‹ 1870, la guerre en Lorraine (volume 2)Chapitre 114 sur 165 · STEINMETZ PRESCRIT LA RETRAITE · texte numérisé non relu

STEINMETZ PRESCRIT LA RETRAITE

« d'évacuer le plateau dans la soirée même et de se replier derrière la Nied (1) ». Néanmoins, Zastrow, comme Manteuffel, croit devoir se maintenir sur ses positions « pour affirmer la victoire » . Vers 8 h. 45, Steinmetz rencontre Manteuffel près de la brasserie de l'Amitié et, après lui avoir reproché durement de s'être engagé contre ses instructions formelles et de s'être fait battre, il lui ordonne « de ramener sans délai ses troupes sur les emplacements du matin (2) » . Le mouvement du 1" corps commence vers 1 1 heures du soir et ne se termine que fort avant dans la nuit.

Quant à Zastrow, il ose enfreindre encore une fois l'ordre de son chef. Après en avoir conféré avec le lieutenant-colonel von Brandenstein, il répond à Steinmetz que, « pour ne laisser aucun blessé aux mains de l'ennemi et pour affirmer l'honneur d'avoir occupé le champ de bataille » , la retraite aura lieu le lendemain matin au point du jour (3). Steinmetz est d'ailleurs désavoué par un télégramme que Moltke lui expédie de Herny le 15 au matin : « Sa Majesté prescrit à la F" armée de conserver le terrain conquis hier

(1) Cardinal min Wiudkiin, toc. cit., 104.

(2) Ibid., 106.

(3) Ibid., 110. — Widdern fait remarquer justement que la situation du VIIe corps, après la retraite du I", eût été dangereuse en face d'un adversaire entreprenant.

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par elle, en tant qu'il ne s'étendra pas dans la zone d'action efficace de la place (1) . »

Les pertes de l'armée du Rhin étaient de 20T> officiers et 3 409 hommes de troupe, celles des Prussiens s'élevaient à -22-2 officiers et 4 684 hommes (2).

Dans l'armée allemande, le sentiment d'une victoire était général ; on s'exagérait même la port les résultats de la journée (3) ; Steinmetz, lui-même, mandait au grand quartier général, le 1 T> août, à 1 h. 30 du matin, que ses deux corps d'armée avaient victorieusement combattu (4) . En réalité, le prétendu succès de la Ve armée était insignifiant au point de vue tactique : nulle part, elle n'avait réussi à infliger un échec sérieux aux Français. Il est vrai que, à aucun moment, ceuxci n'avaient su tirer parti de leur supériorité numérique pour exécuter une contre-attaque et écraser le» tètes de colonnes engagées sans liaison

(I) Correspondance militaire du maréchal de Moltkc,

.' . Hùtoritpu du arané Etat-major prussien,

(II) I ine \ti;;usi;i, t.") aiMit, 1>. T . 7 li • iplet des dépêches militaires «//<•-

fance militaire du maréchal de M<

VI M, toc. cit. t i I--1 L8.

IRÏIESOLUTIOIS DE BAZAINE £61

et sans direction suprême. Ce fut, une fois de plus, la conséquence déplorable de l'engouement de l'armée française pour la défensive et pour les positions réputées avantageuses. Le général de Ladmirault, en particulier, laissa échapper une occasion des plus propices d'accabler l'aile droite des Allemands. Il faut ajouter que l'irrésolution et l'inertie du commandant en chef furent manifestes. Le maréchal Bazainc a accepta la lutte à contre-cœur et resta indécis entre les seules déterminations qui pouvaient se présenter à l'esprit d'un général en chef : combattre en retraite jusque sous le feu des forts pour réduire autant que possible l'envergure d'une lutte inutile, ou bien profiter de l'occasion pour infliger à son faible et téméraire adversaire un échec indiscutable (lj ». Les conséquences matérielles et morales d'un tel revers eussent peut-être été considérables. Les années allemandes étaient solidaires : une défaite de la lrt eût certainement arrêté la 11e dans son opération du passage de la Moselle (2).

Au point de vue stratégique, et malgré une opinion accréditée en Allemagne, (3), les résultats de la bataille de Borny étaient également

(1) Mets, l, 335.

(2) Cf. général I.i.wai., Le plan de combat 'Journal des sciences militaires, X" série, X. 345).

(8) h' Historique du grand Etat-major prussien (IV, 493) déclare inexactement que <• la bataille de Colombey-Nouilly avait retardé à un tel point la retraite de 1 ennemi sur Verdun, qu'il devenait

sans valeur pour les Allemands. La retraite de l'armée du Rhin n'en fut nullement ralentie : la lenteur du mouvement eut pour cause unique l'entassement des cinq corps d'armée sur la seule roule de Metz à Verdun par Gravelotte. L'encombrement des ponts était tel, dans l'aprèsmidi du 14, que la Garde et le 3* corps n'eussent certainement pu commencer à franchir la Moselle avant le milieu de la nuit du 14 au 15, ainsi qu'ils le firent en réalité. Après le combat, ces troupes durent s'arrêter aux portes de Metz et attendre que les innombrables voitures qui obstruaient les rues de la ville se fussent écoulées (1).

On a déjà montré l'erreur commise par von der Goltz en engageant la lutte (2). Suivant une juste opinion, « le désir de contrecarrer les agissements de l'ennemi ne saurait excuser le commandant de la 26' brigade d'avoir pris l'initiative, aussi hardie que grave, consistant à marcher avec 7 bataillons, 2 batteries et 3 escadrons à l'attaque d'une armée en retraite, niais intacte. Une telle initiative donne toutefois une Bérc idée du caractère de son auteur (3) » . Il 00111 îent d'ailleurs d'admirer l'esprit de solidarité,

poeeible d'arrêter complètement son mouvement pat la bataille

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(8) G .1 BoniAL, A"- cil . 6M Le lendemain, von der

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