‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 72 sur 272 · Meneval, il · texte numérisé non relu

Meneval, il

4. Meneval, II, 442. Meneval dit encore (365) : « L'empereur d'Autriche qui, dans des circonstances ordinaires, aurait recommandé à Marie-Louise de garder la fidélité à son époux, lui conseilla l'oubli de ses liens. » Selon l'auteur de Maria Luise und der Herzoy von Reichstadt (144, 154-155, 189), Metternich aurait pensé dès le lendemain de l'abdication à faire de Nitpperg l'amant de Marie-Louise.

plomate et un homme de cour. Ministre à Naples en 1813, c'était lui qui avait entraîné Murât à s'allier avec l'Autriche. Dans le monde, qu'il aimait et dont il avait l'usage, il comptait de nombreuses bonnes fortunes. Soigné de sa personne, fort élégant dans son uniforme de hussard hongrois, il possédait au suprême degré la distinction et le charme des manières. Il composait son attitude de gravité et de bienveillance, parlait avec grâce, d'une voix mâle, chaude, caressante, et se montrait empressé à plaire. Il était cavalier remarquable et excellent musicien1.

Quand Neipperg se présenta à Marie-Louise, à deux postes d'Aix, il lui fit une impression déplaisante qu'elle ne dissimula pas. Pendant les premiers temps elle ne le vit qu'en audience officielle, réservant son intimité pour Meneval, Bausset, mesdames de Brignoles et Hurault de Sorbée, qui faisaient partie de sa suite, et pour les Français qui venaient en assez grand nombre lui rendre visite dans cette ville restée française. Elle reçut la duchesse de Montebello, Gorvisart, Isabey, Talma, le comte de Gussy, d'autres encore, et Jtrès vraisemblablement on lui fit des ouvertures pour une restauration de Napoléon II avec elle comme régente *. Ces propositions ne pouvaient qu'effrayer Marie-Louise, qui, sans aucun doute, répondit aux émissaires de Paris de façon à leur ôter tout espoir. Elle n'envisageait plus qu'avec effroi les grandeurs, les émotions et les dangers du trône impérial. Tous

t. Meneval, Souvenirs, II, 166-167, 420, 432-435. Maria-Zuise und der Herzog von Reichstadt, 149 155, 156.

2. Rapport de Meneval à Napoléon (Arch. Aff. étr., 1802). Meneval, II, 167- 168, 192. Bausset, II, 46-47. Lettres au duc de Maillé et autres personnages, Aix etChambéry, 20, 25 juillet, 17 août, 8 sept. (Arch. Aff. étr.. 675.) Cf. les paroles du duc de Berry au conseil des ministres du 5 août: «Marie- Louise se conduit à Aix de la manière la plus ridicule. Elle ne prend pas les eaux et est entourée d'officiers français. Il faut écrire à l'empereur d Autriche pour la rappeler. » (Arch. nat., AF* V*.) — Sur les propositions d'une régence faites à Marie-Louise, voir 1815, I, 114-115

ses désirs tendaient maintenant à la modeste souveraineté de Parme où elle vivrait bourgeoisement, selon ses goûts, élevant son fils et allant chaque année passer plusieurs mois avec son mari. Le 15 août, elle écrivit à Meneval : « Gomment puis-je être gaie, quand je suis obligée de passer cette fête, si solennelle pour moi, loin des deux personnes qui me sont les plus chères * ? » Pendant le séjour à Aix, plusieurs lettres furent échangées entre Marie-Louise et l'empereur, et elle reçut même un envoyé de lui, Hurault de Sorbée, capitaine au Bataillon Napoléon et mari d'une de ses dames d'annonce2. Elle espérait bien ne pas retourner dans « son exil de Schônbrunn », selon son expression, et sa saison d'eaux s'avançant, elle écrivit à l'empereur d'Autriche de l'autoriser à se rendre à Parme. Metternich, puis François Ier répondirent que les circonstances politiques ne permettant pas encore qu'elle prît possession du duché, elle devait revenir à Schônbrunn pour y attendre la clôture du congrès. Marie-Louise se résigna3.

D'ailleurs, en l'absence de Meneval, Neipperg était parvenu à faire revenir l'impératrice de ses préventions et avait peu à peu gagné sa confiance et son amitié. Les nouveaux sentiments de Marie-Louise prirent plus de force encore pendant son voyage d'Aix à Vienne, que Neipperg sut faire durer tout le mois de septembre et dont il profita pour se trou\er sans cesse auprès de la jeune femme. Si en arrivant à Schônbrunn, Neipperg n'était pas encore l'amant de

1. Lettre de Marie-Louise, Aix, 15 août 1814 (citée par Meneval, U, 882).

2. Napoléon, Corresp., 21.611. Meneval, II, 192, 199-200. — D'après Meneval, le capitaine Hurault était chargé par Napoléon d'amener Marie-Louise à l'ile d'Elbe. Celle-ci refusa de partir de peur de mécontenter l'empereur d'Autriche.

3. Rapport de Meneval à Napoléon. (Arch. Aff. étr., 1802.) Lettres de Marie-Louise et de Metternich, 4, 7, 15, 20 août, citées par Meneval, II, 178-188. Mme H. à l'abbé de Gordin, Chambéry, 8 sept. (Arch. Aff. étr., 675.)

