CONCLUSION
Gomment se denonera la situation ?
Le matin , on croit le sa\oir ; à midi y on en est aux conjectures; le soir, on n'y Toit plus.
Ce matin, M. Bonaparte avait pour ministres MM. Baroche, Rouher et Faucher, auteurs et rapporteurs de la loi du 31 mai. Ce soir nous sommes sans ministres. Et c'est précisément !i propos de cette même loi du 31 mai que la rupture a éclaté.
Huit jours se passent ; et chaque jour voit naître et mourir quelque ministère embryonnaire. Les combinaisons les plus disparates Tiennent se heurter dans ces interminables con* jeetures. Toutes les nuances politiques s'y cou-
doient, depuis M. de Fatloux jusqu'à M. Billaut, depuis la blancheur des lis jusqu'au rouge foncé» représenté par le droit au travail. Tout est possible» rien n'est probable. Allez donc porter un jugement sur un avenir qui se présente sous ces formes : Qui sait? Peut-être? Par hasard,... Si, parmi tant de choses folles» la raison pouvait avoir son jour et son heure ; si les partis voulaient bien abdiquer leurs ei^rances factieuses et rendre un peu de repols à ce pays qui en a tant besoin ; s'ils revenaient sincèrement à la République, si l'amour du bien public, si leur «propre intérêt venait k leur inspirer cette sage résolution; si le suffrage universel était rétabli; si, d'autre part, M. le président de la République tenait à conserver cette réputation d'honnête homme qu41 ambitionne tant; s'il restait fidèle k son serment; s'il n'oubliait jamais ces mémorables paroles qui témoignèrent jadis de la droiture de ses intentions : Je mettrai mon honneur à laisser, au bout de quatr-e ans^ la liberté intacte et le pouvoir affermi entre les mains de mon successeur ; si d'imprudents amis ne poussaient plus M. Bonaparte en dehors des voies constitutionnelles ; si le diable, enfin, venait lui-même à se convertir; oh ! alors les choses marcheraieni toutes seules. Une As-
semblée nouvelle serait élue, un président nouveau installé, et la guerre civile évitée. Quelle que fût Topinion triomphante, les minorités s'inclineraient en se réservant Tavenîr, cet héritage infaillible , quoique tardif, de toutes les minorités.
La loi du Si mai sera-t-elle abolie ?
M. Louis Bonaparte se prépare-t-il à laisser la liberté intacte et le pouvoir affermi k son successeur?
Les élections, enfin, seront-elles librement f^iites, et le télégraphe ne s'en mêlera-t-il plus?
Que celte triple déclaration se produise^ que TAssemblée, dès sa rentrée, se montre résolue k rétablir et à maintenir le droit dans son intégrité ; et la France sera pacifiée comme par enchantement.
Car c*est h la grande route, avec la Constitution pour garde-fou. Des deux côtés, k gauche comme k droite, je ne vois qu'abîmes et précipices.
Mais précisément parce que c'est la grande route, et que le simple bon sens nous conseille k tous de n'en pas dévier, je crains que les fous ne nous rejettent dans les chemins de traverse et dans les aventures.
Le suffrage universel était un flambeau. Je
crains que le suffrage restreint ne soit une torche, et une torche a tout incendier.
Griez bien haut : C'est la loi ! Force doit rester k la Im ! Je vous répondrai, par avance, que je ne connais pas de force humaine suffisante pour faire exécuter une loi repoussée par le sentiment public et condamnée par ses propres auteurs.
Quant k la candidature inconstitutionnelle, on nous répétera, comme k propos de la révision, que c'est un appel au peuple souverain (une coalition de royalistes, M. de Broglieet M. Berryer en tête se réclamant de la souveraineté du peuple) 1 Eh bien I non, répondrai-je encore pour en fioir. La souveraineté du peuple n'est pas sans limites. Si elle sort de son cercle, elle vient se heurter à une autre souveraineté tout aussi précieuse et tout aussi respectable : la liberté. Il n'est souverain, peuple ou roi, qui puisse légitimement me dépouiller d'un seul de mes droits de citoyen. Les Constitutions sont des contrats passés entre une société et chacun de ses membres. Proclamer que Tétre collectif ne saurait être lié par une Constitution , c'est donc proclamer en même temps que les individus sont déliés de toutes leurs obligations. Que dis-je? avec une pareille
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