‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 82 sur 272 · FLEURY DE CHABOULON · texte numérisé non relu

FLEURY DE CHABOULON

les régicides et les généraux mécontents commençait à prendre corps. Il est facile de comprendre qu'an cours des deux entretiens que Fleury eut avec Bassano, le jeune sous-préfet et le vieux ministre parlant tour à tour de Napoléon et de Louis XVIII s'exaltèrent mutuellement. Les paroles de feu de Fleury ravivent la flamme au cœur de Bassano, le plus dévoué comme aussi le plus aveugle des serviteurs de Napoléon. Le duc se laisse arracher, pour servir de mot de passe, un secret que lui seul et l'empereur connaissent, et il autorise Fleury à répéter de sa part à Napoléon toute leur conversation. « — Mais, conclut Fleury, si l'empereur me demande : Est-ce le moment pour moi de revenir en France? » Bassano hésite un instant, puis il dit : « — Je ne puis prendre sur moi de donner un si grave conseil. Exposez la situation à l'empereur. Il décidera dans sa sagesse ce qui lui reste à faire. » (Ce n'était là qu'une réticence qui ne suffit pas à dégager la responsabilité du duc de Bassano.) Fleury de Ghaboulon se mit aussitôt en route. Après avoir surmonté des difficultés sans nombre, il arriva à l'île d'Elbe le 12 ou le 13 février dans la soirée. Beçu le lendemain par l'empereur, il se fit reconnaître comme envoyé de Bassano, puis il dit tout ce qu'il savait, tout ce qu'il supposait, tout ce qu'il espérait 1 . Jusqu'alors, les seuls Français qui eussent débarqué à Porto-Ferrajo étaient, à quelques exceptions près *,

1. Fleury de Chaboulon, I, 91-127. Cf. Rapport précité de l'agent de Mariotti, Porto-Ferrajo, 18 février. Ernouf, Maret, duc de Bassano, 644. Lavallette, Mém., II, 140-141. Montholon, Récits, II, 262, 368.

On sait que Fleury de Chaboulon se dissimule dans son récit du voyage à l'île d'Elbe sous la nom d'un prétendu colonel Z..., censé tué à Waterloo et qui d'u jamais existé.

2. L'agent de Mariotti (Rapports précités des 27 déc. et 17 févr.) cite encore, parmi les Français débarqués, un avocat nommé Lamilit, bonapartiste expansif, trop bavard pour avoir été choisi comme émissaire secret, et le capitaine de frégate Chautard, qui fut nommé en janvier au

I commandement du brick Vlnconstant . D'après la préface du livre de Chautard fils {Napoléon et la Démocratie, ouvrage déclamatoire sans intérêt

des officiers en réforme ou en demi-solde venus pour solliciter du service dans la garde !. Ils n'avaient aucune mission politique, et les renseignements qu'ils donnaient sur l'esprit de tel ou tel régiment ou de telle ou telle province étaient suspects d'exagération. Les lettres de France ne contenaient que des demandes d'engagement dans l'armée elboise, des compliments de nouvelle année et des avis anonymes, dont à tort ou à raison l'empereur faisait peu de cas2. Sans doute, Napoléon savait ce qui se passait et ce qui se disait en France, mais il le savait imparfaitement. Qu'étaient-ce que les articles des journaux, les racontages des officiers réformés, les conversations des touristes anglais auprès du rapport complet, précis et authentique de Fleury de Ghaboulon ! Fleury révéla, en outre, à l'empereur l'existence d'un complot et les projets des conjurés d'établir la régence. « — Une régence ! dit-il avec humeur. Pourquoi faire? Suis-je donc mort s ! »

Napoléon, cela est certain, projetait de rentrer en France. S'il n'avait pas vécu avec cette pensée depuis plus ou moins de temps, les récits de Fleury de Ghaboulon, et même les paroles de Bassano qui lui furent redites par le jeune homme n'auraient pas suffi à

historique), le capitaine Chautard se rendit à l'île d'Elbe à la suite de l'avortement d'une conspiration à Toulon. C'est une légende que détruit l'examen du dossier de Chautard. (Arch. de la Marine.) Mis à la retraite au mois d'août 1814, cet officier n'était sous le coup d'aucune poursuite quand il vint'à l'île d'Elbe pour y chercher un emploi.

Un gantier de Grenoble, nommé Dumoulin, vint aussi à l'île d'Elbe en septembre et renseigna l'empereur sur l'esprit du Dauphiné. (Cf. Laborde, (NapoL et la garde, 65); Montholon II, 40; et une lettre de Dumoulin à Napoléon III, laquelle d'ailleurs contient beaucoup de détails faux. Quant aux prétendues missions du médecin Renoult, le procès de Rovigo a démontré qu'elles sont absolument imaginaires. Rovigo, Mém., VIII, 303 et 307-308-

1. Napoléon, Corresp. 21607. Cf. Œuvres de Sainte-Hélène (Corresp. XXXI, 16) et Monier, lieutenant de grenadiers, Une année de la vie de Napol., 72-73.

2. Procès de Lavalette, 13. Rapport à Mariotti, Porto-Ferrajo, 26 déc. Napoléon, Vile d'Elbe et les Cent Jours {Corresp. XXXI, 21).

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