Marie-Louise, il avait porté le trouble dans son cœur et était maître de sa pensée. L'intrigant Autrichien devait achever deux mois plus tard cette très agréable et très profitable conquête en s'employant ardemment à faire obtenir à l'ex-impératrice, par l'intervention du czar, la souveraineté des états de Parme1

C'est d'Aix que Marie-Louise envoya ses dernières lettres à Napoléon8. Pendant son voyage à travers la Suisse et le Tyrol, elle n'eut point l'occasion de lui écrire — grâce à Neipperg, elle n'en eut peut-être pas le désir — et quand elle fut de retour à Schônbrunn, Metternich lui arracha la promesse de cesser personnellement toute correspondance avec l'île d'Elbe et même de remettre, sans les lire, à son père l'empereur d'Autriche, les lettres qu'elle pourrait recevoir de Napoléon3.Marie-Louise s'était transformée sous l'influence de l'homme à qui l'avait livrée la politique autrichienne. Bientôt, elle allait consentir à vendre son fils pour un duché. Elle allait avoir l'impudence de dire à Metternich, afin qu'il le répétât au congrès, qu'elle n'accepterait pas la souveraineté de Lucques parce

1.* Meneval, II, 168,192,192, 197, 203,205. Maria-Luise und Herzog von Reichstadt, 155-157, 162-166. Cf. Corresp. de Marie-Louise avec la comtesse de Creneville, H avril, 10 mai, 18 déc. 1815. — Sur le zèle de Neipperg pour faire obtenir à Marie-Louise le duché de Parme, voir 1815, I. 139-140.

Comment l'auteur des Mémoires de Mounier (cités par l'Hérisson, /» Cabinet noir, 267), ose-t-il dire : « Quand l'impératrice partit de Rambouillet, sous la garde de Neipperg. dès la première nuit, elle coucha avec lui. »

1° Marie-Louise de Ramhouillet à Schônbrunn, fut « sous la garde •, non de Neipperg, mais du général major Kinski ; 2° quand Neipperg se présenta à Marie-Louise, le 17 juillet, à Carrouge, c'était la seconde foisqu'elle le voyait. Elle l'avait vu une première fois à Prague en 1812, où il faisait le service de chambellan. (Meneval, II, 160. Bausset, III, 46.)

2. La dernière lettre que Marie-Louise ait écrite à Napoléon est du 31 juillet; elle la confia à Bausset qui la lit passer à l'île d'Elbe par un prétendu colporteur italien. L'empereur la reçut le 10 août. (JNapoléon, Corresp., îi.624, 21.651 /{aus^et, II, 48. Meneval, 11, 220.)

3. Rapport de Meneval à Napoléon. (Arch. Aff. etr., 602.) — C'est ainsi que la lettre de Napoléon dulO octobre (Menevaî dit à tort ûuïQ novembre, voir Corresp. de Napoléon, 21.651), envoyée par l'entremise du grand-duc de Toscane, fut décachetée par l'empereur d'Autriche et communiquée aux membres du eongiès.

que, à Lucques, elle serait trop près de Napoléon1. Informé par Meneval de la contrainte imposée à Marie-Louise, l'empereur ne put plus douter des intentions de la cour de Vienne que déjà les obstacles mis à sa correspondance avec sa femme lui avaient fait soupçonner \ A plusieurs reprises, il se plaignit avec amertume à Campbell de la conduite inhumaine do l'empereur d'Autriche : « — Ma femme ne m'écrit plus, dit-il d'une voix tremblante d'émotion qui impressionna le commissaire anglais. Mon fils m'est enlevé comme jadis les enfants des vaincus pour orner le triomphe des vainqueurs. On ne peut citer dans les temps modernes l'exemple d'une pareille barbarie3. » Telle était cependant chez l'empereur la ténacité des illusions qu'il ne désespérait pas. Il demanda à Campbell d'écrire à Castlereagh afin de savoir si les puissances et surtout l'Angleterre « si juste et si libérale » étaient d'accord avec l'Autriche pour le séparer de son fils et de sa femme. Il voulut faire parvenir une lettre à Marie-Louise par l'intermédiaire de lord Burghers. Des journaux ayant annoncé, au commencement de décembre, un prétendu voyage du général autrichien Koller à l'île d'Elbe, il crut que cet officier avait pour mission de lui parler de Marie- Louise. Le 28 décembre, dans une lettre à Bertrand sur des détails d'aménagement, Napoléon se laissait aller à écrire encore : « Si l'impératrice et le roi de Rome venaient ici 4. »

1. Talleyrand à Louis XVIII, 15 fév. 1815 (Corresp. de Talleyrand pendant le congrès de Vienne). Meneval, II, 233, 236, 238. Cf. la lettre de Vienne analysée dans les Mém. de Lavallette (II, 178) : «... L'impératrice, livrée à X..., ne prend plus même le soin de cacher son goût bizarre pour cet homme qui est autant maître de son esprit que de sa personne. »

2. Napoléon, Corresp., 21.604, 21.651. Rapport de Meneval à Napoléon, 18 mai 1815. Rapport de Bertrand à Caulaincourt, 1er juin 1815. (Arch. Aff. étr., 1802.)

Page 1