Campbell était admis dans l'intimité de l'empereur. Cet officier, l'un des quatre commissaires chargés de conduire Napoléon de Fontainebleau à Fréjus, avait été spécialement désigné, avec le général autrichien Koller, pour le suivre jusqu'à l'île d'Elbe « afin de lui faciliter les moyens d'installation2 » . Koller quitta l'île d'Elbe le 14 mai. Une dizaine de jours après, Campbell fit savoir au grand-maréchal qu'il était prêt à partir « si Napoléon ou tout autre attri buait son séjour dans l'île à quelque motif inavoué » Aux termes du traité de Fontainebleau, l'empereui devait être libre et maître dans son île, et Campbell n'avait point pour mission — du moins pour mission

i. Campbell, 173, 180, 225, 241, 247, 329. Sketch of a conversation with Napoléon at Elba, 13, 24, 45. Conversations de lora Ebrington {Revue britannique, 1827). Général Vincent, 203. X.., duc et pair, à Mme d'Arbouville, Aix, 17 août. (Arch. Aff. étr., 675.) Rapport de l'agent de Mariotti, 2, 6 déc, 16 févr. (cités par Pellet-. Extraits de rapports, 25 juillet, 3 nov. (Arch. nat. F. 7, 3.738).

2. Ce sont les propres paroles de Campbell au préfet du Var. (Rapport de Bouthillier, s. d.. classé par erreur à la date du 28 février. Arch. nat., 3.044*.)

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officielle — de le surveiller. Bertrand ayant répondu à Campbell que l'empereur « croyait sa présence encore utile, indispensable même et toujours agréable », le commissaire anglais ne se contenta pas de ces paroles. Il exigea un écrit. En conséquence, Bertrand lui adressa le 27 mai une Note se terminant par ces mots : « Je ne puis que réitérer au colonel Campbell combien sa personne et sa puissance sont agréables à l'empereur Napoléon. » C'est ainsi que Campbell resta à l'île d'Elbe où, désormais assuré de n'être plus suspect à Napoléon, il ne manqua pas d'informer le For'eiyn Office, avec la plus grande conscience, de toutes ses actions et de toutes ses paroles f.

'L'insistance de l'empereur à retenir Campbell s'explique par plusieurs raisons. Il se sentait abandonné dans son île, privé de toute relation diplomatique avec l'Europe. Or, telle ou telle circonstance pouvait survenir où il eût besoin d'un intermédiaire auprès des puissances. Campbell était dans sa pensée désigné pour remplir ce rôle. En outre, l'empereur appréhendait quelque entreprise contre l'île et contre luimême, soit des corsaires barbaresques, soit de l'Espagne, qui n'avait pas été appelée à ratifier le traité de Fontainebleau, soit du gouvernement français qui, encore qu'il l'eût ratifié, était bien capable de ne point l'exécuter. La présence d'un commissaire anglais lui paraissait une sauvegarde. Sans doute, pour s'assurer cette intervention éventuelle, il s'astreignait à une

1. Campbell, 241-242, 273. — A l'appui de son récit, Campbell donne le texte de la lettre de Bertrand et cite une dépêche de Castlereagh, du 15 juin, « l'invitant à se considérer comme résident anglais à l'Ile d'Elbe sans prendre d'autre titre officiel que celui qui lui a déjà été reconnu (c'est-à-dire de commissaire anglais) et à communiquer comme par le passé avec le département des Affaires étrangères. » Castlereagh avait d'ailleurs écrit à Campbell le 16 avril « qu'il résiderait dans l'île jusqu'à nouvel ordre si Napoléon jugeait que la présence d'un officier anglais pût lui être de quelque utilité pour défendre l'ile et sa personne contre toute attaque ou insulte ».

surveillance de tous les instants ; mais ne savait-il pas qu'à défaut d'un soldat comme CampLoll, il y aurait dix agents secrets pour l'espionner. En acceptant de bonne grâce un surveillant plus ou moins officiel, en le priant môme de rester auprès de lui, il prenait le meilleur moyen pour calmer les défiances des Alliés.

Pendant les premiers mois, Napoléon crut à la venue de l'impératrice et de son fils. Il comptait que Marie-Louise habiterait tour à tour Parme et file d'Elbe1. L'hypothèse d'une séparation n'ayant même pas été énoncée au cours des négociations de Fontainebleau, il semblait implicitement convenu que l'abdication ne pouvait, sous aucun prétexte, priver l'empereur de ses droits d'époux et de père. Des appartements furent préparés pour Marie-Louise au palais des Mulini, et l'empereur indiqua ce sujet au peintre chargé de décorer l'un des plafonds de San- Martino : « deux pigeons attachés à un même lien dont le nœud se resserre à mesure qu'ils s'éloignent * . » Il donna Tordre de ne point tirer les feux d'artifice du 15 août, et de les conserver pour l'arrivée de l'impératrice qu'il attendait dans les premiers jours de septembre 3. Cette croyance était partagée par l'entourage de l'empereur et par tous les Elbois 4, si bien

1. Napoléon, Corresp., 21.560, 21.562, 21.569, 21.604. Bertrand à Meneval, 29 avril, 9 août (lettres citées par Meneval, Souvenirs, II, 156, 161). Général Vincent, Mémor. de Vile d'Elbe, 108.

2. Napoléon, Corresp., 21.597. Marcellin Pelet, Napoléon à Vile d'Elbe, 105. — Ce madrigal peint existe encore dans la villa de San-Martino.

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