‹ 1870Chapitre 6 sur 155 · id · texte numérisé non relu

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du 15'.

Les canons sont muets. Le général Boyer est parti hier. Le mystère est plus grand que jamais.

On procède à l'estimation des chevaux qui appartiennent aux officiers.

Le conseil municipal de Metz va se réunir et s'adresser au général Coffinières. La population est soulevée.

14 Octobre. — Hier soir, vers les 8 heures, la garde nationale de Metz s'est réunie à la population et elle s'est rendue sur la place de l'Hôtel-de-Yille. Ils ont demandé des explications au conseil municipal et au gouverneur de la forteresse.

Le général Coffinières est arrivé. Il a cherché à calmer la foule. Il a donné sa parole d'honneur, il a juré sur sa croix et sur son épée qu'il ne capitulerait jamais et qu'il défendrait Metz jusqu'à la dernière goutte de son sang. Il a même ajouté qu'il ferait fusiller sur l'heure celui qui parlerait de reddition ou de capitulation ; qu'il aimei^ait mieux se faire tuer que de signer une pareille humiliation.

Ces affirmations ont été entendues, et la foule s'est retirée après avoir insisté pour aller au feu et servir sur les remparts.

Dans tous les sièges et les blocus, il y a toujours un moment terrible où les éléments civils et militaires sont en lutte.

La crise est arrivée. Que le calice soit doux ou amer, il faut le boire jusqu'à la lie.

2 heures. — Je viens d'apprendre confidentiellement que la mission du général Boyer est exacte. Le prince Frédéric- Charles avait, le 11 octobre, refusé son départ, mais le roi a donné l'ordre de l'expédiera Versailles, et il s'est mis en route, le 12, avec un officier de l'état-major prussien; il euiporte les bases suivantes, avec mission de les accepter : « L'armée « serait autorisée à se rendre avec armes et bagages en Âfri- « que et à y rester jusqu'à la fin de la campagne.

« La ville de Metz, dont les intérêts sont séparés de ceux « de l'armée, serait laissée à ses ressources et à ses propres « moyens. »

9 heures. — De 6 heures à 9 heures, une canonnade trèsforte et lointaine s'est fait entendre dans la direction de St- Prival. Oui peut venir ainsi combattre dans la sphère d'action de la forteresse? Sommes-nous secourus? Nous avons vainement demandé des ordres et le bruit vient de cesser. Que de mystères !

15 Octobre, 11 heures. — La canonnade a reprisée matin à 7 heures, elle était forte et pressée ; c'est une lutte sérieuse qui a recommencé à quelques lieues de nous ; sommes-nous déjà liés par les clauses d'une convention? Nous n'avons pas pris les armes, et le bruit du canon vient de s'éteindre peu à peu à 10 heures (1).

8 heures du soir. — Je suis allé, à midi, au quartier-général du G* corps. On a reçu l'avis ofiiciel que le général Boyer est arrivé hier soir à Versailles.

(1) Nous avons vainement cherché, après le siège, l'explication de cette canonnade très-vive. Les Prussiens n'ont jamais voulu l'expliquer, ni nous répondre. Le Maire de Woippy a assuré que deux corps ennemis, croyant à une sortie des Français, s'étaient canonnés avec raj,'e le 14 au soir et le 15 au matin. C'est un mvstère à éclaircir.

J'ai demandé, pour les commandants V. et B. et pour moi, l'autorisation de quitter Metz lorsque le moment sera arrivé, et aussi de nous présenter au ministre de la guerre. On exige encore notre présence à la tête des troupes ; il faut plus que jamais les soutenir et les diriger.

On persiste à croire que nous allons partir; plus tard, si une capitulation arrive, nous serons toujours libres d'aller rejoindre une autre armée française.

La foule s'est encore réunie à Metz, elle a envahi l'Hôtelde-Ville et la demeure du général Coflinières. Le général a reçu les délégués, il a renouvelé sa promesse de défendre Metz à outrance et de remplir ses devoirs en homme d'honneur et de cœur.

16 Octobre, midi. — Le général de Berckheim a passé en revue la réserve du 6® corps. Il a tout vu et fait commander les feux avec le fusil modèle 1866. Puis il a réuni tout le monde, fait appel aux sentiments les plus nobles et prévenu que le moment était venu d'ofl'rir à la patrie notre dévouement absolu et notre vie.

Il nous a si vivement émus, que je n'ai pas pu m'empêcher de le remercier immédiatement, au nom des officiers et de tous.

Il m'a demandé ma situation de départ, la voici :

Etat (le l'e/fectif des batteries lors de l'entrée en campagne, et des pièces et voitures qu'on peut atteler aujourd'hui.

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